Le parc nucléaire français en chiffres clés

Selon le bilan électrique RTE 2024 et les données EDF, la France exploite 18 centrales nucléaires regroupant 57 réacteurs en fonctionnement : 56 réacteurs à eau sous pression du parc historique, plus l'EPR de Flamanville 3 raccordé au réseau en décembre 2024. La capacité installée totale atteint environ 63 GW et la production a couvert près de 65 % de l'électricité française en 2024, soit environ 322 TWh.

À retenir

La France reste le deuxième pays au monde en nombre de réacteurs nucléaires, derrière les États-Unis (94 réacteurs). C'est en revanche le pays où la part du nucléaire dans le mix électrique est la plus élevée, devant la Slovaquie et l'Ukraine selon l'AIEA. Cette électricité décarbonée pèse directement sur le prix au tarif réglementé : pour comparer ce que vous payez aujourd'hui aux offres d'électricité les moins chères du marché, comptez cinq minutes.

Les 18 sites nucléaires français, du plus puissant au plus discret

Les centrales se répartissent le long des fleuves (Rhône, Loire, Garonne, Rhin, Meuse) et sur le littoral pour disposer d'une source d'eau abondante destinée au refroidissement. Voici les cinq plus gros sites par puissance installée — les 13 autres complètent le parc avec des puissances comprises entre 1,7 et 3,6 GW.

Top 5 des centrales nucléaires françaises par puissance installée
Centrale Réacteurs Puissance installée Région
Gravelines 6 5 460 MW Hauts-de-France
Cattenom 4 5 200 MW Grand Est
Paluel 4 5 200 MW Normandie
Bugey 4 3 724 MW Auvergne-Rhône-Alpes
Flamanville 3 (dont EPR) 4 220 MW Normandie

Les 13 autres sites en activité : Belleville, Blayais, Chinon, Chooz, Civaux, Cruas, Dampierre, Golfech, Nogent, Penly, Saint-Alban, Saint-Laurent et Tricastin. La centrale active la plus ancienne est Tricastin (mise en service en 1980). Source : bilan électrique RTE 2024 et fiches techniques EDF.

Comment une centrale nucléaire produit de l'électricité

Le principe est le même que celui d'une centrale thermique à charbon ou à gaz : produire de la chaleur, transformer de l'eau en vapeur, faire tourner une turbine couplée à un alternateur. La seule différence — mais elle est de taille — c'est la source de chaleur : la fission de l'uranium au lieu de la combustion d'un fossile. Concrètement, voici le parcours en six étapes.

  1. Fission de l'uranium 235. Dans le cœur du réacteur, des neutrons percutent les noyaux d'uranium enrichi à environ 3-5 %. Chaque fission libère de la chaleur et 2 à 3 nouveaux neutrons qui entretiennent la réaction en chaîne, maintenue stable par des barres de contrôle en bore ou cadmium.
  2. Circuit primaire. L'eau du circuit primaire, sous une pression d'environ 155 bars, circule dans le cœur et atteint 320 °C sans bouillir. Elle transporte la chaleur jusqu'aux générateurs de vapeur, mais ne quitte jamais l'enceinte de confinement : elle reste légèrement radioactive.
  3. Circuit secondaire — vapeur. Dans les générateurs de vapeur, le circuit primaire chauffe le circuit secondaire, qui passe de l'état liquide à l'état vapeur à environ 280 °C. Cette vapeur, non radioactive, alimente la turbine.
  4. Turbine et alternateur. La vapeur fait tourner les pales de la turbine, elle-même couplée à un alternateur qui convertit l'énergie mécanique en énergie électrique. À la sortie, le courant est élevé à 400 kV par un transformateur pour rejoindre le réseau de transport.
  5. Condensation. En sortie de turbine, la vapeur est condensée pour redevenir liquide grâce à un troisième circuit indépendant : le circuit de refroidissement (eau de rivière, de mer, ou en circuit fermé avec aéroréfrigérants).
  6. Recyclage du combustible. Après environ 4 ans en réacteur, le combustible usé est refroidi sur place puis envoyé à l'usine d'Orano La Hague pour retraitement : 96 % est récupéré pour fabriquer du MOX, 4 % part en stockage à vie longue.
  7. Le rendement global d'un réacteur à eau sous pression tourne autour de 33 % : pour 1 000 MW électriques injectés sur le réseau, environ 3 000 MW de chaleur sont produits dans le cœur, dont les deux tiers sont évacués via le circuit de refroidissement. C'est le même principe qu'une centrale thermique à flamme, mais sans combustion ni émission directe de CO₂.

Le nucléaire dans le mix électrique français, en trois caractéristiques

Avec environ 322 TWh produits en 2024 d'après RTE, le nucléaire couvre près de deux tiers de l'électricité française et joue un rôle bien particulier dans l'équilibre du réseau. Trois caractéristiques en font le pilier du mix.

Caractéristique 1

Production de base, 24h/24

Les réacteurs nucléaires fonctionnent en continu plusieurs mois d'affilée entre deux arrêts pour maintenance et rechargement. Ils assurent ~65 % du mix en moyenne annuelle, indépendamment de la météo, du vent ou de l'ensoleillement. C'est cette stabilité qui distingue le nucléaire de l'éolien et du solaire.

