Electricité verte : quelles offres permettent de faire vraiment une différence pour la Planète ?

Selectra livre des conseils pour choisir une offre d'électricité permettant de faire une vraie différence pour la Planète !

C’est décidé ! Vous passez à l’électricité verte. Mais quel fournisseur choisir ? A ce jour, une quarantaine sont en lice sur le marché, chacun étant plus attractif que l’autre. Certains déplorent un “green washing” de l’électricité qui bat son plein à grand renfort d’arguments éco-responsables. Selectra a passé au crible ces offres pour comprendre ce qui fait vraiment la différence pour la planète. Résultat : les solutions les plus écologiques émanent des circuits courts, dont le mix énergétique est issu de sites éoliens, solaires ou de petits barrages. A y regarder de près, quelques fournisseurs s’engagent plus encore, avec des solutions collaboratives qui amènent carrément à la construction d’équipements nouveaux. Une manière de pousser vers un vrai changement énergétique, à long terme. Décryptage.

4 conseils pour choisir une offre d'électricité faisant une vraie différence pour la Planète

Aujourd’hui, l’électricité verte est produite via des centrales hydrauliques, du solaire sur les hangars ou les toits, de l’éolien, de la combustion de déchets (biomasse), un brin de géothermie (Mulhouse et Guadeloupe) et une infime source de méthanisation agricole, selon le panorama de l’électricité renouvelable établi chaque année par RTE.

A testerL’appli mobile eco2mix proposée par le réseau de transport d’électricité, RTE, permet de suivre en direct la production électrique française. Une mine d’infos en temps réel, pour mieux comprendre d’où vient l’électricité que l’on consomme (moyens de production, fluctuations selon les régions et le climat, etc.)

 

Attention au leurre des grands barrages hydrauliques

Barrage historique de Grand'Maison
Le barrage historique de Grand’Maison, d’une puissance de 1800 MWh, peut contenir jusqu'à 137 millions de m3 d'eau.

La plupart de l’électricité verte émane des grands barrages hydrauliques. Une production de masse à très bas coût, rendue possible grâce au vaste bassin fluvial français. C’est ainsi que beaucoup de fournisseurs verts arrivent à tirer les prix vers le bas. Mais il y a un bémol. Lors de leur construction, “les concessions de ces infrastructures de très haute puissance furent cédées pour 75 ans, elles tournent encore en routine” rappelle Gérard Grunblatt de l’Académie des technologies. Cela signifie que, depuis des dizaines d’années, ces kWh étaient déjà injectés à hauteur de 25,4 GW dans le réseau français. Résultat, acheter cette hydro-électricité — même désormais estampillée “verte” — revient à s'approprier la part renouvelable du mix énergétique sans encourager directement les nouvelles productions vertes. La production reste la même car ce mix énergétique fait déjà partie de notre consommation annuelle.

Au total, sur les 100 TWh d’électricité verte injectés à l’année dans le réseau français, 44 sont certifiés par une garantie d’origine. Les fournisseurs ont 66 TWh de marge pour se mettre au vert ! Un affichage pour ne pas perdre leurs clients, qui ne fait donc pas évoluer les circuits de production. Or l’Académie des technologies, consciente du défi posé par le changement climatique, fait un bilan du potentiel technologique mobilisable ou à développer : “l’inaction aurait des conséquences graves, inacceptables pour la France et aussi mondialement.”

Certaines offres vertes approvisionnées en énergie non verte

Offre verte ne signifie pas nécessairement mix 100% renouvelable : à bien y regarder, le mix énergétique de certaines offres d’électricité verte est en fait composé d’électricité d’origine nucléaire ou thermique, un paradoxe. Il est en effet possible de s’approvisionner en énergie non verte et de « verdir » cette électricité au moyen de garanties d’origines achetées à un autre producteur.

Les garanties d’origine – explicationsLorsqu’un MWh d’électricité verte est produit, le producteur crée en fait un MWh d’énergie et une garantie d’origine. Il peut décider de vendre séparément le MWh d’énergie produit et la garantie d’origine, permettant ainsi à un fournisseur d’énergie situé dans un autre pays en Europe d’acheter séparément des garanties d’origines et l’énergie qu’il fournit à ses clients.

