Dix ans après ses débuts, l’ouverture du marché de l’énergie est bien en marche !

Anniversaire des 10 ans de l'ouverture du marché de l'énergie à la concurrence

L’ouverture du marché de l’énergie a tardé à porter ses fruits, et est encore loin de son plein potentiel. Pourtant, de plus en plus de Français délaissent les fournisseurs historiques pour un fournisseur alternatif. A la clef, des prix compétitifs — jusqu'à 200€ d'économies en faisant jouer la concurrence d'après notre comparateur énergie — et des services de qualité. Le Prix Selectra du meilleur fournisseur d'énergie 2017 a d'ailleurs récompensé deux de ces fournisseurs. Dix ans après ses débuts, l'ouverture à la concurrence est donc belle est bien en marche et devrait s'intensifier ces prochaines années. Le premier comparateur des fournisseurs d'énergie souhaite un bon anniversaire au marché de l'énergie !


15% des ménages chez un fournisseur alternatif d'électricité ; 24% chez un fournisseur alternatif de gaz : un bilan mitigé

Initiée dès 1996 par les États membres de l’Union européenne, la libéralisation du marché de l'énergie n'a que peu rogné sur les parts de marché des deux anciens monopoles EDF et Engie. Sur un marché qui compte désormais, pour les particuliers, une vingtaine de fournisseurs concurrents, les géants historiques EDF et Engie conservent leur hégémonie, bien loin de l’ouverture rapide qu'on a pu constater lors de l’ouverture du marché des télécoms. Ce constat conduisait Alain Blazot, le président de l’UFC, à qualifier le bilan de l'ouverture du marché de l'énergie d’"extrêmement décevant" il y a quelques jours. Les chiffres lui donnent raison : dix ans après la libéralisation effective, seuls 15% des ménages français sont clients d'un fournisseur d'électricité alternatif (c'est-à-dire d'un concurrent d'EDF) ; les statistiques sont un peu meilleures pour le gaz naturel puisque 24% sont clients chez un fournisseur autre qu'Engie, selon l'Observatoire trimestriel de la CRE.

Évolution des tarifs réglementés de l'électricité hors taxes en euros constants 2017
Contrairement à l'idée reçue, les prix des tarifs réglementés de l'électricité n'ont pas significativement augmenté suivant l'ouverture du marché de l'énergie à la concurrence. (Source du graphique : CRE)

Pourtant, il convient aussi de s'arrêter sur les larges avancées permises par l'ouverture du marché de l'énergie à la concurrence.

Du côté des prix, les écarts, d'une offre à l'autre, sont importants (près de 200€/an actuellement pour un ménage habitant une grande maison chauffée à l'électricité) et l'argument — trop souvent entendu — selon lequel l'ouverture du marché de l'énergie aurait entraîné une hausse des prix de l'électricité hors taxes est faux. S'il est vrai que les prix des tarifs réglementés de l'électricité augmentent en valeur absolue, les tarifs réglementés, en euros constants, ont en fait baissé depuis les années 1990 (voir graphique ci-contre). L'ouverture du marché de l'énergie à la concurrence a par ailleurs entraîné davantage de transparence et moins de politique dans la fixation des tarifs réglementés de vente. En facilitant la transparence, elle a ainsi permis une meilleure maîtrise des coûts tout au long de la chaîne de la valeur de l'énergie (production, acheminement, fourniture).

L'ouverture du marché à la concurrence favorise un début de responsabilisation des clients et leur donne davantage d'outils. Certains se tournent par exemple aujourd'hui vers des offres d'énergie verte. En miroir, elle incite les fournisseurs à se remettre en question et à diversifier leurs offres et services pour davantage répondre aux besoins des consommateurs.

Enfin, elle s'est accompagnée de diverses mesures destinées à protéger les consommateurs : mise en place d'un médiateur de l'énergie, chargé notamment de régler les litiges opposant les fournisseurs aux consommateurs, création de tarifs sociaux — bientôt remplacés par le chèque énergie, ou encore trêve hivernale des coupures d'énergie.

Malgré des débuts en-deçà de certaines espérances, l'ouverture du marché est donc bien en marche. Pour expliquer ce développement réel mais tardif, faisons un retour sur ce qui s'est vraiment passé.

