Malgré le Brexit, EDF donne un coup d'accélérateur au lancement du projet Hinkley Point outre-Manche

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Bientôt deux semaines après le vote des Britanniques en faveur du Brexit, EDF a décidé de passer à la vitesse supérieure en vue d'engager la décision finale d'investissement pour le lancement immédiat du projet des EPR d'Hinkley Point. Une nouvelle qui ne plaît pas aux organisations syndicales qui ont réaffirmé hier leur refus catégorique. Zoom sur un projet franco-anglais sous haute tension diplomatique.


Hinkley Point : en avant toute... ?

Petit retour sur le chantier d'EPR le plus énigmatique de la décennie. Hinkley Point, c'est d'abord le nom d'une centrale nucléaire dans le Sud-Ouest de l'Angleterre, sur la côte du Somerset. Oui mais voilà, depuis quelques années, cette centrale nucléaire, construite en 1965 et avec vue sur la mer, n'en finit pas de faire parler d'elle. Car derrière la construction de deux EPR par EDF se cachent des enjeux autant économiques que politiques et en trame de fond une Entente Cordiale pas toujours au beau fixe.

De fait, depuis son annonce lors du sommet franco-britannique à Paris en février 2012, le chantier d'Hinkley Point a déjà subi plusieurs reports et une suspension de travaux. Verra le jour ou ne verra pas ? Une question qui électrise de part et d'autre de la Manche. Après de multiples tergiversations, le géant du marché de l'électricité, EDF, conclut en juillet 2015 un accord de principe pour l'implantation de deux EPR à Hinkley Point dans le cadre de sa prise de contrôle d'Areva NP, branche réacteurs du spécialiste nucléaire Areva. Auditionné en mars dernier au Palais de Westminster, Vincent de Rivaz, PDG de la filiale britannique du groupe français (EDF Energy) affirme que le chantier sera mené à bien, dans les délais et le budget impartis.

Un imbroglio franco-britannique qui semble avoir trouvé son dénouement hier, à l'occasion du Comité Central d'Entreprise (CCE) d'EDF. Le groupe français a en effet décidé de larguer les amarres pour arriver rapidement à une décision finale d'investissement. La direction de l'électricien a observé que "[le projet d'Hinkley Point] est arrivé maintenant au stade de la décision finale de son conseil d'administration sur ce projet d'investissement", selon un communiqué. Et pas question de laisser le Brexit venir s'immiscer dans le chantier. La sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne "ne modifie pas les éléments fondamentaux du projet, ni la volonté des acteurs", est-il souligné.

Littéralement, le réacteur EPR signifie "Réacteur pressurisé européen". Ce type de réacteur troisième génération a été conçu par Areva NP, branche réacteurs d'Areva rachetée par EDF. Selon le groupe nucléaire français, les EPR offriraient un niveau de sûreté incomparable. En Angleterre, la construction de quatre réacteurs au total est prévue : deux à Hinkley Point C qui devraient fournir 7% de l'électricité britannique à partir de 2025 et deux autres à Sizewell C dans le Suffolk.

Le bras de fer avec les organisations syndicales continue

Mais le chantier d'EPR à Hinkley Point ne fait pas l'unanimité en interne. Alors qu'une consultation lancée en mai prenait fin hier, le CCE d'EDF a refusé de rendre un avis sur le projet de construction des deux EPR. Les élus du CCE ont observé qu'ils n'étaient pas en mesure de motiver et de rendre un avis, considérant ne pas avoir obtenu d'informations supplémentaires de la part de la direction. Les représentants du personnel des délégations CGT, FO et CFE-CGC ont ainsi approuvé une résolution indiquant ne pas être en capacité d'émettre un avis tandis que les représentants de la CFDT se sont abstenus. L'opposition des organisations syndicales n'est pas une première : ces dernières estiment notamment le coût du projet trop élevé (21 milliards d'euros au total dont 16 milliards financés par EDF).

Les syndicats viendront-ils à bout du chantier ? Pas si sûr... Dans la mesure où le délai maximum de consultation prévu par la loi est parvenu à son terme, l'avis du CCE est reputé rendu, selon le 1er producteur mondial d'électricité. Son PDG, Jean-Bernard Lévy, espère obtenir l’aval du Conseil d’Administration courant juillet pour donner définitivement le coup d'envoi des investissements. Si une action en référé a été engagée par les syndicats - une audience étant prévue en septembre prochaine -, cette procédure n'est pas suspensive et ne constitue pas un obstacle au top départ du chantier. De l'autre côté de la Manche, plusieurs syndicats appellent de leurs vœux une accélération du chantier qui pourrait créer plusieurs milliers d'emplois en Angleterre.

L'énergéticien mondial peut par ailleurs compter sur une entente politique et 100% cordiale autour du projet. Après François Hollande et le Premier ministre britannique, David Cameron, qui ont réaffirmé leur soutien commun en marge de la commémoration de la bataille de la Somme la semaine dernière, c'était au tour d'Andrea Leadsom, ministre de l'Energie britannique et potentielle future occupante du 10 Downing Street, de s'exprimer en faveur du projet ces derniers jours. Enfin, l'entreprise chinoise CGN, associée au projet à hauteur de 33,5%, a annoncé qu'elle versera 1 milliard d'euros à EDF dès le vote portant sur la décision finale d'investissement. Alors, quand sera posée la première pierre d'un des chantiers les plus électriques d'Europe ? Voilà une autre paire de Manche...

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