Caractéristique 2

Émissions très basses

D'après l'ADEME, l'électricité d'origine nucléaire émet ~6 à 12 gCO₂eq/kWh en analyse de cycle de vie. C'est l'une des sources les plus décarbonées au monde, comparable à l'éolien terrestre et au-dessous du solaire photovoltaïque. C'est ce qui rend le mix électrique français parmi les moins carbonés d'Europe.

Caractéristique 3

Prix du kWh maîtrisé

Le coût complet de l'électricité nucléaire reste compétitif. Le mécanisme post-Arenh prévoit un prix de référence de 60,70 €/MWh sur 2026-2030 d'après la CRE, qui descend à 57,30 €/MWh sur 2036-2040. Cette stabilité pèse sur le calcul du tarif réglementé de vente.

EPR de Flamanville et programme EPR2, le renouvellement du parc

Après plus de vingt ans sans nouveau réacteur (le dernier, Civaux 2, datait de 2002), la France a remis en service du nucléaire neuf fin 2024 et engagé un programme de construction de six réacteurs supplémentaires.

Calendrier officiel

EPR Flamanville 3 : divergence le 3 septembre 2024, premier couplage au réseau le 21 décembre 2024. Puissance : 1,6 GW, soit le réacteur le plus puissant de France. Il intègre une double enceinte de confinement, un récupérateur de corium et des circuits de sûreté redondants.

Programme EPR2 : annonce présidentielle de février 2022, confirmée par la loi d'accélération du nucléaire de juin 2023. 6 réacteurs prévus (avec option pour 8 supplémentaires), sur les sites de Penly, Gravelines et Bugey, pour une mise en service échelonnée entre 2035 et 2042. Décision finale d'investissement attendue en 2026.

L'EPR2 reprend les fondamentaux de l'EPR avec une conception simplifiée et standardisée : même architecture pour tous les réacteurs, retours d'expérience de Flamanville, Olkiluoto (Finlande) et Taishan (Chine) intégrés. Objectif : réduire les coûts et délais de construction.

Cette relance s'inscrit dans la stratégie française annoncée à Belfort en 2022 : prolonger la durée de vie des réacteurs existants au-delà de 50 ans (programme grand carénage), et construire de nouveaux EPR2 pour remplacer progressivement le parc historique à partir des années 2040.

Sûreté nucléaire : qui contrôle quoi en France

Depuis janvier 2025, le contrôle du nucléaire civil français est confié à une autorité unique : l'ASNR — Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection, issue de la fusion de l'ancienne ASN et de l'IRSN (l'institut de recherche en radioprotection et sûreté nucléaire). Cette réorganisation vise à mieux articuler expertise technique et décision réglementaire.

  • Réexamens périodiques de sûreté : tous les 10 ans, chaque réacteur fait l'objet d'une évaluation complète. C'est l'étape qui conditionne la prolongation au-delà de 40 ans, puis de 50 ans pour les réacteurs du parc historique.
  • Inspections annuelles : l'ASNR mène plusieurs centaines d'inspections par an sur les installations nucléaires françaises, sur la conduite, la maintenance, la radioprotection et la sécurité incendie.
  • Échelle INES : les incidents et accidents sont classés sur l'échelle internationale INES de 0 à 7. La quasi-totalité des événements sur le parc français reste de niveau 0 (sans conséquence) ou 1 (anomalie).
  • Retour d'expérience post-Fukushima : à la suite de l'accident japonais de 2011, EDF a renforcé chaque centrale française avec des moyens mobiles de secours (groupes électrogènes, pompes), une force d'action rapide nucléaire (Farn) et des dispositifs anti-inondation.
  • Transparence : les rapports d'incidents, les avis et les décisions de l'ASNR sont publics, et chaque centrale dispose d'une Commission locale d'information (CLI) où siègent élus, associations et représentants des riverains.

Démantèlement : la deuxième vie des centrales arrêtées

Huit réacteurs français sont déjà à l'arrêt définitif et en cours de démantèlement, sans compter Fessenheim (2 réacteurs fermés en 2020, démantèlement préparé pour 2025-2026). C'est EDF qui assure la déconstruction, sous le contrôle de l'ASNR. Le processus dure environ 25 ans par réacteur et se décompose en quatre grandes phases.

Réacteurs déjà démantelés ou en cours

Filière première génération

Les premiers réacteurs français (uranium naturel-graphite-gaz, ou UNGG) sont à l'arrêt depuis les années 1980-1990 : Chinon A1, A2, A3, Saint-Laurent A1 et A2, Bugey 1. Démantèlement long en raison de la technologie spécifique du graphite. À cela s'ajoutent Brennilis (réacteur expérimental à eau lourde) et Superphénix (surgénérateur de Creys-Malville).

