Combien de gaz est stocké en France aujourd'hui ?

Le niveau exact change chaque jour : il monte d'avril à octobre (phase d'injection), redescend de novembre à mars (phase de soutirage). Le chiffre officiel publié par les opérateurs Storengy et Teréga est centralisé sur la plateforme européenne AGSI (Gas Infrastructure Europe), qui agrège les niveaux de tous les pays de l'UE.

Niveau du jour — où le trouver

Pour le niveau de remplissage à la date du jour, exprimé en TWh et en pourcentage de la capacité utile : base AGSI – Gas Infrastructure Europe. Données mises à jour quotidiennement, comparables entre tous les pays de l'UE. Pour le commentaire en français, voir aussi les bulletins de GRTgaz et les communications du Ministère de la Transition écologique.

À titre de repère, le cycle annuel suit ce schéma typique : stocks quasi pleins fin octobre (objectif réglementaire à 90 %), pic d'utilisation en janvier-février lors des vagues de froid, plancher historique fin mars-début avril (souvent entre 20 % et 30 %), puis remontée progressive d'avril à octobre. Aucune coupure d'approvisionnement n'a eu lieu en France depuis le lancement du mécanisme de stockage régulé en 2018, y compris durant l'hiver 2022-2023 et la fin des livraisons de gaz russe.

Pourquoi stocker du gaz : trois raisons qui s'additionnent

Le gaz naturel arrive en France de façon continue toute l'année, mais la consommation est très saisonnière : près du triple en hiver par rapport à l'été, à cause du chauffage. Sans stockage, impossible d'aligner offre et demande. Trois fonctions justifient les milliards d'euros investis dans les sites souterrains.

Saisonnalité

Lisser été/hiver

La consommation française tourne autour de 95 TWh en été contre près de 290 TWh en hiver. Les stocks absorbent l'écart : on injecte d'avril à octobre quand la demande est faible, on soutire de novembre à mars quand le chauffage redémarre.

Sécurité

Tampon stratégique

En cas de rupture d'importation (incident sur un gazoduc, géopolitique, terminal méthanier indisponible), les stocks offrent plusieurs semaines d'autonomie. C'est ce qui a permis à la France de passer l'hiver 2022-2023 sans coupure malgré la fin des livraisons russes.

Modulation

Absorber les pics de froid

Quand une vague de froid frappe, la demande peut doubler en 48 heures. Les sites de stockage en cavité saline, capables de soutirage rapide, fournissent la capacité de pointe sans saturer les gazoducs d'importation. Ils stabilisent au passage le prix sur les marchés de gros.

14 sites souterrains, deux opérateurs régulés

Le stockage souterrain est géré par deux opérateurs sous la supervision de la Commission de régulation de l'énergie (CRE). Storengy, filiale d'ENGIE, exploite la grande majorité des sites ; Teréga, ancien TIGF, opère dans le sud-ouest.

Opérateur n°1

Storengy — 12 sites

Filiale d'ENGIE, Storengy exploite 12 sites de stockage répartis sur cinq groupements commerciaux (PITS) : Centre (Chémery, Céré-la-Ronde…), Saline (Étrez, Manosque), Sediane, Sediane B (Beynes, Saint-Illiers) et Serene (Gournay-sur-Aronde, Saint-Clair-sur-Epte). Capacité utile : environ 105 à 110 TWh.

Opérateur n°2

Teréga — 2 sites

Teréga (anciennement TIGF) gère deux sites en Nouvelle-Aquitaine : Izaute et Lussagnet, tous deux en nappe aquifère. Capacité utile : environ 33 TWh. Stratégique pour l'alimentation du sud-ouest et l'interconnexion avec l'Espagne via le terminal méthanier de Fos.

Comment lire la carte des sites

Les 14 sites ne sont pas répartis au hasard : ils suivent la géologie (poches salines de l'Est et de la vallée du Rhône, nappes aquifères du Bassin parisien et d'Aquitaine) et la logique de réseau (proximité des grandes zones de consommation et des axes de transport gaz). Le nord et le centre sont alimentés par Chémery, Céré-la-Ronde et Gournay-sur-Aronde ; le sud-est par Étrez et Manosque ; le sud-ouest par Izaute et Lussagnet.

Répartition technique

Au total, la France compte 10 sites en nappes aquifères (majorité de la capacité, soutirage lent) et 4 sites en cavités salines (volume plus modeste mais soutirage rapide). À l'échelle mondiale, le stockage en gisement épuisé domine ; la France n'en possède pas, faute d'avoir disposé de sites de production de gaz significatifs par le passé.

Aquifère ou saline : deux technologies complémentaires

Les deux familles de stockage souterrain utilisées en France ne se substituent pas : elles se complètent. L'aquifère apporte le volume, la cavité saline apporte la réactivité. Sans l'un ou l'autre, la sécurité d'approvisionnement serait dégradée.

Type 1

Nappes aquifères

Principe : une roche poreuse gorgée d'eau, coiffée d'une couche imperméable. On y injecte le gaz sous pression, qui pousse l'eau sur les côtés et crée une bulle stable.

