La libéralisation du marché de l'énergie a-t-elle été bénéfique ?

libéralisation du marché de l'énergie

La crise énergétique a rebattu les cartes du marché de l'électricité. Depuis l'été dernier, les prix de l'électricité et du gaz flambent en France et en Europe. Dans ce contexte, beaucoup se demandent si l'ouverture à la concurrence n'a pas eu un rôle négatif. Serait-on mieux protégé des variations de prix avec un acteur unique ? La libéralisation a-t-elle contribué à la hausse actuelle des tarifs ?


Quel bilan sur l'ouverture à la concurrence ?

Même avant la crise énergétique actuelle, les prix de l'électricité avaient tendance à grimper. Sur les dix dernières années, le prix du kWh a augmenté de 50 % en 10 ans, selon le fournisseur TotalEnergies (février 2021).

Cependant, cette hausse des prix n'est pas directement liée à la libéralisation du marché de l'énergie. Elle s'explique avant tout par une augmentation des coûts de production de l'électricité.

Un manque de capacités de production, notamment d'énergie verte

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L'ouverture à la concurrence en France n'a pas été directement la cause de la hausse des prix actuelle. C'est plutôt la maintenance des infrastructures existantes et la construction d'un parc vert qui font monter les coûts de production.

La France se trouve dans une situation transitoire concernant le marché de l'énergie. Les capacités de production nucléaire sont limitées du fait des opérations de maintenance et du vieillissement du parc. Dans le même temps, les capacités de production renouvelables ne sont pas encore assez développées pour permettre de contrebalancer la baisse de production nucléaire. De ce fait, la France est souvent obligée de s'approvisionner chez ses voisins, ce qui fait gonfler les prix.

Dans le contexte actuel des prix élevés de l’énergie, bénéficier de capacités supplémentaires de production d’énergies renouvelables aurait permis à la France d’être moins sensible aux soubresauts du marché et à l’indisponibilité du parc nucléaire. Jean-François Carenco, Président de la CRE

En effet, la France est le seul pays membre de l'UE à ne pas avoir atteint ses objectifs pour 2020, en matière d'énergies renouvelables. Elles ont atteint 19,1 % de la consommation finale brute en 2020, loin derrière les 23 % fixés. Elle se situe donc en dessous de la moyenne européenne à 22,1 %. La plupart des Etats membres ont atteint leurs objectifs, voire les ont dépassés comme la Suède, la Finlande ou encore l'Allemagne.

Une hausse des coûts de production nucléaire

En 2021, l'énergie nucléaire représente 67 % du mix électrique français. Or les centrales nucléaires de l'Hexagone vieillissent et nécessitent de nombreuses opérations de maintenance, pour des raisons de sécurité. EDF a engagé un programme de maintenance du parc, appelé le grand carénage, dont le montant est estimé à 49,4 milliards d'euros.

Des opérations de maintenance ont conduit la France à réduire sa production nucléaire cet hiver. Sur les 56 centrales que compte la France, une quinzaine de réacteurs nucléaires est actuellement à l’arrêt. En conséquence, l'Hexagone se voit dans l'obligation d'importer de l'électricité depuis les pays voisins.

Vers un plan de relance du nucléaire ? Le 10 février, le Président de la République a annoncé la future création de 6 réacteurs nucléaires, de type EPR 2 d'ici à 2050.

Une hausse de la fiscalité

La hausse des tarifs de l'électricité est également due à une augmentation de la fiscalité. La CSPE a fortement grimpé ces dernières années : elle est passée de 3 € / MWh en 2002 à 22,5 € / MWh.

Pour endiguer la hausse des prix de l'énergie, le taux est exceptionnellement porté à 0,5 € par MWh cette année.

A quoi sert la CSPE ? Cette taxe sert à financer le chèque énergie et la transition énergétique. Elle permet aussi de mettre en place des subventions pour lancer des appels d'offres pour construire de nouvelles infrastructures basées sur les énergies renouvelables.

Impact de la crise énergétique en France et en Europe

Comment en est-on arrivé à une crise énergétique ?

La Covid-19 a bouleversé l'économie et a entraîné une crise énergétique. La baisse de la production industrielle et des activités économiques en 2020 et 2021 a conduit à une forte diminution des prix du gaz.

