Quel bilan pour le marché de l'énergie en 2020 ?

tendances marché énergie 2020
Les énergies renouvelables sont chaque année plus présentes dans la production d'électricité française.

Covid-19, prolongation de la trêve hivernale, évolutions des prix de l'électricité et du gaz, fin des tarifs réglementés de vente (TRV) pour les pros... L'année a été riche en rebondissements sur le marché de l'énergie. Pour aider les consommateurs à mieux comprendre ce secteur, Selectra propose un bilan du marché de l'énergie en 2020. 


Etat des lieux du marché de l'énergie fin 2020

Marché global

Le marché de l'énergie est soumis à une très forte concurrence sur le réseau national. En effet, selon le site du Médiateur National de l'Energie, 30 fournisseurs se partagent le marché au niveau national. Sur 95% du territoire, les ménages peuvent donc choisir leur fournisseur d'électricité et de gaz. Il s'agit des zones régies par Enedis, le gestionnaire de réseau d'électricité et/ou GRDF, le gestionnaire du réseau de gaz. 

Toutefois, si les fournisseurs sont nombreux, le marché reste dominé par trois grands acteurs :

Trois acteurs seulement se partagent au moins 95% du marché national : EDF, Engie et Total Direct Energie.
Plüm Energie

En revanche, sur les territoires gérés par des entreprises locales de distribution (ELD), la concurrence est plus difficile. Seul ekWateur, fournisseur d'électricité verte et de biométhane est présent à Strasbourg, Grenoble et à Metz aux côtés des ELD locales (Es Strasbourg, GEGUEM). 

Côté relation client, l'année n'a pas été de tout repos. Le Médiateur National de l'Energie recense "23 000 litiges déjà comptabilisés depuis le 1er janvier 2020". Une situation qui peut s'expliquer par la prolongation de la trêve hivernale et une hausse des impayés due aux difficultés financières des Français pendant le confinement. 

L’année 2020 sera une année record en terme d’activité pour le médiateur national de l’énergie : depuis sa création il y a plus de 10 ans, les litiges avec les entreprises du secteur de l’énergie (fournisseurs et gestionnaires de réseaux de distribution) n’ont jamais été aussi nombreux. Avec plus de 23 000 litiges alors que l’année n’est pas terminée, leur nombre dépasse celui de 2019.
Médiateur National de l'Energie 

Marché de l’électricité

réseau électrique

Sur le marché de l'électricité, EDF reste le fournisseur numéro 1. Aujourd'hui selon les données de la Commission de Régulation de l'Energie (CRE), encore 72% des Français avaient souscrit au tarif bleu d'EDF, le tarif réglementé de vente (TRV) de l'électricité en France. 

Pour autant, les offres semblent se multiplier. De nouveaux fournisseurs arrivent sur le marché, comme Bulb et Barry.

Marché du gaz

Sur le marché du gaz, la fin de la commercialisation des TRV d'Engie en 2019, a permis d'accélérer l'ouverture à la concurrence. Toutefois, la position de leader d'Engie n'est pas réellement remise en cause. Aujourd'hui, 35% des ménages sont encore clients du TRV et 30% restent fidèles à Engie en offre de marché.  

Les tarifs réglementés boudés par les Français en 2020 ?

Si les fournisseurs historiques demeurent les premiers sur le segment des particuliers, ils sont de plus en plus challengés. En effet, les Français se tournent davantage vers des fournisseurs alternatifs de gaz et d'électricité. 

On peut penser que les prix influent sur les décisions des ménages. Beaucoup de fournisseurs alternatifs proposent des prix plus bas que les acteurs historiques. La qualité de l'énergie étant la même pour tous, de nombreux consommateurs choisissent de s'orienter vers des offres moins chères.

Entre mars 2020 et juin 2020, 0,6% des consommateurs particuliers ont quitté les fournisseurs historiques pour passer chez un fournisseur alternatif. Il ne s'agit pas d'un bond majeur mais cela indique tout de même une avancée progressive de la concurrence. 

La fin des tarifs réglementés pour les professionnels et les entreprises

2020 marque également un nouveau pas dans la libéralisation du marché. Les tarifs réglementés du gaz ont officiellement disparu pour les professionnels au 1er décembre 2020. Les petits pros sont désormais obligés de se tourner vers une offre de marché.