Capacité : plusieurs dizaines de TWh par site (Chémery est l'un des plus gros d'Europe).

Cycle : injection / soutirage lents, idéaux pour la modulation saisonnière.

Exemples français : Chémery, Céré-la-Ronde, Gournay-sur-Aronde, Beynes, Izaute, Lussagnet.

Type 2

Cavités salines

Principe : une cavité creusée par injection d'eau dans un dôme de sel naturel, qui dissout le sel et crée une cuve souterraine étanche.

Capacité : 1 à 5 TWh par cavité, mais soutirage très rapide.

Cycle : idéal pour absorber un pic de froid sur quelques jours, ou pour arbitrer sur les marchés court terme.

Exemples français : Étrez (Ain), Manosque (Géométhane, exploité par Storengy), Tersanne (Drôme).

Le stockage aérien (réservoirs cryogéniques de GNL près des terminaux méthaniers, citernes industrielles) existe aussi, mais n'entre pas dans le calcul officiel des capacités stratégiques de la France. C'est un stock tampon logistique, pas un stock saisonnier.

Injection l'été, soutirage l'hiver : le rythme du stockage

Une année de stockage suit toujours le même schéma, calé sur la consommation. Le tableau ci-dessous résume les deux phases et les ordres de grandeur typiques pour la France.

Cycle annuel d'injection et de soutirage des stocks de gaz en France
Phase Période Dynamique Repère typique
Injection Avril à octobre Les stocks se remplissent. Les fournisseurs achètent le gaz à bas prix sur les marchés d'été pour respecter leurs obligations de remplissage. Niveau passe d'environ 25 % en avril à 90-100 % fin octobre
Soutirage Novembre à mars Les stocks alimentent le réseau pour compléter les importations. Les cavités salines servent à absorber les vagues de froid ; les nappes aquifères tiennent le rythme saisonnier. Niveau redescend de ~90 % à 20-30 % selon la rigueur de l'hiver

Ce cycle est piloté commercialement : depuis 2018, les capacités de stockage sont allouées aux fournisseurs via des enchères publiques organisées par Storengy et Teréga, sous le contrôle de la CRE. Les revenus tirés de ces enchères sont ensuite répercutés sur la facture des consommateurs via le tarif d'Accès des Tiers au Stockage (ATS), qui pèse environ 4 % du prix final du gaz pour un foyer chauffé. Les ordres de grandeur de prix sont à comparer chaque mois : voir les offres de gaz les moins chères.

L'obligation européenne de 90 % au 1er novembre

Avant 2022, le remplissage des stocks était piloté par les seuls fournisseurs, avec un objectif national fixé par décret. Depuis la crise d'approvisionnement et la chute des livraisons russes, l'Union européenne a repris la main avec un règlement contraignant.

Règlement UE 2022/1032 — l'essentiel

Adopté le 29 juin 2022, le règlement européen UE 2022/1032 impose à chaque État membre disposant de stockages souterrains :

  • un niveau de remplissage minimum de 90 % au 1er novembre de chaque année ;
  • des jalons intermédiaires (1er février, 1er mai, 1er juillet, 1er septembre) pour éviter de tout remplir en octobre ;
  • une certification obligatoire des opérateurs de stockage par les autorités nationales (en France, la CRE et le Ministère) ;
  • un mécanisme de solidarité entre États membres en cas de crise majeure d'approvisionnement.

Source : EUR-Lex – règlement (UE) 2022/1032.

En France, ce cadre européen est mis en œuvre via le mécanisme de souscription des capacités de stockage piloté par la CRE. Les fournisseurs sont tenus de souscrire une part de capacité proportionnelle à leur portefeuille de clients soumis aux tarifs réglementés et offres de gaz résidentielles. La sanction en cas de manquement est financière, et la CRE publie un rapport annuel sur le respect des seuils.

Où consulter le stock en temps réel

Trois sources officielles permettent de suivre le niveau de remplissage des stocks français au jour le jour, sans passer par un intermédiaire. Toutes sont gratuites et publiques.

  • AGSI — Gas Infrastructure Europe : la référence européenne. Base de données alimentée chaque jour par tous les opérateurs de stockage de l'UE, dont Storengy et Teréga pour la France. Permet de comparer le niveau français à celui des voisins (Allemagne, Italie, Pays-Bas) ;
  • GRTgaz : bulletins du gestionnaire du réseau de transport de gaz en France. Communications hebdomadaires en hiver, mises à jour sur l'état du système et le signal Ecogaz ;
  • Ministère de la Transition écologique : communiqués officiels sur la sécurité d'approvisionnement, en particulier lors des bilans d'avant-hiver et de fin d'hiver publiés par la CRE et le Ministère.

Pour suivre les tensions ponctuelles sur le réseau (pas seulement le stock, mais l'équilibre offre/demande à court terme), le dispositif Ecogaz publie chaque jour un signal couleur (vert / jaune / orange / rouge) pour les jours suivants. Il est piloté par GRTgaz et Teréga.

Depuis 2022 : le rôle stratégique du stockage

La fin progressive des livraisons de gaz russe par gazoduc à partir de 2022 a placé le stockage souterrain au cœur de la sécurité d'approvisionnement européenne. Trois changements concrets pour la France.

