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Alors que les ménages français digèrent à peine la hausse de 5,3 % du prix repère du gaz entrée en vigueur ce samedi 1er mars, un événement d'une tout autre magnitude vient bousculer les marchés mondiaux de l'énergie. Les frappes lancées par les États-Unis et Israël contre l'Iran dans la nuit du 28 février ont déclenché un enchaînement que les analystes redoutaient depuis des mois : fermeture du détroit d'Ormuz par Téhéran, pétroliers immobilisés, méthaniers qataris à l'arrêt, et un baril de Brent qui franchit les 80 dollars dès l'ouverture des marchés asiatiques ce lundi — en hausse de 13 % sur un week-end. Bloomberg n'hésite plus à qualifier cette crise de perturbation la plus sévère pour le marché du gaz depuis l'invasion de l'Ukraine en 2022. Reste à mesurer si cette déflagration géopolitique se répercutera sur la facture des 10,6 millions de foyers français chauffés au gaz, et surtout à quel horizon.

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Ce qui vient de se passer, et pourquoi le gaz est directement concerné

Les opérations militaires baptisées "Epic Fury" côté américain et "Roaring Lion" côté israélien n'ont pas seulement frappé les infrastructures nucléaires et militaires iraniennes. Elles ont provoqué une réaction en chaîne dont l'épicentre se situe à des centaines de kilomètres des zones de combat : le détroit d'Ormuz, ce bras de mer de 50 kilomètres de large entre l'Iran et Oman, par lequel transite chaque jour l'équivalent d'un cinquième de la consommation mondiale de pétrole.

Mais réduire Ormuz à une route pétrolière serait une erreur. Ce goulet d'étranglement est aussi l'unique point de sortie pour les exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) du Qatar et d'une partie des Émirats arabes unis. Le Qatar, deuxième exportateur mondial de GNL, dépend intégralement de ce passage pour acheminer ses cargaisons vers l'Asie et l'Europe. 

Or, depuis la rupture avec le gaz russe en 2022, le continent européen a massivement réorienté ses achats vers le GNL, américain d'abord (près de la moitié des importations), mais aussi qatari. Le Qatar ne couvre qu'environ 10 à 12 % du GNL européen, mais cette part transite intégralement par le détroit d'Ormuz, ce qui en fait un maillon particulièrement vulnérable de la chaîne d'approvisionnement.

La riposte iranienne, survenue quelques heures après les premières frappes, a ciblé aussi bien Israël que les monarchies du Golfe abritant des bases américaines. Au moins trois navires ont été touchés à proximité du détroit. Quatorze méthaniers ont ralenti, fait demi-tour ou jeté l'ancre. Les grandes compagnies maritimes ont confirmé la suspension de leurs passages. Le secrétaire général de l'Organisation maritime internationale a appelé les navires à éviter la zone.

En d'autres termes : le robinet du GNL qatari est, de fait, coupé. Et cette coupure arrive au pire moment pour l'Europe.

Des stocks de gaz européens au plus bas depuis 2022

La situation serait moins inquiétante si les réserves européennes étaient confortables. Ce n'est pas le cas. Les stocks de gaz de l'Union européenne se situent actuellement autour de 31 % de leur capacité, contre 40,7 % à la même date l'an dernier. En France, le taux de remplissage est tombé à 21,7 %.

Cette situation s'explique par un hiver plus froid que prévu, qui a fortement sollicité les réserves, combiné à une compétition accrue avec l'Asie pour les cargaisons de GNL. Les stocks avaient déjà perdu près de quatre points de pourcentage par semaine au cœur de l'hiver, avant de ralentir légèrement grâce aux températures plus clémentes de fin février. 

La guerre en Iran vient compromettre le scénario d'un remplissage serein des réserves avant l'hiver prochain, un sujet qui préoccupe déjà les opérateurs de marché.

Bonne nouvelle : votre facture de mars et d'avril ne bougera pas

C'est un mécanisme peu connu du grand public, mais qui protège temporairement les consommateurs. Le prix de référence du gaz pour les ménages français (Prix Repère Gaz), publié chaque mois par la Commission de régulation de l'énergie (CRE), repose sur une méthodologie de calcul décalée dans le temps. Le coût d'approvisionnement d'un mois donné est calculé à partir des cours enregistrés sur les marchés un mois plus tôt.

Concrètement, le prix repère de mars 2026, entré en vigueur ce samedi 1er mars, a été déterminé sur la base des indices de marché relevés en janvier. La hausse de 5,3 % constatée ce mois-ci n'a donc strictement rien à voir avec la guerre en Iran : elle reflète la vague de froid, la baisse des stocks et la compétition mondiale pour le GNL qui prévalaient en début d'année.

Mieux encore : le prix repère d'avril 2026 est déjà verrouillé, en baisse de 5,8 % par rapport à mars. Les ménages bénéficieront donc d'un léger répit le mois prochain, quoi qu'il arrive sur les marchés cette semaine.

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Mai 2026 : le premier mois à risque pour les factures

C'est à partir du mois de mai 2026 que les choses se corsent. Le prix repère de mai sera calculé sur la base des cours enregistrés en mars — c'est-à-dire précisément la période qui vient d'être frappée de plein fouet par le choc géopolitique. 

Si les cours du gaz sur le marché TTF (la référence européenne) s'envolent dans les semaines qui viennent comme les analystes le craignent, cette hausse se retrouvera mécaniquement dans le coût d'approvisionnement du prix repère de mai.