Étapes du démantèlement

Quatre phases sur ~25 ans

(1) Évacuation du combustible vers La Hague ; (2) démantèlement des équipements conventionnels (turbines, alternateurs) ; (3) démantèlement des équipements nucléaires sous radioprotection ; (4) assainissement final du site et déclassement. EDF provisionne environ 360 millions d'euros par réacteur de 900 MW.

Avantages et limites du nucléaire en France

Le nucléaire reste l'une des technologies de production d'électricité les plus débattues. Voici les forces et les limites qui structurent ce débat, à mettre en regard des autres sources du mix.

Avantage n°1

Production très décarbonée

~6 à 12 gCO₂eq/kWh selon l'ADEME : l'une des sources les plus basses en cycle de vie complet, devant le solaire photovoltaïque (~50 gCO₂eq/kWh) et largement devant le gaz (~400 gCO₂eq/kWh).

Avantage n°2

Pilotabilité et indépendance

Source dispatchable disponible jour et nuit, hiver comme été. Elle assure l'équilibre du réseau quand le vent ou le soleil manquent. La France produit ~65 % de son électricité avec une ressource (uranium) importée mais facilement stockable, ce qui réduit la dépendance directe aux énergies fossiles.

Limite n°1

Déchets à vie longue

Les déchets de haute activité (issus des combustibles usés non recyclés) restent radioactifs pendant des centaines de milliers d'années. La solution de stockage géologique profond Cigéo, en projet à Bure (Meuse), reste contestée et n'entrera pas en service avant 2035 dans le meilleur des cas.

Limite n°2

Investissement initial massif

L'EPR de Flamanville a coûté plus de 13 milliards d'euros d'après EDF, contre 3,3 milliards estimés en 2007. Le programme grand carénage du parc historique est évalué à environ 100 milliards d'euros par la Cour des comptes sur 2014-2030. Les EPR2 supposent un financement de très long terme.

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Questions fréquentes sur le nucléaire en France

Combien y a-t-il de centrales nucléaires en France ?

La France compte 18 centrales nucléaires en activité, regroupant au total 57 réacteurs : 56 réacteurs à eau sous pression du parc historique exploités par EDF, plus l'EPR de Flamanville 3 raccordé au réseau en décembre 2024. Les 18 sites sont : Belleville, Blayais, Bugey, Cattenom, Chinon, Chooz, Civaux, Cruas, Dampierre, Flamanville, Golfech, Gravelines, Nogent, Paluel, Penly, Saint-Alban, Saint-Laurent et Tricastin. La capacité installée totale s'élève à environ 63 GW.

Comment fonctionne une centrale nucléaire ?

Une centrale nucléaire convertit l'énergie libérée par la fission de l'uranium 235 en électricité. Le combustible chauffe l'eau du circuit primaire sous très haute pression, qui transmet sa chaleur à un circuit secondaire dans un générateur de vapeur. La vapeur entraîne une turbine couplée à un alternateur qui produit le courant. Un troisième circuit, le circuit de refroidissement, condense la vapeur à l'aide d'eau de rivière ou de mer. Le rendement global tourne autour de 33 %.

Qu'est-ce que l'EPR de Flamanville et quand a-t-il démarré ?

L'EPR (European Pressurized Reactor) de Flamanville 3 est le premier réacteur de troisième génération mis en service en France. D'une puissance de 1,6 GW, il a divergé le 3 septembre 2024 et a été raccordé au réseau électrique le 21 décembre 2024, après plusieurs années de retard sur le calendrier initial. Il intègre des dispositifs de sûreté renforcés : double enceinte de confinement, récupérateur de corium, redondance des circuits de refroidissement.

Quels sont les avantages du nucléaire ?

Le nucléaire présente trois atouts principaux pour la France : une électricité très peu carbonée (environ 6 à 12 gCO₂eq/kWh selon l'ADEME, parmi les plus basses au monde), une production de base pilotable qui assure l'équilibre du réseau jour et nuit indépendamment de la météo, et un coût de production maîtrisé. Cela explique pourquoi le nucléaire couvre environ 65 % du mix électrique français selon le bilan RTE 2024.

Que deviennent les déchets nucléaires ?

Les déchets sont classés selon leur activité et leur durée de vie. Les déchets à vie courte (faible et moyenne activité) représentent l'essentiel du volume et sont stockés en surface, dans les centres de l'Aube gérés par l'Andra. Les déchets à vie longue de haute activité (combustibles usés non recyclés) représentent moins de 1 % du volume mais concentrent l'essentiel de la radioactivité ; ils sont entreposés à La Hague en attendant le projet de stockage géologique profond Cigéo à Bure (Meuse).

Qu'est-ce que le programme EPR2 et combien de réacteurs sont prévus ?

Le programme EPR2 est la version optimisée et standardisée de l'EPR, conçue par EDF pour être construite plus rapidement et à coût maîtrisé. Annoncé par le Président de la République en février 2022, il prévoit la construction de 6 réacteurs dans un premier temps, avec une option pour 8 supplémentaires. Les paires de réacteurs sont prévues sur les sites de Penly, Gravelines et Bugey, pour une mise en service échelonnée entre 2035 et 2042. La décision finale d'investissement est attendue pour 2026.