Il offre ses terres pour que les enfants y jouent. La ville les revend 9,6 millions d'euros pour un data center

Il offre ses terres pour que les enfants y jouent. La ville les revend 9,6 millions d'euros pour un data center

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L'essor de l'intelligence artificielle a transformé les centres de données en gouffres à électricité, au point de redessiner la carte des terrains convoités à travers le monde. À Taylor, petite ville du Texas, cette ruée a pris un tour singulier : un terrain de près de 35 hectares, donné en 1999 pour devenir un parc public, va finalement accueillir un data center. Cédée à l'époque pour la somme symbolique de 10 dollars, la parcelle a été revendue 10 millions de dollars (9,6 millions d'euros) en 2025. Derrière cette histoire locale se joue une question qui dépasse largement le Texas : que coûte, en électricité et en territoire, la course mondiale aux centres de données ?

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Un parc promis aux enfants, un data center à la place

Pamela Griffin a grandi à proximité de ce terrain, où elle et ses frères et sœurs jouaient enfants. Le fermier de la famille Bland avait promis, raconte-t-elle, que ces champs deviendraient un jour un parc pour le voisinage. Ce quartier, à la lisière de Taylor, comptait parmi les premiers où les familles noires et hispaniques avaient pu acheter des terrains après la fin de la ségrégation résidentielle.

L'histoire débute en juillet 1999, avec un acte de propriété très clair sur la destination du terrain. La suite tient en trois étapes :

  1. En 1999, la famille Bland cède près de 35 hectares, à une fondation texane pour 10 dollars, avec une clause imposant un usage futur en parc public.
  2. En 2008, la ville de Taylor revend la parcelle 15 000 dollars à son agence de développement économique.
  3. En 2025, cette agence la cède 10 millions de dollars à Blueprint, un promoteur de centres de données.

À la place du parc, un data center de 135 000 pieds carrés (environ 12 500 m²) doit sortir de terre, à quelque 150 mètres du domicile de Pamela Griffin. L'affaire, révélée par le média américain 404 Media, a déclenché la colère des riverains.

La plainte déposée par Griffin et quatre proches a été rejetée, tout comme leur demande de suspension du chantier. La famille a depuis saisi la cour d'appel d'Austin pour tenter de faire respecter la clause d'origine.

Pourquoi les centres de données raflent les terrains

Le cas de Taylor n'a rien d'isolé. Le Texas est devenu l'un des principaux foyers mondiaux de centres de données, avec plus de 300 installations en service, une centaine de projets en préparation et 142 chantiers en cours. Faute de place en ville, beaucoup s'implantent près de communes rurales.

Ces infrastructures réclament de vastes terrains, mais surtout d'énormes quantités d'électricité. C'est ce double besoin qui transforme parcelles agricoles et friches en cibles prioritaires pour les promoteurs.

À l'échelle mondiale, la consommation électrique des centres de données est passée à environ 415 TWh en 2024, soit 1,5 % de l'électricité mondiale, et devrait presque doubler pour atteindre près de 945 TWh d'ici 2030, selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE). À cette date, ces sites pèseront près de 3 % de la demande mondiale.

Pour mesurer l'ordre de grandeur : un centre dédié à l'IA engloutit déjà autant d'électricité que 100 000 foyers, et les plus grands en construction en consommeront vingt fois plus, l'équivalent de 2 millions de ménages.

La France n'échappe pas à la pression

La France suit la même trajectoire, à une autre échelle. RTE, le gestionnaire du réseau de transport d'électricité, recense environ 300 centres de données dans le pays en 2026.

Ces sites consomment aujourd'hui près de 10 TWh par an, soit environ 2 % de l'électricité française. Selon ses dernières estimations, cette consommation pourrait atteindre 15 à 20 TWh en 2030, puis 23 à 28 TWh en 2035, près de 4 % du total national. Soit un triplement en dix ans.

Ces demandes se concentrent en Île-de-France, autour de Marseille et dans les Hauts-de-France, où elles rivalisent avec d'autres usages pour la capacité disponible. Pour les absorber, le réseau de transport doit être renforcé, et le raccordement de ces sites mobilise des investissements lourds.

Quel rapport avec ma facture ?

Une partie du coût de renforcement du réseau se retrouve dans la part « acheminement » de la facture d'électricité, payée par tous les abonnés. Plus le réseau doit grossir vite, plus cette composante est sous tension.

L'enjeu reste pour l'instant mesuré au regard de la consommation moyenne nationale et d'une production qui dépasse largement les besoins : la France a exporté près de 20 % de son électricité l'an dernier.

RTE y voit même une opportunité : ces gros consommateurs pourraient absorber l'électricité bas carbone excédentaire et limiter les épisodes où le prix de l'électricité tombe très bas, voire négatif. Le bras de fer texan rappelle néanmoins que derrière chaque data center, il y a un terrain, des riverains et une facture énergétique.

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