Avant le déclenchement du conflit, Selectra estimait le coût d'approvisionnement de mai à environ 29,44 €/MWh, un niveau proche de celui d'avril. Ce scénario apparaît désormais caduc.

De + 44 € à + 179 € sur la facture annuelle : les scénarios possibles

Quel impact concret sur la facture d'un foyer chauffé au gaz ? La réponse dépend entièrement de la durée du conflit et du niveau auquel se stabiliseront les cours dans les semaines à venir. Le coût d'approvisionnement ne représente qu'environ 24 % de la facture TTC d'un ménage au profil chauffage. Le reste se répartit entre l'acheminement (GRDF), les taxes (TICGN, TVA), le transport, le stockage et la marge du fournisseur. Une hausse de 50 % des cours du gaz ne signifie donc pas une hausse de 50 % de la facture, mais plutôt de 10 à 12 %.

Selectra a modélisé quatre scénarios pour un foyer-type chauffé au gaz (consommation annuelle de 11 200 kWh, zone GRDF) :

Impact estimé sur la facture annuelle gaz selon la durée du conflit
ScénarioCoût d'approvisionnementFacture annuelle estiméeSurcoût vs mars 2026
Mars 2026 (actuel)31,68 €/MWh1 521 €
Avant-guerre (prévision Selectra mai)~29 €/MWh~1 485 €- 36 €
Conflit court (résolution sous 2 semaines)~35 €/MWh~1 565 €+ 44 €
Conflit prolongé (Ormuz bloqué plusieurs semaines)~45 €/MWh~1 700 €+ 179 €

Estimations Selectra pour un profil chauffage gaz (11 200 kWh/an, zone GRDF), hors évolution de l'acheminement. Surcoûts calculés TTC (TVA à 20 % appliquée sur la brique approvisionnement). Les hypothèses de coût d'approvisionnement (35, 45 et 55 €/MWh) sont des scénarios Selectra fondés sur les précédents historiques et ne constituent pas des prévisions de marché.

Comment Selectra a calculé ces estimations

Seule la brique « approvisionnement » du prix repère (24,3 % de la facture TTC selon la grille CRE de mars 2026) varie avec les cours du marché. L'acheminement, les taxes fixes, le stockage et la marge fournisseur restent constants. Le surcoût se calcule ainsi : (nouveau coût d'appro − coût d'appro actuel) × consommation annuelle × 1,20 (TVA).

Exemple avec le scénario « conflit court » : si les cours se stabilisent à 35 €/MWh au lieu de 31,68 €/MWh, l'écart est de 3,32 €/MWh. Multiplié par 11,2 MWh de consommation annuelle, cela donne 37 € HT, soit 44 € TTC de surcoût annuel. 

Faut-il basculer vers une offre gaz à prix fixe dès maintenant ?

Avant le conflit, Selectra recommandait aux consommateurs de gaz de privilégier les offres de gaz indexées pour profiter de la tendance baissière des cours, orientés vers les 26-29 €/MWh à moyen terme. Cette analyse reposait sur un contexte géopolitique relativement stable et une offre mondiale de GNL en croissance. Les deux hypothèses viennent de voler en éclats.

Dans ce nouveau contexte, la question du contrat de gaz se pose différemment. Voici les éléments à peser :

Les profils les plus exposés (ménages se chauffant au gaz avec une consommation annuelle supérieure à 10 000 kWh) ont intérêt à comparer les offres disponibles avant que les fournisseurs ne relèvent leurs grilles tarifaires pour intégrer la nouvelle donne de marché. La fenêtre de tir est étroite : les premiers ajustements pourraient intervenir dans les jours qui viennent.

Meilleur prix

Classement par prix annuel TTC croissant (du moins cher au plus cher).

La coche Selectra signale un fournisseur partenaire : l'appel est alors pris en charge par le centre d'appels interne de Selectra. Les numéros sans cette coche renvoient directement vers le fournisseur.

Simulation pour 10 000 kWh/an de gaz, prix TTC.

Une fenêtre de 4 à 6 semaines pour agir — sans paniquer

Le mécanisme du prix repère offre un coussin temporel précieux. Puisque le prix d'avril est déjà arrêté (en baisse), les consommateurs disposent de quatre à six semaines de visibilité avant que la flambée éventuelle des cours ne se matérialise sur leur facture. C'est un délai suffisant pour comparer les offres, simuler l'impact sur son budget et décider en connaissance de cause.

Ce qui se joue dans les prochains jours à Ormuz et sur les marchés du TTF déterminera le visage de la facture de gaz de l'été et de l'automne 2026. Si le détroit rouvre rapidement et que les tensions redescendent, la parenthèse sera douloureuse mais passagère. 

Si le blocage s'installe dans la durée, les conditions d'un nouveau choc énergétique comparable à celui de 2022 seront réunies, avec des stocks plus bas et une économie européenne déjà fragilisée par les droits de douane américains.

Dans tous les cas, l'OPEP+ a augmenté ses quotas, la Norvège exporte à plein régime, les terminaux GNL américains fonctionnent à capacité maximale et la fin de l'hiver réduit mécaniquement la demande de chauffage. Autant de facteurs qui devraient limiter l'ampleur du choc par rapport au scénario noir de l'hiver 2022, à condition que l'embrasement ne s'étende pas davantage.

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