Pour l’électricité, le Tarif Bleu d’EDF, destiné aux professionnels avec un compteur de moins de 36 kVA prendra fin au 31 décembre 2020. Une exception sera faite pour les entreprises de moins de 10 salariés et/ou dont le chiffre d’affaires ne dépasse pas les 2 millions d’euros.

Il s’agit là d’une évolution majeure. En effet, selon les données de la CRE, au 30 juin 2020 : 

  • 63% des petits sites non résidentiels étaient encore clients des TRV de l’électricité ;
  • 37% des petits pros avaient encore un contrat aux TRV du gaz.

Bon à savoirCette mesure concerne uniquement les professionnels. Les particuliers peuvent choisir de rester chez les fournisseurs historiques. Cela étant, ce ne sont pas les tarifs les moins chers du marché. Il est possible de trouver une offre de gaz et d’électricité plus économique en comparant les fournisseurs. Le changement de fournisseur d'énergie est gratuit, immédiat, sans engagement et n’entraine aucune coupure de courant ou d’alimentation en gaz. Il n’implique aucune intervention technique à domicile. Tout se fait à distance !

Une année marquée par la crise sanitaire

La Covid-19 aura eu un impact important sur la consommation d'énergie des Français. En effet, elle a entrainé une chute des consommations des entreprises et un recours massif au télétravail. De ce fait, les habitudes des ménages ont été modifiées.

Impact du confinement sur la consommation d'énergie en France 

L'énergie est une mesure de l'activité en France. Et en plein confinement, la demande globale a baissé du fait du ralentissement de l'activité. L'électricité a enregistré une diminution de 11,3%, selon Enedis. Le gaz, de son côté, a subi une forte baisse. Selon Gazprom Energy, la consommation aura chuté de 32,55 % en avril. 

La baisse de consommation d’électricité égale à 11,3% sur l’ensemble du réseau illustre la baisse d’activité générale due au confinement.
Enedis

Télétravail et nouvelles habitudes de consommation

Si la baisse est continue pour les entreprises, les ménages ont pu, eux, subir des hausses de la facture. Lors du premier confinement, le télétravail a pu se traduire par 18 € à 97 € supplémentaires sur les factures d'électricité et de gaz

D'autre part, les pics de consommation d'électricité ont été décalés. Avec le recours au télétravail, les Français ont eu tendance à se lever plus tard en confinement. Et, au déconfinement, de nombreuses entreprises ont maintenu le télétravail, au moins certains jours. Les habitudes prises en quarantaine n'ont pas changé du jour au lendemain.

Chez les particuliers, au cœur du confinement, la variation de consommation est restée faible : un écart de l'ordre de 4% a été constaté vis-à-vis de la normale.
Enedis

Le deuxième confinement a lui aussi fait grimper les factures. Selon les données d'Engie révélées par Capital « Entre le 25 octobre et le 25 novembre 2020, les ménages ont en moyenne consommé +35% de gaz et +20% d’électricité, par rapport à la même période en 2019. » Cela s'explique par le recours au chauffage bien plus massif en hiver qu'au printemps. En règle générale, selon l'Ademe, il représente environ 60% de la facture d'énergie des consommateurs particuliers. 

Bon à savoir :Les ménages en option Heures Pleines / Heures Creuses, EJP ou Tempo risquent de voir davantage leur facture d'électricité monter avec le deuxième confinement. En effet, l'intérêt de ces offres est de pouvoir profiter d'un prix du kWh attractif à certains moments et plus cher à d'autres. Mais, étant chez eux la plupart du temps, les ménages consomment davantage et ont moins de facilité à décaler leurs consommations. Lors du premier confinement, les autorités publiques avaient décidé de suspendre les jours EJP et les jours rouges Tempo. Aucune annonce n'a été faite en ce sens pour le second confinement. Concernant les heures creuses et heures pleines, elles apparaissent comme moins rentables que l'option base. Selon le fournisseur vert Plüm Energie, « pour 85% des clients ayant fait le choix des heures creuses, le tarif n’est plus rentable »

Bilan de la part des énergies vertes en France en 2020

Energies renouvelables et électricité 

électricité verte

Selon Le Monde, 70% des offres d'électricité en France sont des offres d'électricité verte. Une donnée qui démontre l'intérêt des consommateurs pour les énergies renouvelables. Si l'offre est abondante, cela ne veut pas dire que 70% des consommateurs ont souscrit une offre verte ou que notre mix énergétique est totalement renouvelable. 

