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Le nucléaire en France en 2018

Les centrales nucléaires sont la première source de production d'électricité en France.

Impossible de parler d'électricité en France sans aborder la question du nucléaire. Source de production des trois quarts de l'électricité française, le nucléaire est incontournable dans le mix énergétique français. Pourquoi cette omniprésence ? Comment fonctionnent les 58 réacteurs nucléaire français ? Quel avenir pour le nucléaire en France ?

Importance de l’énergie nucléaire en France

Le nucléaire représente trois quart de la production d’électricité française, ce qui est particulièrement élevé au regard du mix énergétique mondiale,

Le nucléaire : énergie majoritaire en France

Les premiers réacteurs nucléaires arrivent de manière un peu timide dans la France des années 1950. Dans les années 1970, suite au premier choc pétrolier et à la montée des tensions au Moyen-Orient, le gouvernement français fait le choix d'accélérer les choses :  le président de l'époque, Valéry Giscard-d'Estaing lance alors une vaste politique du tout nucléaire. L'idée étant de faire de la France une puissance énergétique indépendante. Le plan Messmer, mis en place à cette époque, prévoit la construction de 3 réacteurs par an. C'est grâce à ce programme que la France se dote des 58 réacteurs qu'elle possède aujourd'hui et qu'elle devient le pays le plus nucléarisé au monde.

Le nucléaire dans le mix énergétique,

Représentant 75% de la production électrique française, le nucléaire est essentiel dans le mix énergétique français. Les centrales nucléaires permettent une production constante de l'électricité. Pratique pour une source d'énergie non-stockable, contrairement au gaz naturel. Elle permet de pallier à l'intermittence des énergies renouvelables, plus propres, mais moins constante. Cependant, on observe ces dernières années un recul du nucléaire au profit des énergies renouvelables. Ce le cas partout dans le monde, où l'on constate une corrélation entre la baisse du nucléaire et la hausse des énergies vertes dans le mix énergétique.

Le mix énergétique mondialLa première source de production d'électricité dans le monde est... les énergies fossiles (gaz, pétrole et charbon), qui représentent près de 80% de la production mondiale. Ces énergies, particulièrement polluantes, ne sont aps remises en question par la montée en puissance de l'électricité verte. Le renouvelable ne semble affecter que le nucléaire. Certains pays s'appuyent même sur le charbon pour sortir du nucléaire et passer au tout-renouvelable. C'est le cas de l'Allemagne.

Avantages et inconvénients du nucléaire

Si le nucléaire est la première source de production d'électricité dans le monde, ce bien qu'il comporte de nombreux avantages. En revance, ce n'est pas une énergie parfaite.

Les pour et les contre du nucléaire en France
Avantages du nucléaire Inconvénients du nucléaire
  • Une énergie qui n'émet pas de gaz à effet de serre ;
  • Des centrales dont la capacité de production s'adapter aux besoins de la population ;
  • Une ressource qui permet à la France d'être indépendante et de ne pas avoir à importer son électricoté.
  • Des déchets nucléaires qu'on ne sait toujours pas recycler ;
  • Des ressources en uranium limitées ;
  • Un problème de sécurité croissant ;
  • Coût important du grand carénage des centrales nucléaires.

Tradition française de l’atome

L’atome a une place relativement importante dans le coeur de générations d’ingénieurs et de scientifiques français. La voie est ouverte au début du XXe siècle avec la découverte de la radioactivité par Henri Becquerel, Marie Curie et son époux, Pierre. L'élan est soutenu par une forte volonté gouvernementale au sortir de la seconde guerre mondiale de développer à la fois le nucléaire militaire et le nucléaire civile. C'est dans cette optique qu'est fondé de Commissariat à l'énergie atomique (CEA), présidé par Frédéric Joliot-Curie. Les ingénieurs français et les technocrates passés par l'École des Mines ou encore Supélec, sont fortement influencés par cette culture de l'atome qui se transmet de génération en génération.

Avenir du nucléaire en France

L’avenir de la filière nucléaire est régulièrement remis en question. Coût des nouvelles générations de centrale, impact environnemental, questions de sécurité… Le futur du nucléaire en France touche soulève de nombreuses interrogations.

EPR : nouvelle génération de centrales nucléaires

Quand on parle de l’avenir du nucléaire, on ne peut pas passer à côté des EPR. Il s’agit de la nouvelle et troisième génération de centrales nucléaires : les réacteurs pressurisés européens ou european pressurized reactor (d’où EPR). Les EPR ont été conçus et développé par Orano (ex-Areva) dans les années 1990-2000. Ils avaient pour objectifs initiaux d’améliorer la sûreté et la rentabilité des centrales nucléaires.