Puis fin 2021, les prix repartent à la hausse. Comment expliquer cette évolution ?

hausse prix du gaz
  • Suite à la reprise économique, la demande en gaz a fortement augmenté, notamment en Asie et Europe, pour constituer les stocks en prévision de l'hiver ;
  • Dans le même temps, ont eu lieu des opérations de maintenance en mer du Nord qui ont impacté la production norvégienne (principal fournisseur de gaz de la France) ;
  • De son côté, la Russie a limité les exportations et est accusée de faire pression sur l'Europe via les exportations de gaz.

La demande étant très forte et l'offre moindre, les prix sont remontés en flèche. Le gaz naturel correspond à 20 % du mix énergétique en Europe.

Or, le gaz sert également à produire de l'électricité : en conséquence, les prix de l'électricité sur les marchés de gros ont aussi subi une nette inflation. De plus, les conditions météorologiques ont été mauvaises en 2021 et expliquent une faible production d'énergie verte. S'ajoute à cela la hausse des prix des quotas de CO2, qui sont passés de 33 € à 65 € en septembre 2021.

Impact du conflit en Ukraine sur les prix de l'énergie en Europe

Certes, avant le début de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, la situation sur le marché de l'énergie en Europe était très tendue. Toutefois, le conflit armé a eu un effet important sur la hausse des prix et a montré les faiblesses de l'Europe dans sa politique énergétique.

Avant le conflit, l'Europe importait 47% de son gaz et 30% de son pétrole en provenance de Russie. Le climat d'incertitude, la suspension du gazoduc qui reliait la Russie à l'Allemagne Nord Stream 2, les sanctions économiques ainsi que les menaces d'embargo n'ont fait accentuer la tendance haussière sur le prix du gaz. Cette hausse a impacté mécaniquement le prix de l'électricité en France, mais également sur l'ensemble du marché européen. 

En effet, même si la France est moins exposée à la dépendance au gaz russe, ce n'est pas le cas d'autres pays européens comme l'Allemagne, l'Italie et les pays de l'Est. 

Même si la Russie menace de couper l'approvisionnement en gaz, la tendance pour les prochains mois serait de réduire cette dépendance au gaz russe en développant davantage le nucléaire et les sources d'énergie renouvelable sur le sol européen. Toutefois, cette indépendance énergétique de l'Europe mettra de longues années (voire des décennies !) à devenir une réalité.

Un marché européen face à des prix qui s'emballent

Les cours de marché ont fait face à une volatilité importante ces derniers mois. Le prix du MWh d'électricité a dépassé la barre des 400 € / MWh alors qu'il était à 50,2 €/MWh en 2018, selon les données de RTE.

Cela a fortement impacté les consommateurs européens. Par exemple, le prix de l'électricité en Espagne a explosé, où le gaz contribue à 30 % de sa production d'électricité. Le pays a donc fait face à une hausse des prix sans précédent.

Même constat dans d'autres pays voisins. En Allemagne, les tarifs de l'électricité ont augmenté de 18,4 % en 2021. En Italie, cela s'est traduit par une hausse de 29,8 % des prix de l'électricité fin 2021. Face à cela, les gouvernements ont pris diverses mesures pour endiguer la hausse des prix : diminution de la fiscalité, subventions publiques, etc.

En France, quelle gestion de la crise ?

En France, l'Etat a activé plusieurs leviers pour éviter une hausse importante des prix de l'électricité et du gaz :

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  • Diminution du montant de la CSPE (Contribution au Service Public de l'Electricité) ;
  • Relève du plafond de l'ARENH exceptionnelle (+ 20 %). 20 TWh d'électricité nucléaire supplémentaires pourront être achetés par les fournisseurs alternatifs au prix de 46,5 € le MWh à partir d'avril 2022 ;
  • Gel du tarif bleu d'EDF jusqu'en février 2023 et du tarif réglementé du gaz.

Le gouvernement a également accordé un chèque énergie supplémentaire de 100 €, pour les foyers modestes ainsi qu'une indemnité inflation (plus souvent appelé "chèque carburant") pour faire face à la hausse des prix du carburant. Du côté des professionnels, ce sont 150 000 millions d'euros qui ont été débloqués pour venir en aide aux entreprises énergivores (chimie lourde, métallurgie, etc.).

Quid des offres à prix de marché ? Si les tarifs réglementés ont été bloqués, les tarifs des offres de marché ne sont pas soumis à un gel et peuvent donc évoluer à la discrétion des fournisseurs d'énergie.