Une meilleure information du consommateur s’impose donc. Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire cherche à faire préciser à l’ensemble des fournisseurs les sources exactes de leur électricité : lieu et moyen de production. Au niveau européen, “la Commission et le Parlement souhaitent que la part des énergies renouvelables dans le bouquet énergétique des fournisseurs soit prouvée exclusivement via des garanties d’origine” martèle l’Académie des technologies, pour coller aux objectifs de la COP23.

De vraies alternatives avec les 2 000 micro centrales hydrauliques, 10 000 solaires et 500 parcs éoliens de France

Aujourd’hui, près de 1 300 000 clients résidentiels ont souscrit une offre verte, ce qui représente 4 % de l’ensemble des sites résidentiels et 23 % des sites résidentiels en offre de marché. En juin 2014, ils n’étaient que 170 000. (CRE, Rapport 2016-2017 sur le fonctionnement des marchés de détail français de l'électricité et du gaz naturel ; publié en mars 2018)

Aujourd’hui 54% des Français sont “favorables à une offre d’électricité verte” d’après une étude du Médiateur national de l’énergie. L’État subventionne les installations éoliennes et solaires via la taxe CSPE à hauteur de 5,7 milliards d’euros, hors mesures sociales. Bilan, “le marché se compose d’une quarantaine de fournisseurs inscrits au registre national, plus seulement des grands historiques” compte Aude Filippi, Head of Growth initiatives chez Powernext, l’agence nationale en charge des Garanties d’origine, les certificats officiels qui authentifient l’origine verte des kWh. Une concurrence saine est en place pour fournir l’électricité, mais aussi pour la produire. C’est là l’essentiel : “à ce jour, une cinquantaine de sociétés de production sont mandatées en France pour représenter une foule de petits producteurs : 2000 micro centrales hydrauliques, 10 000 solaires, 500 parcs éoliens.” estime Julien Chardon, fondateur d’Ilek.

"Mixer" sa consommation d'énergie pour inciter les producteurs à s’y mettre

« L’équilibre global de production ne peut pas changer du jour au lendemain » regrette Julien Tchernia, fondateur d’ekWateur. C’est un fait : les infrastructures solaires et éoliennes coûtent cher et doivent être renouvelées tous les dix ans. Une électricité décarbonée produite à base de vent ou de soleil demande près de dix fois plus de capitaux que celle issue des grandes infrastructures nucléaires ou hydrauliques, selon les calculs du polytechnicien Jean-Marc Jancovici ici. Alors les investisseurs rechignent à se lancer.

Pour autant, des offres mixant exclusivement des sources renouvelables émergent. Une hausse record des raccordements a été enregistrée par le Syndicat des énergies renouvelables. Direct Energie avec son mix éolien et solaire, Lampiris (depuis renommé Total Spring) avec son mix éolien et biomasse/biogaz, Mint Energie avec sa biomasse danoise, etc. En 2017, 2 763 MW de nouvelles installations ont été raccordées au réseau d’électricité métropolitain, les filières éoliennes et solaires comptant respectivement pour 65 % et 32 % de ce volume d’après le bilan de février 2018 de la RTE. Il s’agit d’un record pour les deux filières, dépassant ainsi les résultats de 2011.

“Lorsque la demande verte dépassera le seuil des 8%, les investisseurs s’orienteront vers un parc renouvelable. L’histoire le montre : quand le nucléaire a été plébiscité, les centrales à gaz françaises ont fermé.” rappelle Bernard Tardieu, Président de la Commission Énergie et changement climatique de l’Académie des Technologies. L’État pousse aussi le marché à se tourner vers l’éolien, en particulier EDF et sa filiale Energies nouvelles, comme l’évoque cet intéressant article des Echos.

A terme, selon le CNRS, le “bouquet” électrique idéal serait un mix d’énergies : des sources renouvelables (solaire et éolien) accompagnées d’un faible pourcentage d’énergies fossiles (gaz) pour assurer une alimentation constante du réseau français. Si les résultats scientifiques se confirment, de l’hydrogène et du thermique pourraient aussi émaner. Les recherches avancent au cœur de laboratoires publics tels que Promes du CNRS à Perpignan et plus largement de l’Alliance nationale de coordination de la recherche en Énergie (ANCRE) qui regroupe laboratoires publics et entreprises.

La sécheresse de 2017 prouve qu’il faut varier les sources d’électricité verte30 départements en état de crise ! En 2017, la sécheresse a battu le record de 1967. Quel lien avec votre choix de fournisseur d’électricité ? C’est justement car le réseau français est alimenté par des sources diversifiées que cette sécheresse n’a eu aucun impact : ni coupure ni baisse de tension. Une chute de 30% de la production hydro-électrique française avait été enregistrée : sans pluie, point de salut pour l’hydraulique. Le réseau avait compensé via les filières éolienne, solaire, photovoltaïque et biomasse.

