Changement d'heure : un vecteur d’économies d'énergie ? 

Changement heure
Le passage à l'heure d'hiver est une mesure mise en place pour réaliser des économies d'énergie. Qu'en est-il à l'heure actuelle ?

Dans la nuit du samedi 24 au dimanche 25 octobre 2020 prochain, aura lieu le passage à l’heure d’hiver. Historiquement mise en place pour faire des économies sur le charbon, la mesure du changement d’heure touche à sa fin en Europe. Ses effets sur le sommeil et la santé sont pointés du doigt, alors que les économies d’énergies réalisées sont remises en question aujourd’hui. Elles sont qualifiées de dérisoires. Qu’en est-il concrètement ? Le changement d’heure est-il efficace ou non en termes d’économies d’énergie ?


Le changement d’heure : des raisons historiques 

Rappelons avant toute chose que l’histoire du temps, ou plutôt l’histoire de l’heure universelle telle que nous la connaissons aujourd’hui, commence au XIXème siècle pendant la Révolution industrielle, grâce à l’arrivée du chemin de fer.

Le progrès technique et le commerce international, qui se développent alors permettent de relier les pays voisins entre eux, en Europe et en Amérique. Une synchronisation de l’heure entre les villes reliées par la locomotive, jusqu’alors différentes et propres à chacune, devient alors indispensable pour des raisons de logistiques.

C’est ainsi qu’est née la notion d’heure GMT, du méridien de Greenwich de longitude zéro, qui est la référence pour établir l’heure de façon coordonnée, n’importe où dans le monde. En France, l’heure correspond à GMT+1 en hiver, soit l’heure de Greenwich +1 heure, et GMT+2 en été.

Ce n’est qu’en 1916 que la France suivant l’initiative de l’Allemagne puis du Royaume-Uni, instaure une heure d’été pour gagner une heure d’ensoleillement naturel le soir. Avancer les horloges permet alors de réduire l’éclairage artificiel nocturne, pour économiser les ressources énergétiques, notamment le charbon à l’époque.

A la Libération en 1945, l’heure d’été est abandonnée en France, mais un décret de 1975 l’instaure à nouveau, à la suite du choc pétrolier de 1973. En effet, a l'époque l'Hexagone dépend des hydrocarbures (gaz, fioul, pétrole, charbon, etc.) pour produire son électricité. En effet, la majorité des centrales nucléaires n'ont pas encore vu le jour et les énergies renouvelables ne sont pas développées. A ce moment-là, la France n'est pas indépendante au niveau énergétique. Il est donc important pour le pays de réduire sa consommation énergétique. Ce décret est toujours appliqué en 2020.

Une mesure en vigueur dans toute l’Europe…

changement heure europe

La mesure du changement d’heure en été est adoptée dans le reste des états européens au cours des années 1980, chaque pays définissant la date du changement d’heure indépendamment des autres états, à l’époque. Ce n’est qu’en 2002 qu’une date commune à tous les membres de l’Union Européenne est instaurée : 

  • La nuit du samedi au dimanche, la dernière semaine de mars, marque l’heure d’été ;
  • Celle du samedi au dimanche de la dernière semaine d’octobre, pour l’heure d’hiver.

...qui touche à sa fin

Mais cette mesure, accusée aujourd’hui d’être improductive voire contre-productive, a été décriée par les européens en 2018, interrogés lors d’une consultation en ligne de la Commission Européenne. Les participant ont exprimé dans une très large majorité leur désir de mettre fin à cette pratique. 84% des votants européens se sont affirmés en faveur de la suppression du changement d’heure. Les mêmes statistiques se retrouvent chez les votants français consultés par l’Assemblée Nationale en 2019 au même sujet.

En théorie, chaque état membre de l’UE est amené à choisir son propre fuseau horaire en 2021. Chaque pays est censé se fixer définitivement sur l’heure d’été ou d’hiver l’année à venir. Néanmoins, le Conseil de l’Europe souhaite une coordination entre les pays membres, particulièrement entre pays voisins. Avant de mettre fin à la mesure, le Conseil souhaite donc consulter tous les états de l’UE pour homogénéiser les fuseaux horaires pour des considérations logistiques liées à l’économie du marché intérieur européen, notamment dans les régions transfrontalières.

En raison de la pandémie mondiale de Covid-19, la consultation des pays membres à ce sujet est repoussée. Le changement d’heure n’est plus une priorité du Conseil de l’Europe, qui est occupé par la gestion de la crise sanitaire. La mise en oeuvre de la fin du changement d’heure, initialement prévue pour 2021, est donc suspendue temporairement.

Des économies d’énergie minimes 

La pertinence de la pratique historique du changement d’heure a donc été remise en question par une majorité d’européens en 2018. L’argument à l’initiative de la mesure concernant les économies d’énergie, semble aujourd’hui désuet puisque les économies réalisées de nos jours grâce au changement d’heure sont dérisoires. La principale raison est que notre consommation liée à l'éclairage a fortement diminué depuis les années 1980.