Libéralisation du marché, quelles perspectives ?

De nombreux consommateurs ont pu bénéficier de prix plus avantageux que les tarifs réglementés grâce à l'ouverture à la concurrence. Avec la crise du marché de l'énergie, cette tendance a malheureusement pu s'inverser. Qu'en est-il de l'après ?

Énergies renouvelables : baisse des coûts de production

Si l'ARENH a été mis en place, c'est avant tout pour laisser la possibilité aux fournisseurs alternatifs de développer leurs propres moyens de production. De nombreux fournisseurs se sont associés avec des producteurs indépendants ou investissent pour développer des fermes solaires ou des parcs éoliens.

énergies renouvelables

Par exemple, TotalEnergies a développé son parc photovoltaïque, via le rachat de la société Quadran. De la même manière, la Compagnie nationale du Rhône (CNR), le 1er producteur français d’électricité 100 % renouvelable, travaille avec ilek pour proposer de l'électricité verte aux clients du fournisseur.

Cependant, l'ARENH a été mis en place jusqu'en 2025 : les fournisseurs qui n'auront fait aucune démarche d'investissement dans les énergies renouvelables d'ici là risquent de se trouver une situation économique difficile.

En effet, les coûts de production liés aux énergies vertes ne font que baisser alors même que les coûts liés au nucléaire augmentent. Selon le LCOE de la banque Lazard (2020), le prix de production d'un MWh d'électricité photovoltaïque est passé de 359 $ en 2009 à 37 $ en 2020. A contrario, le prix du MWh d'énergie nucléaire est passé de 123 $ à 163 $ sur la même période.

Le développement du stockage de l'électricité

Le développement du stockage de l'électricité est un des enjeux majeurs de la transition énergétique. Il permettrait de passer à un mix 100 % renouvelable et de limiter la dépendance des fournisseurs au marché de gros, où les prix fluctuent tous les jours et heures.

Pour l'instant, le stockage dans les batteries reste très cher et quasiment impossible à grande échelle. Toutefois, des entreprises comme Tesla s'y intéressent. L'entreprise américaine développe actuellement en compagnie de Neoen, une entreprise française, un projet de giga batterie solaire sur le sol australien. La Victorian Big Battery devrait être mise en service d'ici peu et pourra stocker jusqu'à 450 MWh d'électricité, soit une demi-heure d'électricité pour l'ensemble des habitants de la région de Victoria en Australie.

Demain tous producteurs ? Zoom sur l'autoconsommation

Enfin, l'ouverture à la concurrence a permis de décentraliser le marché de l'électricité : la France est passée d'un fonctionnement reposant sur un acteur majeur, EDF, assurant production et fourniture à une multiplicité de producteurs et de fournisseurs. Et la tendance pourrait s'affirmer davantage, à une échelle toujours plus individuelle.

autoconsommation france

Les consommateurs deviennent à leur tour producteurs grâce à l'autoconsommation. Ils peuvent ainsi se fournir eux-mêmes en électricité et réduire leur facture. En moyenne, un particulier ayant recours à l'autoconsommation consomme 20 % de sa propre production. Le surplus d'électricité produit est vendu au réseau et permet au ménage de générer un revenu passif.

L'autoconsommation fait face à un essor sans précédent. Début 2021, Enedis compte plus de 100 000 clients raccordés en autoconsommation individuelle contre seulement 3000 en 2015.

De nombreux fournisseurs alternatifs comme Ekwateur, Planète OUI ou encore Ohm Energie proposent d'accompagner les ménages à installer sur leurs toits des panneaux solaires. Un des intérêts de l'ouverture à la concurrence réside donc dans le développement de nouveaux services pour les consommateurs. Par ce biais, il sera possible d'aller vers un modèle énergétique plus résilient.

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Libéralisation du marché de l'énergie : comprendre le fonctionnement

Qu'est-ce que la libéralisation du marché de l'énergie ?

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L'ouverture à la concurrence du marché de l'énergie sur le segment des particuliers a eu lieu en 2007. Depuis cette date, les Français sont libres de choisir leur fournisseur d'électricité et de gaz. EDF, qui était en situation de monopole pour l'électricité depuis 1946 et Engie pour le gaz, font face à l'arrivée de nouveaux acteurs : les fournisseurs alternatifs.

