Coupures d'électricité pour l’hiver 2022 : où en est le réseau français ?

coupure d'électricité hiver 2022-2023

La semaine dernière et, comme chaque année, RTE a publié son étude prévisionnelle pour l'hiver 2022-2023 du fonctionnement du système électrique. Une nouveauté alarmante toutefois, le contexte de crise énergétique qui enserre l’Europe, suite aux conséquences de la guerre en Ukraine. Alors que les difficultés d’approvisionnement inquiètent, et que la menace de blackout hivernal est sur toutes les lèvres, le gestionnaire de réseau souligne “un risque de tension accru”. À l’approche de cet hiver attendu et craint, un point sur l’état du réseau électrique français s’impose.


Où en est le parc nucléaire d’EDF ?

Jamais un hiver n’aura fait l’objet de tant d’inquiétudes. Il faut dire que la situation énergétique française présente son lot de perturbations. Un parc nucléaire défaillant et des approvisionnements en gaz à la peine, il n’en faut pas plus pour attiser les craintes. Pénuries d’énergie, blackout et coupures d’électricité font les gros titres. Alors en ce début d’automne, quel est le bilan du pays en matière d'énergie ?

Du côté des réacteurs nucléaires, la situation stagne. Si le compteur s’accélère pour EDF, qui cherche à redémarrer un maximum de ses infrastructures avant l'hiver, ses réacteurs à l'arrêt demeurent au nombre de 27 - 12 d’entre eux pour maintenance et 15 autres en raison du phénomène de corrosion sous contrainte. Toutefois, le réacteur de Gravelines devrait être de nouveau disponible dès aujourd’hui. Quant à celui de Saint-Laurent-des-Eaux, on compte sur un redémarrage prévu ce mercredi.

Par ailleurs, au début du mois de septembre, la ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher assurait que :

“EDF s'est engagé à tout redémarrer pour cet hiver. Le gouvernement sera vigilant pour que ce calendrier donné par EDF soit tenu. A partir d'octobre, une centrale sera réactivée chaque semaine.”

Une situation somme toute encourageante, si le calendrier de l’énergéticien français n’est pas contrarié par de nouveaux imprévus.

📅 Calendrier de relance prévisionnel du parc nucléaire d’EDF

Septembre 2022

  • Blayais 3 ➡️ Maintenance courante 03/09/2022
  • Cruas 4 ➡️ Maintenance courante 03/09/2022
  • Gravelines 2 ➡️ Maintenance courante 05/09/2022
  • Gravelines 4 ➡️ Maintenance courante 03/09/2022
  • Gravelines 5 ➡️ Maintenance courante 09/09/2022
  • Paluel 2 ➡️ Maintenance courante 07/09/2022
  • Dampierre 1 ➡️ Arrêts pour économie/optimisation de combustible 17/09/2022
  • Bugey 2 ➡️ Maintenance courante 21/09/2022
  • Saint-Laurent 1 ➡️ Maintenance courante 28/09/2022
  • Gravelines 3 ➡️ Maintenance courante 29/09/2022
  • Cruas 3 ➡️ Maintenance courante 30/09/2022
  • Bugey 4 ➡️ Maintenance + Contrôle corrosion 30/09/2022

Octobre 2022

  • Flamanville 2 ➡️ Maintenance + Contrôle corrosion 09/10/2022
  • Dampierre 2 ➡️ Maintenance courante 15/10/2022
  • Saint-Alban 2 ➡️ Maintenance courante 19/10/2022
  • Tricastin 3 ➡️ Maintenance courante 24/10/2022

Novembre 2022

  • Cattenom 1 ➡️ Maintenance + Contrôle corrosion 01/11/2022
  • Chooz 1 ➡️ Maintenance + Contrôle corrosion 13/11/2022
  • Cattenom 4 ➡️ Maintenance + Contrôle corrosion 14/11/2022
  • Belleville 2 ➡️ Maintenance courante 16/11/2022
  • Tricastin 4 ➡️ Maintenance courante 17/11/2022
  • Chinon B3 ➡️ Contrôle Corrosion 20/11/2022
  • Penly 2 ➡️ Maintenance courante 23/11/2022

Décembre 2022

  • Saint-Laurent 2 ➡️ Arrêts pour économie/optimisation de combustible 1/12/2022
  • Chooz 2 ➡️ Maintenance + Contrôle corrosion 11/12/2022
  • Cattenom 3 ➡️ Contrôle Corrosion 11/12/2022
  • Flamanville 1 ➡️ Maintenance + Contrôle corrosion 25/12/2022

Janvier 2023

  • Civaux 1 ➡️ Maintenance + Contrôle corrosion 08/01/2023
  • Civaux 2 ➡️ Maintenance + Contrôle corrosion 14/01/2023
  • Penly 1 ➡️ Maintenance + Contrôle corrosion 23/01/2023

Février 2023

  • Blayais 1 ➡️ Maintenance courante 01/02/2023
  • Golfech 1 ➡️ Maintenance + Contrôle corrosion 18/02/2023

Barrages hydrauliques et stocks de gaz

Canicule oblige, les barrages hydrauliques ont eux aussi fait les frais d’une baisse de production importante. Au cours de l’été, les niveaux d’eau des barrages et des rivières se sont taris, rendant ainsi difficile la production d’énergie hydraulique, le transport du charbon mais également le refroidissement des centrales nucléaires, tout en réduisant l’efficacité des centrales au gaz.