Les circuits courts stimulent le réseau français

L’électricité est loin d’être une marchandise banale. Remontons le fil de l’électricité qui arrive dans nos prises. Durant son transport, les déperditions sont importantes (2 à 3% selon la Commission de régulation de l’énergie, CRE). Quant au défi du stockage, les technologies ne sont pas maîtrisées : pour preuve la faiblesse des batteries de smartphones, voitures électriques ou autres appareils du quotidien. Impensable alors de faire venir en France de l’électricité solaire produite dans le vaste désert d’Atakama au Chili. Irréaliste de conserver l’électricité solaire estivale pour pallier aux pics de consommation des vagues de froid hivernales.

Même si l’énergie est un vaste marché européen où les garanties d’origine peuvent circuler librement, les circuits courts existent. Après tout, “on ne manque pas d’électrons : la France est plutôt exportatrice qu’importatrice” rappelle Aude Filippi experte chez Powernext. De plus en plus d’offres s’appuient sur de petits producteurs locaux, souvent des PME ou des collectivités locales. Tel petit parc éolien du Roussillon, ou tel petit barrage de Bourgogne. Ilek permet ainsi à ses clients de choisir spécifiquement telle production d’Occitanie ou telle autre de PACA par exemple.

Quelques offres carrément participatives

Des démarches hors-normes s’imposent de plus en plus, carrément portées par les citoyens en direct. Le Ministère de la Transition écologique et solidaire publie une liste d’actions participatives. A Narbonne, un parc éolien de cinq éoliennes de 3MW est sorti de terre grâce (et pour) 118 habitants. « Cela devrait permettre d’éviter les émissions de 2 500 tonnes de CO2 par an » estime le Ministère. A Saint-Omer, six associations de citoyens, huit entreprises et la commune ont réuni 120 000 euros pour installer un total de 355m² de panneaux solaires photovoltaïques sur les toitures. La puissance totale installée est de 48 kW. Une centrale solaire de 36 kWh a aussi vu le jour pour alimenter un collectif de onze logements des Alpes-de-Haute-Provence. « Ce projet permet d’atteindre 40% d’autonomie électrique » explique Ilek, le fournisseur impliqué.

Côté participatif, Enercoop va au bout de la démarche : c’est une coopérative. Fini les “clients”, il s’agit de sociétaires en relation directe avec 162 producteurs français via un réseau d’une dizaine de coopératives locales. Comment ? « Chaque coopérative accompagne la transition énergétique de son territoire en soutenant les projets citoyens de production » peut-on lire sur leur site. A la clef, des circuits courts et des mix électriques éco-responsables. Malin. Ce fournisseur regroupe des sociétaires aussi variés que les villes de Rennes, Lille ou Nantes Métropole, la centrale photovoltaïque citoyenne du Pas-de-Calais (installée sur la toiture d’une association) ou le parc éolien citoyen des Ailes des Crêtes… Même la chaîne de magasins bio Biocoop et Greenpeace ont souscrit à cette électricité coopérative de proximité. A l’échelle individuelle, une pression géographique est donc possible.

Autre démarche hors-norme : Mint Energie a pris le parti de “neutraliser” l’empreinte carbone de ses consommateurs. Ils ont créé un programme de reboisement en France, Haïti et Sénégal ; et ils proposent une application de suivi en temps réel de sa consommation pour limiter le gaspillage électrique. Des actions plus anecdotiques, mais des gestes de plus pour la planète.

L’électricité la plus verte reste celle qu’on ne consomme pas

Enfin, l’électricité la plus verte reste l’électricité qu’on ne consomme pas. Adopter des comportements responsables et économes en énergie est la meilleure attitude pour vraiment faire une différence pour la Planète. On note que certains fournisseurs s’engagent ainsi pour aider leurs clients à diminuer leur consommation d’énergie. Le fournisseur Plüm Energie récompense ainsi par exemple les clients qui réduisent leur consommation par un système de cagnotte tandis que Planète Oui conditionne une remise sur le prix de l’abonnement à une auto-relève de sa consommation régulière et au non-dépassement d’un plafond de consommation fixé par rapport à des foyers similaires.

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