Climat : Groupama a reversé 250 millions d’euros aux agriculteurs français en 2019

Climat : Groupama a reversé 250 millions d’euros aux agriculteurs français en 2019

En début d’année, les acteurs de l’assurance font généralement le bilan sur celle qui vient de s’écouler. Groupama a donc partagé ses dépenses liées aux sinistres climatiques en 2019, une annonce qui a été l’occasion de relancer une discussion plus vaste autour de la réforme – pour beaucoup nécessaire – du régime d’indemnisation concernant les sinistres climatiques.


  • En bref : Crise climatique : les assureurs veulent du changement
  • En 2019, Groupama a reversé 250 millions d’euros d’indemnisations aux agriculteurs, en réparation pour des dommages de sinistres climatiques ;
  • Ce chiffre est bien inférieur à celui de l’année catastrophique de 2016, mais est tout de même en hausse par rapport à 2017 et 2018 ;
  • Groupama dénonce les failles du système actuel, déficitaire pour les assureurs& ;
  • À l’été 2019, une concertation avec les acteurs du domaine agricole français, les assureurs et les réassureurs a été lancée par le ministère de l’Agriculture, mais les choses semblent avoir du mal à se débloquer.

Indemnisations aux agriculteurs en 2019 : Groupama partage la note

On le sait, le réchauffement climatique impacte tous les aspects de nos sociétés, et touche évidemment le secteur de l’assurance. Le grand public est de plus en plus conscient des problématiques écologiques, ce qui a pour effet de mettre la pression sur divers acteurs de la société, et ce pour de bonnes raisons. La crise écologique est un sujet sérieux. Elle incarne l’un des plus grands enjeux de l’époque moderne. Chaque année, les assurances déboursent 3 milliards d’euros en raison du réchauffement climatique. Les effets de ce dernier sont multiples, allant jusqu’à bouleverser le modèle même de l’assurance.

Les dommages des sinistres climatiques représentent une dépense de plus en plus importante pour les assureurs. En 2019, Groupama a reversé 250 millions d’euros d’indemnisations aux agriculteurs français.

Les dépenses liées aux indemnisations relatives à des événements climatiques ne cessent d’augmenter. Cela va de pair avec la multiplication des épisodes de sécheresse et des épisodes climatiques d’une grande violence, à l’instar des ouragans Irma et Maria. Pour les assureurs, cela implique de mettre en place des mesures spécifiques, par exemple l’embauche d’experts pouvant aider à l’anticipation de ces événements dévastateurs, et ainsi d’ajuster l’indemnisation des victimes.

En 2019, l’assureur Groupama couvrait 2,6 millions d’hectares en assurances multirisques climatiques – ou MRC –, ce qui représente plus de la moitié des hectares assurés par les agriculteurs en France sous la couverture MRC, indique l’Agence France Presse – ou AFP. En tout, 93,4 % des hectares assurés par Groupama concernent les grandes cultures. À ce jour, l’assurance MRC est cruciale pour protéger les agriculteurs et leurs cultures.

L’an passé, Groupama a versé 250 millions d’euros d’indemnités aux agriculteurs français, en réparation des dommages des sinistres climatiques, rapporte ainsi l’AFP. La somme se répartit de la manière suivante :

Groupama est l’un des leaders de l’assurance agricole en France. Les répercussions de la crise climatique le concernant sont donc significatives.

2016 : une année catastrophique aux longues répercussionsCes 250 millions d’euros d’indemnités sont à mettre en perspective avec les 420 millions déversés en 2016, année qui tient le record à ce jour pour le montant des indemnisations liées aux sinistres climatiques. Pour autant, la somme de 2019 pour Groupama est plus importante que celles des années 2017 et 2018, avec respectivement 190 millions d’euros et 187 millions d’euros reversés.

Risques climatiques : comment réformer les régimes d’indemnisation ?