Avec une capacité installée de 25 732 MW et une production d'électricité de 60,8 TWh en 2020, soit 13,5 % de la consommation hexagonale1, l’énergie hydraulique représente pourtant la deuxième principale source du mix énergétique français, loin derrière l’énergie nucléaire (335,4 TWh pour cette même année2).

Toutefois, le niveau des barrages d'eau demeure à 63% et ce pour la cinquième semaine consécutive depuis le lancement du baromètre de l'énergie BFM Business. Ce qui le rapproche du niveau habituel de remplissage à cette période de l'année, équivalent en moyenne à 74%.

Source 1 : France Hydro Electricité

Source 2 : Bilan RTE 2020

En ce qui concerne les stocks de gaz, qui catalysent à ce jour l’essentiel des inquiétudes en matière d’énergie sur le territoire, la situation demeure relativement similaire aux semaines précédentes. Si plus tôt au cours de l’été, la ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, avait fait état de son objectif de remplissage total “avant le premier novembre”, il semblerait que son vœu soit en passe d’être exaucé.

En effet, le remplissage des stocks présente une légère hausse, passant ainsi de 94 à 95%. Bien que les évolutions hebdomadaires s’avèrent moins significatives que par le passé, le rythme suit son cours.

Une baisse de la consommation de 1 à 5 %

Malgré ces nouvelles encourageantes, toutes les inquiétudes ne sont pas pour autant écartées. Dans son étude prévisionnelle pour l'hiver 2022-2023 du fonctionnement du système électrique, RTE souligne bel et bien un risque de tension accru, précisant toutefois que celui-ci s’avèrera “maîtrisable à la condition d'une baisse de la consommation d'énergie”.

Pour établir ses prévisions, le gestionnaire de réseau a ainsi croisé plusieurs scénarios dont il a pu dégager les conclusions suivantes :

  1. Dans la très grande majorité des situations, RTE n’envisage que quelques signaux EcoWatt rouges sur les six mois de l’hiver ;
  2. Les situations extrêmes (qui cumuleraient tous les aléas défavorables) ne sont pas les plus probables ;
  3. Lors des périodes de tension, le risque de coupure peut être évité par une baisse de la consommation de 1 à 5 % dans le scénario central et de 15 % maximum dans le scénario le plus extrême ;
  4. La très grande majorité des situations à risque se situeraient le matin entre 8h et 13h et le soir entre 18h et 20h. Elles ne concerneraient pas des journées entières ni les week-ends ;
  5. En aucun cas, la France ne court un risque de « black-out », c’est-à-dire de perte de contrôle totale du système électrique.

Pas de blackout annoncé donc, mais une sobriété vivement encouragée. Le discours est donc le même, aussi bien du côté du gouvernement que du gestionnaire : les économies d’énergie demeurent la clé d’un hiver serein. Dans ce contexte, “la période de vigilance commence exceptionnellement dès l’automne et s’étend désormais sur plusieurs mois” nous révèle RTE, qui rappelle par ailleurs l’existence d'Ecowatt, son outil dédié au suivi de l’état du réseau en temps réel.

Ecowatt, l’outil indispensable pour passer l’hiver

Depuis la rentrée, le fameux outil développé par RTE, en partenariat avec l’Ademe est sur toutes les lèvres et fait l’objet d’une importante campagne de communication. Ecowatt fonctionne à la façon d’une “météo de l'électricité”, en informant les Français en temps réel du niveau de consommation électrique dans leur région, afin que chacun puisse se responsabiliser et contribuer à éviter les coupures d'électricité.

Il revient aux consommateurs de s’inscrire à l’alerte mise à disposition, afin de recevoir un signal les informant de la situation :

🟢 Vert : Consommation normale ;
🟠 Orange : Système électrique tendu. Les écogestes sont les bienvenus ;
🔴 Rouge : Système électrique très tendu. Coupures inévitables si nous ne baissons pas nos consommations.

🚨 S'inscrire à l'alerte vigilance Ecowatt

Gare ensuite à adapter son niveau de consommation en conséquence en mettant en place les écogestes directement listés sur le site dédié à l’outil. Dans le cadre des inquiétudes liées à d’éventuelles coupures d’électricité, celles-ci pourront ainsi être évitées grâce à l’effort collectif des consommateurs, aussi bien particuliers que professionnels.

Si le 19 septembre dernier, au micro de FranceInfo, Emmanuelle Wargon, présidente de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) assurait que nous pourrions “arriver dans les cas les plus difficiles à des coupures ciblées”, le respect scrupuleux de ces “alertes réseau” pourrait ainsi tenir à distance ce scénario catastrophe.

À ce titre, Delphine Ernotte, présidente du groupe audiovisuel public France Télévisions, vient de signer un “partenariat inédit” avec son homologue du Réseau de transport d’électricité (RTE), Xavier Piechaczyk afin de relayer lesdites alertes. Les chaînes du groupe s'engagent donc à partager une série de pictogrammes, permettant aux téléspectateurs de constater, en temps réel, le niveau d’électricité disponible dans le pays.

Grâce à ces différentes initiatives, les coupures d’électricité envisagées pour cet hiver pourraient donc être évitables, à en croire le gestionnaire de réseau.

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