Pénurie d’énergie : à quels sacrifices les Français doivent-ils s’attendre pour cet hiver ?

Pénurie d'énergie hiver 2022/2023

Après plusieurs semaines d’une crise énergétique d’envergure, sur fond de reprise économique et de guerre en Ukraine, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, osait en mars dernier l’analogie avec les conséquences du choc pétrolier de 1973. Alors que les 27 pays de l’UE s’activent à mettre au point leur stratégie en vue de préparer l’hiver, on peut alors se tourner du côté du passé pour se faire une idée des sacrifices auxquels les Français pourraient prétendre à l’avenir…


L'essence, le gaz et l'électricité tu économiseras

Voilà près d’un demi-siècle désormais qu’a été entonnée pour la première fois la célèbre formule de Georges Pompidou :

“Je fais appel et nous faisons appel avant tout à cette vertu, traditionnelle paraît-il du peuple français, qui est l'esprit d'économie. Économisons l'essence, économisons l'électricité, économisons le chauffage.”

Presque cinquante ans plus tard, Emmanuel Macron aurait pu emprunter ces quelques mots, à l’occasion de la fête nationale, tandis qu’il présageait aux Français un hiver difficile. Alors que le géant russe était déjà en passe de fermer les robinets de gaz et plonger l’Europe dans une pénurie énergétique sans précédent, pour le chef de l'État, la première des réponses consistait - pour les citoyens et entreprises - à emprunter le chemin de la sobriété des consommations d'énergies et éviter les gaspillages, notamment dans l'éclairage des bâtiments publics.

Dans ce contexte, difficile de ne pas acquiescer lorsque Bruno Le Maire affirme que “ce n’est pas exagérer que de dire que ce choc énergétique de 2022 est comparable en intensité, en brutalité, au choc pétrolier de 1973”. En effet, si elle a pris un autre nom, cette sobriété énergétique n’est pas sans rappeler la célèbre “chasse au gaspi” de la fin des années 70. Si aujourd’hui, le petit personnage rose - mascotte incontournable de la ritournelle 70’s invitant les Français à l’économie - a disparu, son slogan n’en est pas moins d’actualité :

“Le gaspi tu chasseras et l'essence, le gaz et l'électricité tu économiseras.”

Et ce, aussi bien du côté des particuliers que des professionnels. Si pour l’heure, aucune directive claire n’a été adressée aux Français en vue de passer l’hiver dans les meilleures conditions et éviter les conséquences d’une pénurie d’énergie, on peut faire un tour du côté des mesures instaurées par le passé, pour mieux se préparer aux scénarios possibles.

Halte au chauffage

“Depuis des années nous vivons dans un pays où l'énergie est abondante, sinon bon marché, il en résulte toujours dans ces cas là des gaspillages. Des gaspillages auxquels maintenant il faut mettre un terme.”

Cette citation aurait pu être attribuée à n’importe quel homme ou femme politique du gouvernement d’Emmanuel Macron au cours de ces derniers mois. Pourtant, nous la devons au Premier ministre Pierre Messmer lors d’un discours télévisé, en 1973. Un an après cette annonce, en 1974, paraissait un nouveau décret “relatif à la limitation de la température de chauffage de locaux”, qui précise la chose suivante :

“La température de chauffage d’aucune pièce d’un logement ni d’aucun local affecté à un usage autre que l’habitation ne peut dépasser 22 °C.”

Cette directive n’est pas sans rappeler les initiatives engagées par les professionnels du secteur de la grande distribution. En effet, le lundi 18 juillet, l'association Perifem, qui rassemble les acteurs de la distribution, répondait à l’appel du gouvernement, réclamant une réduction de la consommation à hauteur de 10%.

L’ensemble des enseignes membres de l’association - parmi lesquelles E.Leclerc, Picard, Système U, Monoprix, Carrefour ou encore Casino - s’étaient accordés sur un plan de “sobriété énergétique” prêt à être déployé d’ici cet automne.

Au programme, des mesures concrètes, comme la gestion de l’éclairage, le décalage de la production de glace, etc… mais également des mesures dites d’urgence “à déclencher en cas de besoin et dès la connaissance de la survenue d’un pic critique, connu quelques jours auparavant et défini par l’autorité régulatrice”. Parmi celles-ci, on compte notamment une baisse significative de la température des magasins, jusqu’à 17°C pendant les heures de pics.

Quelques jours plus tard, Michel-Edouard Leclerc président du comité stratégique des centres Leclerc annonçait à son tour au micro de Franceinfo :

“On peut fermer des magasins sur certains créneaux horaires (...) on n'aura pas d'états d'âme, on se bat pour notre pays.”