Les différents partis concernés tentent de trouver des solutions afin d’amoindrir les effets de la crise climatique sur l’économie. L’été dernier, une concertation avec les acteurs du domaine agricole français, les assureurs et réassureurs était lancée en ce sens, indique l’AFP. Un rapport très complet intitulé « Sur la gestion des risques climatiques et l’évolution de nos régimes d’indemnisation », publié en juillet 2019, fait par ailleurs une longue liste de recommandations, que nous reprenons ici :

  1. Réforme du régime CatNat – dans un souci d’équité, d’efficacité et de transparence, précise le document ;
  2. Accompagnement des élus locaux, en première ligne face aux catastrophes naturelles ;
  3. Clarification et sécurisation des relations entre les assurés et leurs assureurs ;
  4. Amélioration de la protection du secteur agricole face aux aléas climatiques ;
  5. Poursuite de l’effort de connaissance pour améliorer la maîtrise des risques ;
  6. Transformer le fonds Barnier en « bras armé » d’une politique de prévention ambitieuse ;
  7. Amplification de la politique de prévention et d’aménagement durable dans les territoires ;
  8. Aide aux élus locaux engagés dans des démarches de prévention ;
  9. Conscientiser les citoyens à une véritable culture du risque ;
  10. Soutien des efforts de réduction de la vulnérabilité.

Groupama a de son côté proposé la « création d’un pool associant les assureurs et les réassureurs privés permettant de mutualiser les portefeuilles de risques, tout en maintenant un environnement concurrentiel. » Si les solutions varient, tous les acteurs du marché s’accordent à dire que pour pérenniser le système de couverture, il est aujourd’hui nécessaire d’établir des stratégies précises.

Pour Groupama, au vu de la situation, l’assurance multirisque climatique ne peut incarner une solution sur le long terme pour les assureurs. C’est ce qu’a expliqué François Schmitt, président de Groupama Grand Est, à l’occasion d’une conférence de presse au début du mois de février 2020. L’impact de l’année 2016 se fait encore sentir, qui selon les données de Groupama ont rendu le système déficitaire. Ces trois dernières années, Groupama a perdu de l’argent.

Quelles réformes mettre en place pour la prise en charge des sinistres liée aux événements climatiques ?

Selon l’analyse de Martial You sur RTL, il est intéressant de regarder les chiffres de Groupama dans le détail, lesquels indiquent que le montant des indemnisations est complexe. Cela dépasse le simple constat d’une augmentation généralisée du prix de l’assurance pour les agriculteurs. « C’est encore plus pervers que ça. […] On constate que l’assurance multirisque climatique ne couvre que les agriculteurs les plus riches. En effet, les indemnités, l’an dernier, ont été versées à 64% aux céréaliers qui faisaient du blé tendre, à 4% aux arboriculteurs et à 1,8% aux producteurs de légumes. Cela signifie que nos agriculteurs ne s’assurent pas car ils n’en ont pas les moyens. Vous avez un peu moins d’une exploitation sur trois qui est assurée », explique-t-il. Pour lui, au vu de la situation de grande pauvreté de nombreux agriculteurs, « l’assurance devient un luxe superflu ». Et ce facteur socioéconomique devrait être pris en compte dans le cadre des réflexions en cours.

Parmi les trois différents groupes de travail mis en place par ministère de l’Agriculture concernant la gestion des risques en agriculture, la première réunion de travail de celui concernant la filière arboricole se déroulera le 12 février 2020. Mais déjà, de toutes parts les critiques fusent. Du côté des assureurs, l’on se plaint que les choses n’aillent pas assez vite – malgré les promesses d’arriver à des annonces d’ici début mars. Du côté des agriculteurs, la Confédération paysanne dénonce le parti pris de ces réflexions, expliquant dans un communiqué que « mettre dans la main des assureurs le groupe sur l’arboriculture montre un parti pris dès le départ : les arboriculteurs devront avoir recours aux assurances, la possibilité d’un fonds mutualiste et solidaire est écartée d’office. »

Urgence climatique : le secteur de la finance en stressEn clôture du Climate Finance Day fin novembre 2019, le ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, avait annoncé que l’ensemble des banques et des assurances françaises passeraient des stress tests climatiques en 2020. Le but sera évidemment de tester la résistance des banques et des compagnies d’assurance dans l’éventualité d’une crise financière climatique.

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