Catastrophes naturelles : comment l’anticipation pourrait-elle changer le modèle assurantiel ?

Catastrophes naturelles : comment l’anticipation pourrait-elle changer le modèle assurantiel ?

Alors que les conséquences de la crise écologique s’accélèrent et s’amplifient, le monde de l’assurance doit repenser son modèle. En travaillant à une meilleure anticipation des sinistres provoqués par les catastrophes naturelles grâce à la technologie, les assureurs peuvent améliorer leurs offres, leurs tarifs, et limiter les retombées souvent dévastatrices de ces épisodes climatiques.


  • Assurances et catastrophes naturelles : le rôle clé de l’analyse prédictive
  • En 2020, à travers le monde, les pertes liées aux catastrophes naturelles ont connu une hausse de 26 % (étude Swiss Re) ;
  • Ces événements dévastateurs sont voués à s’intensifier en raison du réchauffement climatique ;
  • La société française Predict, spécialiste de l’analyse de données météorologiques, accompagne notamment les assureurs pour les aider à anticiper les sinistres dus aux catastrophes naturelles ;
  • En 2020, par un simple recours aux images satellites et à un casque de réalité virtuelle, Groupama a pu réaliser une première estimation des dégâts faits par la tempête Alex, afin d’accélérer le processus d’indemnisation ;
  • Assurance paramétrique, big data, IA, algorithmes prédictifs, data visualisation et data science : toutes ces solutions technologiques se démocratisent, permettant aux assureurs d’élaborer de meilleures couvertures assurantielles et de limiter leurs dépenses, en constante augmentation.

Catastrophes naturelles : les assureurs face à un défi d’ampleur

Alors que la crise écologique redéfinit notre manière d’être au monde et de penser nos sociétés, le rôle des assurances est régulièrement questionné. En 2020, selon une étude réalisée par Swiss Re, les pertes globales liées aux catastrophes naturelles ont connu une hausse de 26 %. Un chiffre qui interpelle immédiatement, et qui a de quoi inquiéter lorsque l’on sait que cette tendance est vouée à continuer.

Dans son enquête, Swiss Re estime que la facture s’est alourdie en raison de catastrophes dites « secondaires », soit les inondations, orages et épisodes de grêle particulièrement violents. Dans le futur, le changement climatique aura pour conséquence de créer une intensification de ces événements climatiques, lesquels représentent aujourd’hui 70 % des sinistres couverts par les assureurs.

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Le risque climatique met les assureurs face à leur plus grand défi.

Le risque climatique met le secteur assurantiel face à son plus grand défi. Pour ses acteurs, l’enjeu est clair : travailler à une meilleure anticipation des catastrophes naturelles afin d’en limiter les conséquences. L’Agence France Presse – ou AFP – s’est penchée sur le sujet. Dans un article publié en janvier 2021, le journal Sud Ouest relayait ainsi la parole d’Alix Roumagnac, président de l’entreprise Predict : « Gérer une crise, c’est travailler avant, se préparer ». La société montpelliéraine fondée en 2006 est spécialisée dans l’analyse de données météorologiques. Elle accompagne des entreprises, et évidemment, des assureurs. Parmi ses actionnaires, l’on retrouve Météo France, Airbus et le groupe BRL.

Alors que le secteur assurantiel continu de se digitaliser, le domaine d’expertise et les ressources d’une société comme Predict semblent générer un intérêt grandissant.

Il est particulièrement intéressant de considérer le rôle de l’analyse prédictive pour l’assurance alors que la réforme du régime « CatNat » est susceptible de s’accélérer. Il paraît aujourd’hui crucial de considérer sérieusement l’anticipation des catastrophes naturelles afin de repenser le modèle assurantiel.

Analyse prédictive : quel rôle pour le futur de l’assurance ?

