Ces villes françaises où changer de fournisseur d'énergie est quasi impossible (mais plus pour longtemps)

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Grenoble, Strasbourg, Metz, Bordeaux, Colmar, Niort... Des millions de Français habitent dans des villes où choisir son fournisseur d'énergie n'a longtemps été qu'une illusion. Depuis la nationalisation de 1946, ces territoires sont desservis par des Entreprises Locales de Distribution qui cumulent deux rôles : gérer le réseau et vendre l'énergie. Résultat, les fournisseurs alternatifs ne détiennent que des parts de marché infimes sur ces zones, contre plus de 40 % sur le reste du territoire. Mais ce quasi-monopole commence à se fissurer. Ekwateur en 2018, puis Ohm Énergie en 2025, ont franchi un à un les obstacles techniques qui décourageaient la concurrence. Et d'autres villes devraient suivre d'ici la fin du premier trimestre 2026.
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Les fournisseurs locaux (ELD) : une exception française héritée de l'après-guerre
Tout commence en 1946, avec la loi de nationalisation de l'électricité et du gaz. La plupart des distributeurs locaux fusionnent alors avec EDF et GDF. Mais une poignée de communes refusent l'intégration et conservent leur propre structure. Ces Entreprises Locales de Distribution (ELD), au nombre d'environ 170 aujourd'hui pour l'électricité et d'une vingtaine pour le gaz, couvrent quelque 5 % du territoire national, selon le médiateur national de l'énergie.
Ces ELD assurent à la fois l'entretien des réseaux de distribution et la fourniture d'énergie à leurs clients, dans des zones qui incluent de grandes agglomérations comme Strasbourg, Metz, Bordeaux, Grenoble ou Colmar.
Dans ces territoires, la concurrence est légalement ouverte depuis 2007, comme partout en France. Mais en pratique, elle n'a quasiment pas existé pendant près de vingt ans. Le médiateur national de l'énergie le rappelle d'ailleurs depuis de nombreuses années :
Depuis de nombreuses années, le médiateur national de l’énergie fait le constat que, dans les territoires gérés par des entreprises locales de distribution (ELD), il n’existe pas, ou très peu, de concurrence en matière d’offres de fourniture d’énergie pour les particuliers.
À Grenoble par exemple, la CRE précise que 97,4 % des 133.000 sites raccordés au réseau de GreenAlp avaient encore un contrat chez le fournisseur historique GEG à fin 2024.
Pourquoi la concurrence ne venait pas concurrencer les ELD
La raison est d'abord technique et économique. Les ELD ont historiquement développé leurs propres systèmes d'information, incompatibles avec ceux d'Enedis et de GRDF. Pour s'implanter sur une zone ELD, un fournisseur alternatif doit signer un contrat spécifique avec chaque gestionnaire de réseau local, développer un système d'information dédié, former ses équipes, et gérer manuellement des tâches qui sont automatisées sur le reste du territoire, comme la simple localisation du point de livraison d'un client.
Selon les données disponibles, le coût de prestation de service payé par les nouveaux entrants au gestionnaire de réseau est "4 à 10 fois plus important" dans les territoires ELD que dans le reste du territoire métropolitain, selon Ekwateur.
Nicolas Goldberg, associé énergie chez Colombus Consulting, résume la situation pour Connaissancedesenergies.org : "le rapport efforts/bénéfices" pour les nouveaux entrants dans les zones ELD peut dès le départ paraître "extrêmement déséquilibré". Ce déséquilibre s'accompagne d'un autre frein, plus difficile à corriger : l'attachement des ménages à leur fournisseur historique local. Ces clients n'ont tout simplement "pas été habitués à la concurrence", note Nicolas Goldberg.
La CRE pointe par ailleurs un problème de confusion des genres : à Strasbourg, le distributeur Strasbourg Électricité Réseaux est détenu à 99,99 % par le groupe Électricité de Strasbourg, tout comme le fournisseur ÉS Énergies Strasbourg à 99,90 %. Une imbrication capitalistique qui brouille la frontière entre réseau et fourniture dans l'esprit des consommateurs.
Des prix structurellement plus élevés
L'absence de concurrence a des conséquences tarifaires concrètes. La CRE observe "des prix plus élevés dans les zones ELD" par rapport au reste du territoire. Ekwateur rappelle avoir alerté, pendant la crise énergétique de 2022, des clients de zones ELD auxquels le bouclier tarifaire n'était pas appliqué, avant d'intervenir directement pour forcer le fournisseur historique à se mettre en conformité.

