Précarité énergétique : la France décroche et fait pire que l’Allemagne et la Pologne réunies

Précarité énergétique : la France décroche et fait pire que l’Allemagne et la Pologne réunies

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C'est une claque pour le modèle français. Les derniers chiffres d'Eurostat dévoilent que 11,8 % des Français n'ont plus les moyens de chauffer leur foyer. Ce décrochage place la France au deuxième rang des pays les plus touchés d'Europe, talonnant le record espagnol. Avec 8,1 millions de victimes, le pays affiche une vulnérabilité supérieure à celle de ses principaux partenaires économiques, révélant l'échec cuisant de nos politiques de rénovation ainsi que de protection sociale. 

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La France, mauvaise élève de la classe européenne

Si le taux de précarité énergétique en France (11,8 %) inquiétait déjà les observateurs, le croisement de cet indicateur avec les données démographiques dresse un constat encore plus alarmant : la France se hisse à une triste deuxième place européenne en volume de population touchée. Désormais, l'Hexagone fait face à un phénomène de masse que ses voisins du nord ont su endiguer. 

Avec environ 8,1 millions de personnes incapables de chauffer correctement leur logement, la France talonne l'Espagne (8,6 millions) mais décroche totalement vis-à-vis des autres puissances du continent, notamment l'Allemagne. 

Nombre de personnes ne pouvant pas chauffer leur logement (Europe 2024)
PaysPopulationTauxPersonnes touchées (Est.)
1. Espagne49,1 M17,5 %8,6 Millions
2. France68,6 M11,8 %8,1 Millions
3. Allemagne83,6 M6,3 %5,3 Millions
4. Italie58,9 M8,6 %5,1 Millions
Moyenne UE-27451,4 M9,2 %41,5 Millions
5. Roumanie19,0 M10,8 %2,1 Millions
6. Grèce10,4 M19,0 %1,9 Million
7. Portugal10,6 M15,7 %1,7 Million
8. Pays-Bas18,0 M7,1 %1,3 Million
9. Bulgarie6,4 M19,0 %1,2 Million
10. Pologne36,5 M3,3 %1,2 Million
11. Hongrie9,5 M6,0 %575 000
12. Belgique11,9 M4,8 %571 000
13. République Tchèque10,9 M4,9 %534 000
14. Suède10,5 M4,1 %431 000
15. Autriche9,2 M4,0 %367 000
16. Irlande5,4 M4,9 %266 000
17. Finlande5,6 M2,7 %152 000
18. Suisse8,9 M0,7 %63 000

Lecture : Avec 8,1 millions de personnes concernées, la France est le 2ème pays européen comptant le plus de citoyens en précarité énergétique, derrière l'Espagne. (Source : Calculs Euronews / Eurostat 2024-2025).

L'Espagne : le piège de la passoire thermique

Si l'Espagne occupe la première marche de ce podium peu envieux avec 17,5 % de la population concernée, les causes ne résulte pas uniquement des tarifs de l'énergie, mais d'un cocktail toxique : une fragilité sociale persistante couplée à un parc immobilier historiquement peu performant sur le plan thermique. 

L'isolation et l'étanchéité des logements y sont souvent défaillantes, particulièrement dans les zones rurales ou les bâtiments anciens, rendant le maintien d'une température adéquate financièrement insupportable pour les ménages vulnérables.

Le contre-exemple allemand : quand le prix ne fait pas tout

La comparaison avec l'Allemagne est particulièrement cruelle pour l'Hexagone. Alors que l'électricité et le gaz y sont souvent plus chers qu'en France, nos voisins d'outre-Rhin comptent près de 3 millions de victimes du froid en moins, pour une population pourtant bien supérieure (83,6 millions d'habitants). 

Ce paradoxe s'explique par trois piliers : des amortisseurs sociaux plus efficaces, un parc de logements globalement mieux isolé équipé de systèmes de chauffage performants, et une politique de ciblage des aides plus précise.

En Allemagne, la qualité du bâti protège le portefeuille ; en France, la performance thermique insuffisante expose directement les ménages à la précarité dès que les températures chutent.

35 % des Français ont eu froid : le ressenti qui inquiète

Au-delà des statistiques macro-économiques, le vécu des ménages décrit une situation encore plus tendue. Selon le baromètre du Médiateur national de l'énergie, cet hiver, 35 % des consommateurs déclarent avoir souffert du froid dans leur logement pendant au moins 24 heures. C'est un bond de 5 points par rapport à l'hiver précédent.

Ce chiffre explose littéralement lorsqu'on se penche sur les ménages les plus modestes. Parmi les bénéficiaires du chèque énergie, c'est près de 59 % des personnes qui grelottent chez elles. Il ne s'agit pas ici d'un inconfort passager dû à une panne de chaudière, mais bien d'une privation systémique.

Pour 37 % des ménages concernés, la restriction est volontaire et dictée par le portefeuille. Les ménages coupent le chauffage non pas par conscience écologique, mais par peur de la facture de régularisation. Ce comportement de "l'auto-restriction" masque souvent la véritable ampleur de la précarité dans les statistiques officielles basées uniquement sur les impayés.

Logements passoires et revenus en berne : le cocktail toxique

Selon l'ONPE, le problème n'est pas seulement le prix de l'électron ou de la molécule de gaz, mais l'endroit où on les consomme. Les passoires énergétiques (étiquettes F et G du DPE) représentent encore 13,9 % des résidences principales. Pour les locataires du parc privé aux revenus modestes, vivre dans ces logements revient à tenter de chauffer l'extérieur.

Parallèlement, la pauvreté s'enracine. Le taux de pauvreté atteint 15,4 %, son plus haut niveau depuis 1996. Cette fragilité économique rend les ménages extrêmement sensibles à la moindre variation des prix de l'énergie ou de la météo. 

Les dispositifs d'aide, bien qu'existants, peinent à colmater les brèches. Si le chèque énergie a été envoyé à 5,6 millions de ménages, son montant ne suffit plus à compenser les hausses cumulées des dernières années. De plus, les aides à la rénovation comme MaPrimeRénov' montrent des signes d'essoufflement sur les rénovations globales, les plus efficaces, au profit de "gestes" isolés moins impactants.

L'été, nouvelle saison de la précarité

Si l'hiver cristallise les angoisses, le rapport 2025 insiste sur une nouvelle forme d'inégalité : la précarité énergétique d'été. Le changement climatique transforme les logements mal isolés en "bouilloires thermiques".

Le constat est alarmant : 49 % des Français déclarent avoir souffert d'un excès de chaleur chez eux au cours de l'été 2024-2025, soit une augmentation de 7 points. Pour les plus précaires, c'est la double peine. Ceux qui ont froid l'hiver sont souvent les mêmes qui étouffent l'été, piégés dans des bâtiments incapables de réguler les températures extrêmes. 

Le paradoxe de la rénovation

Malgré des milliards investis, le rythme des rénovations d'ampleur (celles qui permettent de changer de classe énergétique) reste insuffisant. En 2024, les rénovations globales financées par MaPrimeRénov' Parcours Accompagné ont certes augmenté, mais les rénovations "par geste" (changer une fenêtre, isoler un comble) ont chuté, réduisant le volume global de travaux engagés.

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