Or les premiers chantiers en Norvège et en France, à Flamanville, ont accumulé des années de retard. Le délai de construction avait été estimé à 4 ans et demi. Les chantiers, respectivement lancés il y a 10 et 8 ans, ne sont toujours pas terminés. Un troisième projet  d’EPR en Europe a pourtant été lancé, à Hinkley Point en Angleterre.

Ces retards font grossir les rangs des détracteurs de l’EPR. Alors que cette troisième génération était censée être plus sûre et plus économique, les chantiers actuels ont engendré des coûts plus importants que prévus et le retard de livraison s’explique par des problèmes de sécurité difficiles à résoudre.

Grand carénage des centrales nucléaires

Les réacteurs nucléaires qui alimentent aujourd'hui la France en électricité sont vieux de plusieurs décennies (en moyenne 30,5 ans). 15 réacteurs ont même dépassé les 35 ans. Ce programme de grand carénage vise à prolonger la vie des centrales nucléaires actuelles. En effet, ces dernières ont une espérance moyenne qui se situe entre 25 et 35 ans. Une fois le programme de carénage terminé, elles pourront fonctionner pendant 60 ans. Cependant, la Cour des comptes a jugé que le coût du projet avait été largement sous-estimé par EDF : elle estime qu'il faudra dépenser 100 milliards d'euros pour financer ce projet pharaonique, contre les 55 milliards avancés par EDF. Certains détracteurs estiment qu'au-delà du coût faramineux du grand carénage, cela n'améliorera pas vraiment la sécurité des centrales. Ils avancent en général une autre solution : sortir du nucléaire.

Vers une sortie du nucléaire ?

Le mouvement anti-nucléaire remonte à la fin des années 1970, soit quelques années seulement après le tournant tout-nucléaire pris par Valéry Giscard-d’Estaing. Un des premiers événements marquants dans l’histoire de mouvement anti-nucléaire est l’affaire Plogoff. À la fin des années 1970, un petit village d’irréductibles bretons réussit à faire échouer le projet de construction d’une centrale nucléaire dans le petit village de Plogoff.

Mais c’est surtout la catastrophe de Tchernobyl en 1986 qui popularise les idées anti-nucléaire. Selon l’OMS, jusqu’à 4000 personnes ont été tuées par la catastrophe. L’ONG Greenpeace avance le chiffre de 200 000 cancers développés suite à l’explosion de la centrale. Toujours est-il qu’en France, à partir des années 1980, aucune nouvelle centrale nucléaire n’est construite.

Le débat autour de la sortie du nucléaire a été relancé en 2011 avec la catastrophe de Fukushima. Suite à un séisme et un tsunami, le système de refroidissement de la centrale nucléaire japonaise tombe en panne. Les réacteurs 1, 2 et 3 entrent en fusion alors que la piscine du 4eme surchauffe.

Si le président français de l’époque, Nicolas Sarkozy, ne remet pas en question la part du nucléaire dans le mix énergétique national, de plus en plus d’associations et de personnalités politiques demandent une sortie du nucléaire. Ils estiment que l’opération de grand carénage des centrales n’est pas suffisant pour garantir la sécurité des installations. L’association Négawatt propose par exemple un scénario de sortie du nucléaire reposant sur trois piliers : la sobriété, l’efficacité énergétiques et le recours aux énergies renouvelables. Ce scénario s’est retrouvé dans les programmes de certains des candidats à l’élection présidentielle de 2017.

Comment fonctionne une centrale nucléaire ?

Le principe de l’énergie nucléaire repose sur la fission d’atome d’uranium, un matériau radioactif. Elle entraîne une production de chaleur qui transforme l’eau en vapeur et entraîne une turbine. C’est le même principe de fonctionnement qu’une centrale au charbon, au gaz ou au pétrole, les émissions de CO2 en moins.

La fission se produit dans le réacteur de la centrale. Elle fait grimper la température de l’eau jusqu’à 320ºC. L’eau, mise sous pression pour ne pas qu’elle bout, passe par un premier circuit fermé, puis un deuxième où elle se transforme en vapeur d’eau. C’est cette vapeur qui actionne la turbine et produit de l’électricité. L’eau est ensuite refroidie au contact de l’air dans un troisième circuit.

En dehors de ces trois circuit, il existe d’autres infrastructures essentielles au bon fonctionnement de la centrale, comme les piscines de stockage de l’uranium usagé. Elles sont régulièrement pointées du doigt comme le point faible des centrales en termes de sécurité.

Que faire des déchets nucléaires ? La question du traitement des déchets nucléaires est régulièrement mise sur le devant de la scène. Début 2018, c’est le projet de site d’enfouissement des déchets de Bure qui a beaucoup fait parler de lui dans les médias. En effet, le problème des déchets nucléaires est qu’ils sont bien encombrants. Radioactifs, non recyclable, ils sont stockés, en sous-sol ou en sub-sol, mais aucune solution ne semble faire consensus.

