Le plan choc de l'Europe pour baisser les prix de l'électricité qui terrifie les fournisseurs

Le plan choc de l'Europe pour baisser les prix de l'électricité qui terrifie les fournisseurs

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Alors que la compétitivité du Vieux Continent vacille sous le poids d'une énergie structurellement plus chère qu'outre-Atlantique, une nouvelle passe d'armes se prépare au sommet de l'État. En menaçant de réviser le sacro-saint système de tarification marginale, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a déclenché une levée de boucliers immédiate. Ce lundi 2 mars 2026, l'association Eurelectric, qui représente les poids lourds du secteur, lance un avertissement clair aux Vingt-Sept : toucher à l'architecture du marché pourrait geler net les 5600 milliards d'euros d'investissements vitaux prévus d'ici 2050. 

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La mécanique des prix dans le viseur de la Commission

Le constat est amer pour les fleurons industriels européens. Actuellement, les entreprises communautaires s'acquittent d'une facture énergétique près de deux fois supérieure à celle de leurs concurrentes américaines, et une fois et demie plus élevée que celle des firmes chinoises. 

Face à ce manque de compétitivité, les chefs d'État cherchent désespérément la parade. Le débat s'est d'ailleurs enflammé mi-février lors d'un sommet informel organisé au château d'Alden Biesen en Belgique, où les dirigeants ont ouvertement questionné la pertinence du marché de gros actuel.

Au cœur des critiques se trouve la règle du tarif marginal ou merit order. Ursula von der Leyen n'a pas caché ses doutes, soulignant une distorsion évidente des coûts réels de production. 

L'année dernière, les énergies renouvelables affichaient un coût de production très compétitif, oscillant autour de 34 euros par mégawattheure (MWh). Le nucléaire, quant à lui, naviguait entre 50 et 60 euros le MWh. 

Pourtant, dès que le réseau exige l'activation des centrales à gaz pour combler un pic de demande, le prix de ce combustible fossile, flirtant avec les 100 euros le MWh, contamine l'intégralité du marché et dicte le prix final pour tous les acteurs.

Merit order : décryptage

Conçu pour encourager le déploiement des énergies vertes, ce mécanisme garantit que la centrale la plus coûteuse appelée pour équilibrer le réseau détermine le prix de l'électricité pour l'ensemble des producteurs. 

Cette méthode assure une rentabilité maximale aux énergies décarbonées, dont les coûts de fonctionnement sont presque nuls, afin de stimuler leur financement à long terme.

schéma du merit order sur le marché de l'électricité

Face à ce mécanisme inflationniste en période de crise fossile, la Commission européenne a promis d'apporter plusieurs options de réformes lors du prochain Conseil européen, programmé les 19 et 20 mars. Une perspective qui provoque des sueurs froides dans les états-majors des énergéticiens, qui redoutent un bouleversement total de leur modèle d'affaires.

Le spectre d'un gel massif des investissements

La riposte de l'industrie n'a pas tardé. Par l'intermédiaire d'une missive adressée aux dirigeants de l'Union européenne, Eurelectric, la fédération regroupant des colosses tels qu'EDF, Engie ou RTE, a tapé du poing sur la table. 

Selon la fédération, rouvrir une boîte de Pandore réglementaire, alors qu'une douloureuse réforme du marché vient tout juste de s'achever, constitue une erreur stratégique majeure. Les électriciens exigent avant tout de la stabilité.

L'enjeu financier donne le vertige. Pour espérer atteindre la neutralité carbone d'ici le milieu du siècle, le secteur doit injecter la somme colossale de 5 600 milliards d'euros. Cette montagne de capitaux est destinée à démultiplier les capacités de production renouvelable et à moderniser des réseaux de transport vieillissants. 

Selon la présidence d'Eurelectric, semer le doute sur la rémunération future des actifs de production risque de faire fuir les investisseurs, compromettant ainsi l'accès à une électricité propre, sécurisée et bon marché.

Malgré les turbulences géopolitiques récentes, les industriels de l'énergie maintiennent que le tarif marginal reste le thermomètre le plus fiable. Il garantit non seulement un appel des centrales économiquement rationnel, mais fournit également des signaux de prix transparents, indispensables pour orienter les milliards d'euros vers les technologies les plus pertinentes. 

Abaisser la facture : d'autres leviers à actionner

Si la fédération européenne rejette fermement l'idée d'un remodelage du marché de gros, elle ne nie pas l'urgence de soulager le portefeuille des consommateurs et la trésorerie des entreprises.

Pour les électriciens, c'est la fiscalité excessive le cœur du problème. Les décideurs politiques disposent en effet de leviers puissants et immédiats pour agir directement sur les factures, sans pour autant saboter la mécanique du marché.

  • Alléger les taxes : Les professionnels réclament la suppression de toutes les redevances qui ne financent pas directement la fourniture d'énergie ou qui font peser le coût des politiques publiques sur le seul dos de l'électricité.
  • Limiter l'incertitude : La multiplication des interventions réglementaires d'urgence épuise les fournisseurs et se répercute inévitablement sur la prime de risque, payée par le client final.
  • Préserver le marché carbone : Le système d'échange de quotas d'émission (ETS) de l'Union européenne doit conserver son intégrité pour continuer à pénaliser les énergies polluantes de la manière la plus rentable possible.

Cette approche prudente trouve d'ailleurs un écho favorable auprès des grands consommateurs d'énergie. Dans le sillage du dialogue d'Anvers, les secteurs de la chimie, de l'acier et de l'aluminium ont conjointement reconnu que des actions ciblées sur les prélèvements obligatoires offriraient une bouffée d'oxygène plus rapide qu'une refonte longue et périlleuse du marché. 

La balle est désormais dans le camp des Vingt-Sept, qui devront trancher d'ici la fin du mois de mars entre une chirurgie lourde aux conséquences imprévisibles et un traitement fiscal d'urgence.

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