Anticipant par là-même la promulgation de deux nouveaux décrets émergeant tout droit du ministère de la transition énergétique et interdisant notamment aux magasins de garder leurs portes ouvertes lorsque le chauffage est allumé. Il apparaît toutefois que pour l’heure, aucune déclaration concernant les températures maximales autorisées au sein des magasins n'a été faite, contrairement au décret des années 70. Pourtant, la question du chauffage demeure sur toutes les lèvres et on peut sans mal remettre au goût du jour les spots publicitaires des années 70.

“Et si j'avais un peu froid Jean-Edgar ? Eh bien tu mettrais une petite laine, Marguerite.”

120 km/h sur les autoroutes ?

Depuis plusieurs jours maintenant, bon nombre de médias semblent partager la même réflexion autour de “l'écoconduite, le parent pauvre des économies d'énergie”.

Alors que le prix du pétrole - comme celui du reste des ressources énergétiques - bat des records, les règles de circulation font l’objet de la plus vive attention. En effet, les voitures particulières représenteraient pas moins de 12% de la pollution liée au transport dans l'Union européenne et l'écoconduite permettrait quant à elle de réduire immédiatement la consommation d'essence de 6 à 40%.

Mais là non plus, cette attention portée aux automobilistes n’est pas nouvelle et, en pleine crise pétrolière, face à la crainte d’un éventuel embargo sur l’or noir, mais aussi une volonté affichée d’atténuer les dépenses des ménages français, plusieurs mesures avaient été engagées dès 1973. Le 3 décembre était à ce titre paru au Journal officiel un “décret relatif à la limitation de vitesse sur les routes (90 km/h) et les autoroutes (120 km/h)”.

Seulement voilà, à en croire les résultats d’un sondage Ifop rendu public en juillet 2022, sous l’égide de l’association “Agir pour l’environnement”, seuls 63 % des Français seraient désormais favorables à l’abaissement de la vitesse limite sur autoroute à 110 km/h et ce dans le seul but de “réaliser des économies de carburant”, comme le veut l’intitulé dudit sondage.

De son côté toutefois, Elisabeth Borne, s’est déclarée favorable à cette réduction de la vitesse à titre personnel. On peut toutefois s’attendre à ce qu’Emmanuel Macron, échaudé par l’action des gilets jeunes quelques années auparavant, qui s’étaient élevés contre - entre autres - l’abaissement de la limitation de vitesse à 80 km/h remette à plus tard cette proposition, émise par la Convention citoyenne pour le climat deux ans auparavant. À moins que - crise énergétique oblige - celui-ci n’en vienne à réviser sa position, au risque de s’attirer les foudres d’une part de la population.

Comme le rappelait déjà Elisabeth Borne en 2020, alors qu’elle était encore Ministre de la Transition écologique et solidaire, l’enjeu de cette disposition demeure l’adhésion massive des citoyens.

De 1973 à 2022

Si bon nombre des mesures adoptées au cours des années 70 pour faire face au choc pétrolier demeurent encore et toujours d’actualité face à la crise énergétique contemporaine, d’autres apparaissent désormais désuètes. C’est le cas notamment de l’interruption des programmes télévisés passé 23h.

S’il paraît peu probable qu’une telle mesure puisse encore être adoptée, pas plus que ne peut être interdit l’accès aux plateformes VOD préférées des Français passée une certaines heures, d’autres mesures complémentaires peuvent être envisagées.

Dès le mois de mars 2022, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) préconisait dix mesures phares à mettre en place pour que les pays développés soient en mesure de se dispenser des énergies fossiles russes. Parmi elles, on comptait notamment :

  1. La réduction de la vitesse de circulation sur les autoroutes ;
  2. L’incitation au télétravail à raison de trois jours par semaine ;
  3. La mise en place de “dimanches sans voiture” en ville ;
  4. L’incitation à la “micro-mobilité” (marche, vélo, bus…) en rendant notamment les transports en commun moins onéreux ;
  5. L’initiation d’une circulation alternée deux jours par semaine ;
  6. L’encouragement au covoiturage ;
  7. Rendre les services de transports plus efficaces en ne laissant pas les camions rouler à vide ;
  8. Prendre le train plutôt que l’avion pour les trajets de moins de 1 000 km ;
  9. Organiser une visioconférence plutôt qu’un voyage en classe affaires ;
  10. Se tourner vers la mobilité électrique.

Autant de mesures possibles à disposition des 27 pays de l’UE afin de tendre à leur objectif de réduction de consommation pour 2023, mais aussi en vue de garantir le confort hivernal de tous les citoyens européens.

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