Le domaine d’expertise d’une société comme Predict intéresse évidemment les assureurs, ce qui explique pourquoi Groupama et Predict ont noué un partenariat. Suite à la tempête Alex, en 2020, un salarié de Groupama a pu réaliser une première estimation des dégâts simplement à l’aide d’images satellites provenant d’Airbus et d’un casque de réalité virtuelle, explique Sud Ouest. Un procédé qui ne se substitue pas au présentiel, mais a permis à l’assureur « de voir quels étaient les besoins de [ses] assurés et de déclencher les premiers acomptes si nécessaire », explique Thomas Schramme, directeur métiers entreprises, collectivités et associations de Groupama.

L’assureur affirme avoir envoyé 578 000 SMS à tous ses sociétaires afin de les alerter au sujet de la tempête, et dit avoir réussi à prévenir « graduellement et par anticipation » quelque 6 500 communes de la situation. Le but de ses alertes est évidemment de permettre aux assurés de pouvoir agir avant que les conséquences ne soient trop importantes et, par la suite, elles limitent l’intervention des assureurs.

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Le recours à la technologie n’est pas nouveau dans le secteur assurantiel. En 2019, sur Selectra, nous explorions le sujet de l’assurance paramétrique et de sa démocratisation progressive. Dans une même démarche d’anticipation et d’optimisation, celle-ci se base sur divers indices spécifiques (la pluviométrie, la température ou encore la force du vent) pour permettre aux assureurs d’élaborer des couvertures assurantielles sur-mesure. De plus, le procédé déployé avec l’assurance paramétrique permet d’évaluer le coût des sinistres grâce aux images satellites.

Aujourd’hui, de nombreux assureurs ont donc recours à l’innovation technologique, et AXA est particulièrement engagé dans le développement de l’assurance paramétrique, qu’il souhaite intégrer à ses offres d’assurance traditionnelles. En 2019, Antoine Denoix, directeur général d’AXA Climate, expliquait aux Échos qu’il « il y a vrai trou d’assurance sur les événements climatiques. Dans le monde, 90 % des pertes économiques liées aux intempéries ne sont aujourd’hui pas couvertes par l’assurance ».

Depuis 2015, Predict travaille dans son « Climate Lab » à « cartographier les risques naturels pesant sur le territoire français », explique Sud Ouest. Mais plus encore, l’entreprise croise des millions de données pour observer les différents phénomènes climatiques se déroulant en temps réel. Cela permet entre autres l’anticipation d’épisodes potentiellement dévastateurs sur des zones précises.

Inondations, sécheresse, épisodes neigeux, etc. Predict suit divers types d’événements climatiques. Son atout est ainsi la quantité et la qualité de données qu’elle récolte et qu’elle peut mettre à disposition des assureurs. Parmi les partenaires de Predict, il n’est donc pas étonnant de retrouver de nombreux assureurs : Gan Assurances, Groupama, Axa, Allianz, Aviva ou encore Generali.

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Réchauffement climatique : jusqu’à quel point l’innovation technologique peut-elle vraiment aider à améliorer l’assurance ?

Dans le futur, l’analyse prédictive devrait avoir un rôle de plus en plus important pour les assureurs voulant anticiper les risques climatiques. Et elle n’est pas la seule ressource disponible. Big data, intelligence artificielle – ou IA –, algorithmes, data visualisation, data science : l’innovation technologique est un terrain de jeu plein de promesses pour le monde de l’assurance.

Plus encore qu’anticiper les risques, cela permet également de mieux protéger les assurés en leur proposant des couvertures et tarifications adaptées mais aussi, évidemment, d’alléger la bourse des assureurs. Selon l’étude de Swiss Re, en 2020, les catastrophes naturelles leur ont coûté plus de 76 milliards de dollars – soit 62,52 milliards d’euros –, soit une hausse de 40 % par rapport à 2019.

Le recours aux images satellites dans le cadre de l’assurance traditionnelle a de multiples avantages. Depuis 2019, l’assureur Luko y a recours pour son assurance habitation destinée aux particuliers.

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