Grâce à l’amélioration de l’efficacité énergétique par le biais notamment des ampoules basse consommation, et grâce aux usages privés et publics plus responsables des ressources naturelles, les gains énergétiques dus au changement d’heure sont donc devenus moindres.

En 1996, on estime avoir économisé 1200 Gwh/an, comparé à une moyenne de 351 Gwh/an ces dernières années, soit 0,07% de la consommation totale d’électricité. Ce n’est pas rien, mais d’après l’Ademe, si des gains sont encore réalisés en termes d’éclairage, ce n’est pas prouvé et difficilement évaluable pour ce qu’il en est du chauffage et de la climatisation.

L’impact énergétique est donc très faible tandis que des problèmes dus au dérèglement du cycle naturel et aux méfaits du changement d’heure sur la santé sont soulevés.

Le sommeil est régulé par le rythme circadien qui fonctionne sur 24 heures. Si ce cycle est perturbé c'est tout notre fonctionnement qui est concerné. Le changement d'heure peut faire le même effet qu'un décalage horaire.
 Dr Gérard Vincent, médecin spécialiste du sommeil

Sans compter que si on veut faire des économies d’énergie, il existe des habitudes quotidiennes très efficaces et bien moins contraignantes.

Aujourd’hui on sait que de bonnes habitudes de consommation de l’énergie par les citoyens contribuent bien davantage à la préservation des ressources naturelles que la pratique du changement d’heure. Voici par exemple quelques de gestes pour faire baisser la facture d'électricité.

Les bons gestes pour faire des économies d’énergie

Pour faire des économies d’énergie on le sait bien, il faut éteindre la lumière quand on quitte une pièce et éteindre les appareils électroniques en veille. A la clé ? Environ 10% d'économies d'énergie selon l'Ademe. Mais il existe d’autres gestes efficaces pour ne pas gaspiller les ressources énergétiques et réduire ses dépenses.

L’un des bons réflexes à adopter en matière d’économie d’énergie c’est la programmation énergétique. En anticipant ses besoins quotidiens en chauffage et en électricité selon ses habitudes énergétiques, on gagne de l’argent et du confort. Tout est question d'organisation.

Programmer ses appareils en heures creuses

heures pleines heures creuses

Le principe des heures creuses et des heures pleines repose sur le fait que la demande énergétique sur le réseau d'Enedis varie dans la journée selon la plage horaire.

En fin de journée, entre 17h et 19h, par exemple, la demande est la plus élevée, car en rentrant à la maison, on a tendance à consommer davantage. Ainsi, :

  • On allume le chauffage ;
  • Les enfants se douchent ;
  • Les parents font des lessives, et lancent le sèche-linge ;
  • Ils cuisinent ou réchauffent des plats ;
  • Et on démarre le lave-vaisselle après-dîner, etc.

On est alors en heures pleines, ce qui signifie que les producteurs d’énergie doivent produire davantage à ces heures-ci pour fournir tous les ménages en même temps. Pour ceux qui ont un compteur en heures pleines / heures creuses, le prix du kWh d’électricité à ces plages horaires augmente donc fortement, et cela se répercute ensuite sur la facture.

Pour palier à cela, il suffit de programmer le chauffe-eau, le lave linge, le sèche-linge et le lave-vaisselle à des heures creuses. En général, elles interviennent la nuit. De cette manière, on évite donc de surcharger la demande sur le réseau d’électricité, et on économise de l’argent. 

A noterLes horaires des heures creuses ne sont pas les mêmes pour tous. Auparavant, elles variaient en fonction des communes. Mais avec l'arrivée des compteurs Linky, ce n'est plus le cas. Avec Linky, elles varient d'un compteur à l'autre. En effet, Enedis attribue aléatoirement aux ménages des plages d'heures creuses. Et il n'est pas possible de les choisir. Pour se renseigner, il suffit de regarder sur sa facture d'électricité ou de contacter Enedis ou son fournisseur.

Piloter son chauffage à distance 

Pilotage chauffage distance

Pour le chauffage il en va de même, un peu d’organisation permet de grandes économies. Grâce à l’utilisation d’un thermostat programmable, on peut baisser voire même éteindre le chauffage en journée, quand le logement est inoccupé, pour ne pas consommer inutilement.

De même on peut le programmer pour que le chauffage se déclenche 30 min avant le retour des membres de la famille à la maison en fin de journée, selon les habitudes du ménage.

Aujourd’hui c’est d’autant plus facile que la plupart des thermostats nouvelle génération sont connectés, et permettent ainsi de piloter son chauffage à distance depuis une application mobile. Il est donc devenu très facile d’optimiser sa consommation énergétique, même quand on a des horaires irréguliers.

Bon à savoirCertains fournisseur proposent des offres connectées avec des appareils de pilotage de l’énergie à distance, comme Engie ou Sowee. Pour trouver la meilleure offre d’électricité, les particuliers peuvent aussi appeler Selectra au 09 73 72 73 00 ou utiliser le comparateur d'énergie.

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