Premier changement : un cadre européen contraignant. Le règlement UE 2022/1032 a unifié les obligations de remplissage à l'échelle des 27, là où chaque État avait son propre régime. Pour la France, l'objectif des 90 % au 1er novembre est plus exigeant que les anciens 85 % fixés par la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE).

Deuxième changement : une bascule vers le GNL. La part du gaz naturel liquéfié dans l'approvisionnement français a fortement progressé depuis 2022. Les méthaniers qui livrent aux terminaux de Dunkerque, Fos et Montoir alimentent en partie les stocks souterrains, qui jouent un rôle de tampon entre l'arrivage par bateau (par à-coups) et la consommation continue.

Troisième changement : aucune coupure malgré la tension. Sur les hivers 2022-2023, 2023-2024 et 2024-2025, la France a passé chaque saison de chauffe sans coupure ni rationnement, malgré la disparition de la principale source historique d'importation. Les stocks souterrains, combinés à la baisse temporaire de consommation et aux interconnexions avec les voisins, ont absorbé le choc.

À l'horizon de la planification écologique française, la consommation de gaz est appelée à baisser progressivement (sortie du chauffage gaz dans le neuf, montée en charge des pompes à chaleur, électrification industrielle). La capacité de stockage actuelle est donc dimensionnée pour rester confortable pendant toute la décennie, même en cas d'hiver rigoureux.

Comparer les offres de gaz et d'électricité

Le niveau des stocks influence le prix du gaz sur les marchés de gros, mais ce qui se voit sur la facture, c'est l'offre que vous avez signée chez votre fournisseur. Tous les contrats résidentiels sont sans engagement et changer prend cinq minutes : le nouveau fournisseur résilie l'ancien à votre place, sans coupure ni intervention sur le compteur.

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Les guides connexes pour comprendre la suite du sujet : comment le gaz arrive jusqu'aux stocks, comment il est transporté, et comment choisir une offre adaptée.

Questions fréquentes sur le stockage du gaz en France

Combien de gaz est actuellement stocké en France ?

Le niveau de remplissage des stocks français évolue chaque jour : il est suivi en temps réel par les opérateurs Storengy et Teréga, et publié quotidiennement par la plateforme européenne AGSI (Gas Infrastructure Europe). Le total est exprimé soit en TWh, soit en pourcentage de la capacité utile de ~138 TWh. En cycle annuel normal, les stocks sont quasi pleins fin octobre (objectif réglementaire UE de 90 %) et au plus bas fin mars / début avril.

Comment fonctionne le stockage souterrain du gaz ?

Le gaz naturel est injecté sous pression dans des formations géologiques étanches situées entre 400 et 2 000 mètres sous la surface. Deux types de sites coexistent en France : les nappes aquifères (roches poreuses gorgées d'eau, gros volumes, soutirage lent) et les cavités salines (lessivées dans des dômes de sel, plus petites mais soutirage très rapide). Le gaz est injecté l'été quand la consommation baisse, puis soutiré l'hiver pour répondre aux pics de chauffage.

Combien de sites de stockage compte la France ?

La France compte 14 sites de stockage souterrain en exploitation, gérés par deux opérateurs régulés : Storengy (filiale d'ENGIE) opère 12 sites répartis sur cinq groupements (Centre, Saline, Sediane, Sediane B, Serene) et Teréga opère 2 sites dans le sud-ouest (Izaute et Lussagnet). La capacité utile totale est de l'ordre de 138 TWh, ce qui place la France parmi les premiers pays européens en proportion de la consommation annuelle.

Quelle part de la consommation hivernale les stocks couvrent-ils ?

Les stocks couvrent environ 50 % de la consommation hivernale française, le reste venant des importations continues par gazoducs et terminaux méthaniers (GNL). C'est cette combinaison stock + flux qui sécurise l'approvisionnement : les stocks absorbent les pics de froid, les importations couvrent la consommation de base.

Le stockage du gaz est-il obligatoire ?

Oui. Depuis le règlement européen UE 2022/1032 adopté en juin 2022, chaque État membre disposant de stockages souterrains doit atteindre un niveau de remplissage minimum de 90 % au 1er novembre de chaque année, avec des jalons intermédiaires (février, mai, juillet, septembre). En France, cette obligation est répercutée sur les fournisseurs via un mécanisme de souscription de capacités piloté par la CRE.

Où consulter le niveau de stock de gaz en temps réel ?

Trois sources de référence pour suivre le niveau de remplissage des stocks :

Quelle différence entre une cavité saline et une nappe aquifère ?

La cavité saline est creusée par lessivage à l'eau dans un dôme de sel naturel : petit volume (≈ 1 à 5 TWh par site), mais soutirage très rapide, idéal pour gérer un pic de froid sur quelques jours. La nappe aquifère exploite des roches poreuses gorgées d'eau : gros volumes (plusieurs dizaines de TWh par site comme Chémery), mais cycle d'injection / soutirage plus lent, mieux adapté à la modulation saisonnière. La France utilise les deux pour combiner réactivité et capacité.