Acteurs du nucléaire français

Il existe un grand nombre d’acteurs qui interviennent dans la filière du nucléaire en France. Pouvoirs publics, exploitants et industries privées, associations, le secteur du nucléaire est quadrillé par différents types d’organisation qui participent à son fonctionnement.

Acteurs privés de la filière nucléaire

EDF et le nucléaire en France

siege edf

EDF est le maître d’ouvrage et l’exploitant des 78 réacteurs dont 58 sur le territoire français. EDF est donc à la fois producteur et fournisseur d’électricité. Au niveau de la production de l’électricité nucléaire, EDF est donc en position monopolistique en France, puisqu’elle gère l’intégralité du parc nucléaire national.

Orano (ex-Areva)

Areva, rebaptisée Orano en 2018, est une multinationale française du nucléaire. Ses activités touchent à de nombreux aspects de la filière nucléaire :

  • extraction de l’uranium ;
  • concentration ;
  • raffinage
  • conversion et enrichissement de l’uranium ;
  • fabrication d’assemblage de combustible nucléaires ;
  • transport des combustibles nucléaires ;
  • traitement des combustibles nucléaires usés ;
  • démantèlement nucléaire ;
  • et gestion des déchets radioactifs.

Acteurs publics de la filière nucléaire

Le nucléaire est aussi une énergie régie par des acteurs publics, qui encadrent la filière ou participent à l’innovation et à la recherche.

L’Autorité de Sûreté Nucléaire

Parmi les acteurs publics de la filière, le plus incontournable est l’Autorité de Sûreté du Nucléaire (ASN). C’est l’entité qui assure les missions qui touchent à la sécurité nucléaire, à la radioprotection et à l’information des citoyens. Ces missions s’articulent autour de trois piliers :

  • Réglementation : l’ASN contribue à l’élaboration de la réglementation du nucléaire en France. Elle émet un avis sur les projets de décrets, de circulaires, de directives et d’arrêtés ministériels ;
  • Contrôle : l’ASN veille au respect des règles de sécurité et des prescriptions ;
  • Information : l’ASN informe les publics, en particulier en situation d’urgence.

Depuis 2006, elle agit indépendamment du gouvernement, même si elle est rattachée au Ministère de l’Environnement et de la Transition énergétique. Elle est composée d’un collège de 5 commissaires :

  • 3 commissaires sont nommés par le président de la République ;
  • 1 commissaire est choisi par le président du Sénat ;
  • Le dernier commissaire est désigné par le président de l’Assemblée nationale.

L’ASN est à l’origine de la création de l’Association des autorités de sûreté nucléaire des pays d’Europe de l’Ouest (WENRA), qui regroupe pas moins de 17 pays européen.

Les opérateurs de recherche

Parmi les opérateurs de recherche les plus important, il y a le Commissariat à l’Énergie Atomique. Le CEA, créé à l’initiative du général de Gaulle, est un organisme public de recherche. Placé sous la tutelle des ministres de l’énergie, de la recherche, de l’industrie et de la défense, le CEA mène des projets de recherche sur le nucléaire civil et le nucléaire militaire. En parallèle des activités de recherche, le CEA contribue à la compétitivité de la France et aux transferts des connaissances.

Moins connue et plus récente, l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (ANDRA). En effet, la gestion des déchets nucléaires est un vrai défi. L’ANDRA travaille sur la conception et l’exploitation des centres de stockage. Elle réalise des études et des recherches sur l’entreposage et le stockage en couche géologique profonde, la collecte, le transport et la prise en charge des déchets radioactifs. Elle a également pour mission de recenser l’ensemble des matières et des déchets radioactifs sur l’ensemble du territoire.

Autres acteurs publics du nucléaire

D’autres acteurs institutionnels interviennent dans le secteur du nucléaire. Plusieurs ministères et secrétariats généraux sont concernés comme :

  • Le Ministère en charge de l’énergie ;
  • Le Ministère des Affaires Étrangères ;
  • Le Secrétariat Général aux Affaires européennes ;
  • Le Ministère en charge de l’Économie et de l’Industrie ;
  • Le Ministère de la Défense ;
  • Le Ministère de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer.

Il existe aussi d’autres organes nationaux concernés par le nucléaire comme :

  • L’Association Nationale des Comités et Commissions Locales d’Information (ANCCLI) ;
  • La Commission nationale d’évaluation (CNE) ;
  • Le Conseil politique nucléaire (CPN) ;
  • Le Conseil stratégique de la filière nucléaire (CSFN) ;
  • Le Haut Comité pour la Transparence et l’Information sur la Sûreté (HCTISN) ;
  • L’Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques.
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