Aujourd'hui, le mix énergétique est encore dominé à 70,6% par le nucléaire selon RTE (chiffres 2019). Mais, la transition énergétique progresse. L'objectif ? Respecter les engagements de la France et atteindre 40 % de production d’électricité à base d'énergies renouvelables en 2030.

Les énergies renouvelables ont participé à hauteur de 24,2 % à la couverture de la consommation d’électricité de France métropolitaine au cours du troisième trimestre 2020 (et 27,3 % sur les douze derniers mois) en produisant 23,4 TWh d’électricité renouvelable, chiffre en hausse de 7,2 % par rapport au même trimestre de l’année dernière.
Syndicat des Energies Renouvelables (SER)

La filière hydraulique est la première en termes de production. Cela étant, ce n'est pas celle qui fait preuve de la croissance la plus importante. Selon le SER, « les filières éolienne et solaire contribuent à hauteur de 99,4 % à la croissance des énergies renouvelables électriques sur le deuxième trimestre 2020 ». Une hausse qui peut s'expliquer par un engouement de plus en plus prononcé des Français pour l'autoconsommation solaire. Il s'agit d'installer des panneaux solaires sur son toit pour produire et consommer son électricité

Selon les chiffres d'Enedis, au deuxième trimestre 2020, on recensait 77 255 installations en autoconsommation contre 39 129 en 2018. De nombreux acteurs soutiennent cette progression. Ainsi, plusieurs fournisseurs verts proposent aujourd'hui des offres d'autoconsommation photovoltaïque ekWateur, Planète Oui, Urban Solar Energy, Enercoop, Mint Energie, ils sont de plus en plus à aider les consommateurs à s'équiper. Ce marché ne laisse pas indifférent les acteurs d'autres secteurs. Ikea s'est lancé, il y a peu, aux cotés de Voltalia pour vendre des panneaux solaires. 

L'essor du biométhane

Aujourd'hui selon le Syndicat d’Énergie des Deux-Sèvres, 98% du gaz consommé en France est importé. La part du biométhane produit en France reste donc très faible. Pour autant, le secteur se développe. 

Cette tendance se poursuit en 2019 avec 47 nouveaux sites d’injection, qui représentent une augmentation de 62% par rapport à 2018 et font de la filière française la plus dynamique d’Europe.
Sia Partners 

biométhane

Les fournisseurs accompagnent ce développement en proposant plus d'offres de biogaz aux particuliers. C'est par exemple le cas d'ilek qui dispose aujourd'hui de 9 offres de gaz vert produit en France contre 4 en début d'année. Autre fournisseur d'énergies renouvelables, Planète Oui a lui aussi lancé cette année sa première offre de biogaz.

Toutefois, il conviendra de voir comment la situation évolue. Jusqu'au 31 décembre 2020, les ménages choisissant le biométhane sont exemptés de taxe intérieure de consommation sur le gaz naturel (TICGN). Cela ne sera plus le cas au 1er janvier 2021. Cette levée d'exonération a été décidée dans le cadre du projet de loi de finances (PLF) 2021 et inquiète les acteurs du secteur. 

En choisissant le biométhane, nos clients acceptaient déjà de payer leur gaz 20 % plus cher environ. Avec cette taxe, on arrive à 35 %. C’est trop et cela va être difficile à expliquer.
Julien Tchernia, PDG d’ekWateur, fournisseur d'énergies vertes

Bilan des prix de l'énergie au cours de 2020

2020 a été synonyme de variation des prix de l’énergie. Que ce soit au niveau du gaz ou de l’électricité, les tarifs réglementés ont subi certaines évolutions. Or, ils agissent comme des baromètres des prix du marché. Voyons ensemble quelles ont été les tendances de cette année. 

1. Les prix du gaz naturel

Pendant le confinement, la demande en gaz a chuté du fait de la fermeture ou ralentissement de nombreuses entreprises et industries. Conséquences ? Les cours du gaz qui faisaient déjà face à une tendance baissière ont continué à diminuer. 