Pour accompagner la libéralisation du marché, la loi NOME (nouvelle organisation des marchés de l'électricité) est promulguée en 2010. Celle-ci engage deux changements majeurs :

  • Le maintien des tarifs réglementés d'électricité, le Tarif Bleu d'EDF, qui sert de baromètre des prix ;
  • La mise en place de l'ARENH (Accès Régulé à l'Energie Nucléaire Historique).

Ces deux dispositifs permettent de protéger les consommateurs d'une dérégulation trop soudaine.

Qu'est-ce que le mécanisme de l'ARENH ?

L'ARENH permet de partager la production d'électricité nucléaire entre tous les fournisseurs (historiques et alternatifs). En effet, EDF étant exploitant des centrales en France, il bénéficiait d'une avance sur ses concurrents qui ne disposaient pas forcément de centrales de production.

arenh

De ce fait, EDF est contraint de vendre jusqu'à 100 TWh d'électricité nucléaire aux fournisseurs alternatifs qui en font la demande, à un prix fixé par l'Etat. Initialement fixé à 40 € / MWh, le plafond de l'ARENH a été révisé en 2012 et est porté depuis à 42 € / MWh.

Les fournisseurs alternatifs se fournissent donc en grande partie via l'ARENH mais aussi sur les marchés de gros de l'électricité. En parallèle, ils sont censés développer leurs propres capacités de production en prévision de la fin de l'ARENH en 2025.

Le fonctionnement des marchés de gros

Le marché de l'électricité Epex Spot fonctionne selon le principe de la bourse : les prix fluctuent au jour le jour en fonction des coûts de production de l'électricité. On appelle cela le "Merit Order" ou "préséance économique".

Le « merit order » est le mécanisme permettant d’établir un ordre de priorité dans la mise en œuvre des unités de production électriques : elles sont appelées, pour chaque demi-heure, dans l’ordre croissant de leur coût marginal variable (coût de l’énergie primaire, coût des émissions de CO2, coûts de maintenance, tarifs de transmission, taxes et prélèvements, etc…). Gazel Energie

De ce fait, on appelle d'abord les énergies renouvelables, dont les coûts marginaux sont moins importants, puis les centrales nucléaires et enfin on appelle les centrales à gaz et à fioul dont les coûts demeurent plus élevés. La fixation du prix de l'électricité porte donc sur la dernière centrale appelée.

Cela permet de prioriser l'injection d'électricité verte sur le réseau. Lorsque la demande est faible, on évite ainsi d'avoir recours à des centrales plus polluantes fonctionnant aux énergies fossiles.

Pourquoi ne pas acheter à très bas coût uniquement de l'électricité verte ?L'électricité ne peut pas se stocker à grande échelle pour le moment. Elle doit être consommée au moment de la production. Si les fournisseurs peuvent s'engager sur des commandes d'une certaine quantité dans le temps, ils doivent ajuster au jour le jour en fonction de la demande réelle en énergie. Malheureusement, les énergies vertes sont dépendantes de la météo. Sans vent, une éolienne ne tourne pas. Sans soleil, un panneau solaire ne produit rien. Les fournisseurs sont donc parfois contraints d'acheter de l'énergie nucléaire ou fossile dont les prix sont plus élevés.

Fournisseurs alternatifs : les Français de plus en plus séduits ?

L'ouverture à la concurrence n'a pas mis fin à la position de leader d'EDF. Il reste le fournisseur numéro 1 sur le marché de la fourniture électrique. Toutefois, les fournisseurs alternatifs gagnent du terrain.

Au 30 septembre 2021, 11,7 millions de sites sur un total de 33,6 millions (soit 34,9 %) sont en offre de marché en électricité. Les fournisseurs alternatifs ont gagné 250 000 sites au total durant le troisième trimestre 2021 (contre 232 000 au deuxième trimestre 2021). Commission de Régulation de l'Energie (CRE)

Les prix des offres de marchés étaient en moyenne 6 % moins chers que les tarifs réglementés. En pleine crise, cela est moins vrai : les particuliers ont donc tendance à retourner chez EDF. Depuis le mois d'octobre 2021, EDF a regagné 250.000 clients, selon Capital.

En effet, les fournisseurs alternatifs ont du mal à rester compétitifs. S'ils peuvent s'approvisionner en partie grâce à l'ARENH, ils s'alimentent en majorité sur les marchés de gros, où les prix s'envolent depuis l'été dernier.

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