2007 : historique d’un faux départ

Les débuts de l’ouverture du marché s'annonçaient prometteurs. Dans un contexte de hausse des prix de l’énergie, de nouveaux venus, comme Direct Energie, Planète Oui ou Eni (à l'époque Altergaz), font leur lancement en grande pompe et parviennent à capter une partie des déçus des fournisseurs historiques sur la promesse d’une énergie moins chère. En tout, 1,4 million de clients se sont laissés tenter par les offres de marché — c'est-à-dire, les autres offres que les tarifs réglementés — en 2008. Mais bientôt, le soufflé retombe. Les consommateurs découvrent dans la presse qu’en vertu d’une loi de 2005, un client ayant fait le choix de passer chez un nouveau fournisseur n’a pas la possibilité de retourner aux tarifs réglementés fixés par l'Etat. Le doute s’installe alors chez les consommateurs, alimenté par les prises de positions des associations de consommateurs, qui déconseillent alors carrément de changer de fournisseur. Du côté des pouvoirs publics, qui n’ont fait aucune communication sur l’ouverture du marché, à la différence de ce qui s'est passé dans d'autres pays, l’objectif semble clair : défendre aussi longtemps que possible les parts de marché des champions nationaux tout en leur permettant de prendre des positions dans l’ouverture à la concurrence des marchés des autres pays membres de l’Union.

Le principe de réversibilité, autorisant les clients à revenir aux tarifs réglementés, est finalement institué en 2010, et l’ouverture du marché reprend alors progressivement. Mais dans l’opinion publique, la loi de 2005 a encore des conséquences durables : si 41% des Français pensaient pouvoir revenir aux tarifs réglementés en 2010, ils n’étaient plus que 27% en 2012, d’après un baromètre OpinionWay. Sur cette période, les fournisseurs alternatifs doivent compenser ce handicap en gagnant la confiance des clients. Direct Energie, qui se positionne alors comme le troisième acteur du secteur, appuie son développement sur des trophées récompensant la qualité de son service client, comme l’élection du service client de l'année et, plus tard, le trophée Qualiweb ainsi que le prix Selectra du meilleur fournisseur d’énergie. Mais le souvenir de six décennies de monopole d’EDF-GDF est encore prépondérant dans les esprits, et la grande majorité des Français identifie toujours EDF et Engie, désormais des entités privées en concurrence directe, à un service public contrôlé par l’Etat.

Cinq ans après la libéralisation, l’ouverture du marché s’amorce enfin

Après trois années de calme plat, l’ouverture du marché est relancée par une série de facteurs concomitants. A l’été 2013, les Français prennent brutalement conscience de la hausse continue des tarifs réglementés de l’électricité, qui atteint +5% au mois d’août. Le prix du gaz atteint des records (voir l'évolution des prix), à un niveau 70% supérieur à celui de 2005. Les fluctuations des prix de l’énergie deviennent une question politique dont se saisissent les gouvernements, attirant ainsi l’oeil médiatique, tandis que 7 Français sur 10 se disent préoccupés par le montant de leur facture d’énergie. Dans ce contexte, le fournisseur belge Lampiris créé l’événement en remportant le premier achat groupé de gaz naturel, proposant ainsi des remises jusque-là inédites. D’autres achats groupés suivront, co-organisés par des associations de consommateurs et/ou des comparateurs de fournisseurs tels que Selectra, qui permettront à chaque fois de faire parler de l’ouverture du marché auprès des Français, dont la moitié ignorent encore qu’il leur est possible de faire jouer la concurrence.

Dotés de structures plus légères et de stratégies de sourcing souvent plus flexibles, les fournisseurs alternatifs peuvent se permettre de proposer des prix désormais significativement plus bas que les tarifs réglementés — il est possible d'économiser aujourd'hui plusieurs dizaines d'euros par an sur ses factures en changeant de fournisseur. Ils en profitent pour innover, comme le fait Direct Energie avec son offre 100% en ligne permettant des remises plus importantes. GDF Suez (devenu depuis Engie) lui emboîte le pas avec Happ-e, une offre d’électricité 100% en ligne destinée à tailler les croupières d’EDF sur son marché historique. Le secteur attire bientôt une série de nouveaux acteurs, dont certains prônent une origine locale (Energie d'ici, Energies du Santerre, ilek), quand d’autres misent sur la consommation collaborative et l’optimisation de la consommation (Plüm énergie, ekWateur, Mint Energie). Parallèlement, Selectra — créé en 2007 — a développé puis enrichi son comparateur en ligne pour guider les clients dans leur choix et musclé les parties éditoriales de ces sites pour informer les consommateurs.