L’approvisionnement en gaz naturel se fait surtout via des bateaux méthaniers. Le gaz est transporté sous forme liquide, le gaz naturel liquide (GNL). La demande est particulièrement soutenue par la Chine. Mais lors de l’épidémie, la Chine a annulé bon nombre de commandes. L’offre a donc été très abondante et la demande faible.

L'épidémie de coronavirus et son impact sur la demande de gaz chinoise ne pouvaient pas tomber à un pire moment pour un marché mondial du GNL déjà excédentaire.
Wood Mackenzie, cabinet de conseil en énergie.

Les cours du gaz ont donc baissé, ce qui a entrainé une baisse des tarifs réglementés de vente (TRV) du gaz d’Engie. Les ménages ont donc pu profiter de tarifs avantageux. Cela étant, en fin d’année, les prix du TRV ont eu tendance à remonter. Comme l’explique la CRE, « La crise sanitaire mondiale a en effet entraîné une chute historique des prix du gaz naturel en Europe, ce qui pourrait se traduire par un rattrapage et donc une augmentation des prix en fin d’année. ».

De ce fait, elle a demandé l’introduction d’un terme de lissage entre juillet 2020 et février 2021. Ce terme de lissage vise à faire évoluer progressivement les prix du gaz pour éviter aux foyers français de subir une augmentation soudaine. Cela s’est traduit par une vague de petites hausses successives (de 1,3% en août, de 0,6% en septembre, de 4,7% en octobre, de 1,6% en novembre et de 2,4% en décembre). 

2. Les prix de l'électricité

hausse facture électricité

En 2020, le tarif réglementé de l’électricité est monté de 2,4% en février et 1,54% en août. Ces augmentations s’expliquent notamment par : 

  • La maintenance des centrales nucléaires ;
  • Un écrêtement de l’Accès Régulé à l'Energie Nucléaire Historique (ARENH). L’ARENH est un mécanisme qui oblige EDF à vendre 100 TWh d’électricité nucléaire à ses concurrents au prix concurrentiel de 42€/MWh. Mais depuis plusieurs années, les fournisseurs demandent une quantité totale supérieure à ce plafond. Ils reçoivent donc une quantité inférieure aux besoins de leur portefeuille de clients ce qui les conduit à s’approvisionner sur les marchés de gros, où le prix de l’électricité est plus élevé ; 
  • Une hausse des TCFE, des taxes sur l'électricité, en février 2020. Une nouvelle hausse aura lieu en 2021 ;
  • La révision du TURPE, le tarif d'acheminement, en août 2020.

Cette hausse s’inscrit dans la continuité des augmentations des années passées. En effet, en 10 ans, le prix de l’électricité a augmenté de presque 50 %.

Arrivée de nouveaux fournisseurs provenant de l'étranger

Enfin, l’année 2020 a été marquée par l’arrivée trois nouveaux fournisseurs sur le marché français

  • Bulb, venu du Royaume-Uni, qui propose une offre d’électricité verte qui suit les cours du marché. Moins chère que le Tarif Bleu, le fournisseur annonce être « 177 € moins cher que les acteurs historiques », en se basant sur une consommation annuelle moyenne 7590 kWh en option heures pleines / heures creuses avec un compteur d’une puissance 9kVA ;
  • Alpiq, fournisseur suisse qui propose des contrats avec une part d'électricité verte choisie par le client (0%, 50% ou 100%) ; 
  • Barry, un fournisseur d’électricité 100% digital. Il permet aux consommateurs d’acheter de l’énergie à prix coutant en suivant les variations des prix des marchés heure par heure.

Pour l’instant Barry ne s’est pas lancé officiellement. Mais cela ne devrait plus tarder  Sur son site, il annonce qu’il espère pouvoir débuter son offre en décembre 2020. Ces nouveaux arrivants viennent renforcer la libéralisation du marché. Ils confirment les analyses de la CRE qui tendent à dire que le marché est de plus en plus ouvert à la concurrence.  

D'autres fournisseurs devraient voir le jour comme Auchan Energies, qui a reçu une accréditation pour vendre de l'électricité en août dernier.

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