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De l'électricité verte à prix fixe moins chère
Ekwateur, précurseur discret avec un bilan mitigé
C'est Ekwateur qui a ouvert la brèche, dès 2017 à Grenoble, puis en 2018 à Strasbourg et Metz. Le fournisseur vert, positionné sur l'électricité 100 % renouvelable, a été le premier à absorber le coût de l'intégration technique pour proposer une alternative aux clients de ces zones.
Mais le bilan, en septembre 2025, reste "plus que mitigé" selon les propres termes du fournisseur : moins de 2 % de parts de marché à Grenoble, moins de 1 % à Metz et Strasbourg. Et des "taux d'impayés importants", liés à l'afflux de clients rejetés par le fournisseur historique qui se tournaient vers le seul concurrent présent.
Mélis Isikli, responsable des affaires publiques d'Ekwateur, reconnaît que cette implantation a "énormément coûté en ressources, notamment humaines". Malgré tout, le fournisseur n'a "pas de velléités de se retirer" de ces zones. Et son impact ne se mesure pas uniquement aux parts de marché : à Grenoble, l'arrivée d'Ekwateur avait poussé le fournisseur historique GEG à lancer de nouvelles offres en énergie renouvelable dans la foulée. "L'impact de la concurrence n'est pas forcément que dans les chiffres d'acquisition", soulignait déjà la direction du fournisseur en 2023.
Ekwateur salue aujourd'hui "le courage" d'Ohm Énergie, estimant que son arrivée va "dynamiser la concurrence" et "mettre en évidence son existence" auprès des consommateurs locaux.
Ohm Énergie s'impose là où personne n'allait
Ohm Énergie est arrivé à Strasbourg en juin 2025, puis à Metz et Bordeaux dans les semaines suivantes. Son approche se distingue de celle d'Ekwateur sur un point central : le prix. Le fournisseur propose strictement les mêmes tarifs sur les zones ELD que sur le reste du territoire français, soit une réduction de 12 % sur le prix du kWh TTC par rapport au tarif réglementé pour son offre Extra Eco Local.
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"Il n'est pas question de pénaliser ces consommateurs sous prétexte que le traitement est plus complexe", indique François Joubert, président d'Ohm Énergie. Les débuts sont "encourageants", avec une ambition affichée d'atteindre "près de 10 % de parts de marché dans un premier temps".
D'autres ouvertures sont prévues avant la fin du premier trimestre 2026 : le gaz à Strasbourg, l'électricité à Colmar et à Niort, ainsi que d'autres villes en cours d'intégration. Ohm Énergie se concentre délibérément sur les plus grosses ELD pour rentabiliser ses investissements d'intégration technique, ville par ville.
François Joubert appelle par ailleurs à une séparation "capitalistique" entre fournisseur historique et distributeur sur ces zones, pour mettre fin à la confusion des rôles qui freine la concurrence.
Ce que prévoient les régulateurs pour débloquer la situation
La CRE a engagé depuis mai 2020 un groupe de travail réunissant fournisseurs et gestionnaires de réseaux pour améliorer l'accès aux zones ELD. Ces travaux ont déjà permis d'automatiser certaines tâches manuelles chez la quasi-totalité des ELD et d'uniformiser des formats d'échange de données au bénéfice de plus de 100.000 clients.
Un chantier de plus grande ampleur est en cours : la mise en place d'un portail commun à toutes les ELD, qui constituerait une "entrée unique" pour les fournisseurs alternatifs souhaitant s'implanter sur ces zones. La CRE vise les plus grosses ELD en priorité, avec un horizon de "trois années à venir". Une fois ce portail opérationnel, certains observateurs envisagent même d'imposer aux fournisseurs de proposer au moins une offre dans les grandes ELD, sur le modèle de ce qui a été fait pour les offres dynamiques.
Pour l'heure, rien n'oblige légalement un fournisseur alternatif à s'implanter sur ces territoires, rappelle le médiateur national de l'énergie. L'Union européenne encourage la concurrence, mais ne peut pas la rendre obligatoire. En attendant une évolution réglementaire, ce sont les fournisseurs eux-mêmes qui font avancer les lignes, ville par ville, en absorbant des coûts que la rentabilité immédiate ne justifie pas toujours.
Pour les millions de consommateurs concernés, chaque nouvelle ouverture représente un droit longtemps théorique qui devient enfin réel : celui de choisir.

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