Bientôt, le prix de l’énergie n’est plus le seul argument pour pousser un client à la souscription. A côté des offres 100% en ligne et de la qualité du service client mis en avant par certains fournisseurs, d'autres types d'offres se sont développées. Au menu de la plupart des nouveaux entrants, les offres d’électricité verte permettent de se distinguer d’EDF et de son énergie nucléaire. S'agissant du gaz, des offres permettant de compenser ses émissions de CO2 existent depuis longtemps chez Eni et Engie. Depuis 2016, certains fournisseurs de gaz proposent des offres incluant du biogaz appelé aussi "gaz vert". D’autres acteurs, au premier rang desquels EDF et Engie, déploient un éventail de services destinés à mieux contrôler sa consommation d’électricité et de gaz pour réaliser des économies tout en préservant la planète. Pour la transition énergétique, l’ouverture du marché de l’énergie à la concurrence a un impact largement positif.

Électricité / gaz : une ouverture à deux vitesses ?

Le marché du gaz naturel compte en 2017 près de 50% de clients en offres de marché — c'est-à-dire avec une offre autre que les tarifs réglementés, contre 15% sur le marché de l’électricité. Cette situation est le résultat de la rencontre d’une demande plus importante, les clients de gaz affichant souvent des factures d’énergie élevées, et d’une offre plus avantageuse, les conditions sur le marché du gaz ayant permis aux fournisseurs alternatifs de proposer des offres particulièrement économiques ces dernières années. Mais elle est aussi surtout le résultat de la guerre commerciale que se livrent les deux acteurs historiques.

Profitant de sa réputation de fournisseur historique, EDF a pour technique de proposer à ses nouveaux clients les tarifs réglementés de l’électricité assortis, le cas échéant, à une offre de marché de gaz naturel . La riposte d’Engie fut de lancer une gamme d’offres à prix fixe, permettant de contrer la hausse des prix du gaz, et de la proposer à ses clients. Le résultat en 2017, est que si près de la moitié des clients de gaz naturel profitent d’une offre de marché, la majorité de ceux-là ont choisi une offre de marché chez Engie.

Répartition des compteurs domestiques selon le type d'offres (en %)

d'électricité
de gaz

De plus en plus d'offres pour les consommateurs

Si l’ouverture du marché du gaz semble avoir bien progressé en 2017, le marché de l’électricité n’en est encore qu’au début d’un processus voué à s’accélérer au fil des années. Dernier vestige de la période des monopoles, les tarifs réglementés pourraient disparaître pour les particuliers — suivant la fin des tarifs réglementés pour les professionnels, ou encore se voir étendus à l’ensemble des fournisseurs, comme le recommandent les autorités de régulation. Chez Selectra, c'est la deuxième option qui a notre préférence. Les tarifs réglementés permettent en effet d'avoir un tarif de référence bien utile par rapport auquel les autres offres peuvent être comparées.

Surtout, l’arrivée du compteur communicant Linky, permettra aux fournisseurs de proposer de nouvelles offres plus adaptées au quotidien des clients, à l’image de l’offre Elec Weekend d’Engie , laquelle permet de profiter des heures creuses le soir et le weekend. Avec les smart grids (réseaux intelligents) dont Linky fait partie intégrante, les consommateurs pourront aussi bientôt autoproduire leur électricité pour la consommer ou l’injecter sur le réseau selon leurs besoins.

Par effet d’entraînement, le marché pourrait bien attirer d’autres grands acteurs dans les mois et années à venir (issus des marchés de la téléphonie ou encore de la banque), nourrissant encore la concurrence et la diversification des offres. En dressant le bilan de l’ouverture du marché en 2017, il faut donc constater que malgré un faux départ, l’ouverture du marché est bel et bien en marche !

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