Île-de-France : 70 % de l'électricité des centres de données français se concentre dans la région, et ce n'est qu'un début

Île-de-France : 70 % de l'électricité des centres de données se concentre dans la région, et ce n'est qu'un début

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L'électrification de la France marque le pas, mais une activité tire les chiffres vers le haut : les centres de données. Selon l'Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (ARCEP), leur consommation d'électricité a atteint 2,7 TWh en 2024, en hausse de 12 % en un an. Plus frappant encore, la même hausse a doublé sur trois ans, passant de 2,0 TWh en 2021 à 2,7 TWh en 2024. Comment ces infrastructures, jusqu'ici discrètes dans le paysage énergétique français, sont-elles devenues l'un des points d'attention majeurs pour le réseau électrique national ?

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Une activité électro-intensive qui change de catégorie

L'Arcep publie chaque année une enquête « Pour un numérique soutenable » qui mesure l'empreinte environnementale du secteur. La cinquième édition, parue le 21 mai 2026, agrège les données transmises par 23 opérateurs de centres de données dont le chiffre d'affaires en France dépasse 10 millions d'euros. Ces opérateurs exploitent environ 160 sites sur le territoire et représentent à peu près la moitié du marché de la colocation.

Le constat est sans appel : alors que la consommation électrique du secteur tertiaire marchand stagne, celle des centres de données progresse à un rythme à part. + 14 % en 2022, + 8 % en 2023, + 12 % en 2024. La part des centres de données dans la consommation électrique tertiaire est passée sous la barre des 2 % pendant trois ans avant de remonter à 2,2 % en 2024.

L'Arcep classait jusqu'ici ces infrastructures dans les services tertiaires. Le régulateur considère désormais qu'elles sont devenues une activité électro-intensive à part entière, à la croisée du tertiaire et de l'industriel. RTE, le gestionnaire du réseau de transport, partage cette analyse : dans son dernier Bilan prévisionnel, il a créé une catégorie spécifique pour les centres de données sur sites dédiés, et estime que leur consommation pourrait être multipliée par quatre à huit d'ici 2035.

Les serveurs informatiques tirent les chiffres

Dans un centre de données, l'électricité sert à trois grandes fonctions : alimenter les serveurs informatiques eux-mêmes, refroidir les salles où ils tournent en permanence, et faire fonctionner les activités tertiaires annexes (éclairage, bureaux, sécurité). Ce sont les serveurs qui pèsent désormais le plus : leur consommation atteint 1,9 TWh en 2024, en hausse de 15 % en un an, soit nettement plus vite que les autres postes.

Conséquence directe, la part des équipements informatiques dans la consommation totale des centres de données est passée à 70 % en 2024, contre 68 % un an plus tôt. C'est le signe que les charges de calcul augmentent, sous l'effet de la croissance des services cloud et de la montée en puissance de l'intelligence artificielle.

Cette tension est encore plus visible quand on regarde le détail. La consommation des centres mis en service entre 2021 et 2023 a bondi de 66 % en un an, alors même qu'ils représentent moins d'un cinquième du parc étudié. Les sites plus anciens, eux, voient leur consommation rester stable. Autrement dit, c'est la nouvelle génération de centres qui change l'échelle.

Des sites de plus en plus puissants, concentrés en Île-de-France

L'autre chiffre marquant concerne la puissance des nouveaux sites. Avant 2023, un centre mis en service tournait en moyenne autour de 3 MW. En 2023, les nouveaux arrivants atteignaient déjà 9 MW. En 2024, la moyenne grimpe à 20 MW par centre, soit plus du double en un an. Au total, la puissance maximale admissible en équipements informatiques de l'ensemble des centres étudiés frôle désormais 600 MW, en hausse de 14 % sur un an.

Cette croissance est très largement concentrée géographiquement. Trois régions cumulent à elles seules 90 % de la puissance et de la consommation électrique des centres étudiés :

  • L'Île-de-France regroupe 56 % des centres et concentre plus de 70 % de la puissance totale ;
  • Les Hauts-de-France arrivent en deuxième position ;
  • La région Provence-Alpes-Côte d'Azur, portée notamment par le hub de Marseille, complète le trio.

En 2024, l'ensemble des centres ouverts dans l'année se trouvent en Île-de-France. C'est aussi cette région qui a porté plus de 80 % de l'augmentation de la consommation totale des centres étudiés depuis 2021. Or l'Île-de-France produit elle-même peu d'électricité, et couvre à peine 2 % de ses besoins par les énergies renouvelables locales. La pression sur les lignes haute tension s'en trouve mécaniquement renforcée.

Qu'est-ce que le PUE ?

Le Power Usage Effectiveness, ou PUE, mesure l'efficacité énergétique d'un centre de données. C'est le rapport entre la consommation totale du site et celle de ses seuls équipements informatiques. Plus la valeur est proche de 1, plus le centre est efficace. En 2024, le PUE moyen des centres étudiés s'établit à 1,42, contre 1,46 en 2023. Concrètement, pour chaque kilowattheure consommé par les serveurs, le centre en utilise 0,42 de plus pour le refroidissement et les autres usages.

Une efficacité énergétique qui s'améliore, sans compenser la hausse de la demande

Bonne nouvelle apparente : les nouveaux centres sont plus performants que les anciens. Le PUE moyen des sites ouverts entre 2014 et 2023 s'élève à 1,30, contre 1,52 pour ceux mis en service avant 2014. Et pour la deuxième année consécutive, le PUE moyen de l'ensemble du parc continue de baisser.

Mais ces gains ne compensent pas la croissance brute. Le volume de calcul augmente plus vite que les économies réalisées sur le refroidissement. Résultat, les émissions indirectes des centres de données (celles liées à leur consommation d'électricité, dites de scope 2) ont bondi de + 27 % en un an, à un rythme bien supérieur à celui des opérateurs télécoms ou des fabricants d'équipements.

L'arrivée massive de l'intelligence artificielle accélère encore ce mouvement. Selon l'Agence internationale de l'énergie, la densité de puissance des serveurs dédiés à l'IA a été multipliée par onze entre 2020 et 2025. Les grandes entreprises du secteur s'organisent : EDF et Engie travaillent à sécuriser des contrats d'approvisionnement avec les opérateurs d'infrastructures, tandis que la France attire des investissements massifs sur ce segment.

Une question de réseau autant que de production

L'enjeu se déplace désormais vers la capacité du réseau à absorber ces nouveaux raccordements. Selon le bilan électrique de RTE publié en février 2026, plus de 30 GW de droits d'accès au réseau de transport ont déjà été attribués, dont 14 GW pour les seuls centres de données. C'est plus que les capacités demandées par l'hydrogène ou la réindustrialisation cumulées.

Pour suivre, des chantiers d'infrastructure d'une ampleur inédite démarrent. Dans la région de Marseille, la Commission de régulation de l'énergie a validé un projet de 550 MW de puissance supplémentaire à l'horizon 2032, l'équivalent de la moitié d'un réacteur nucléaire. Le mécanisme retenu, dit d'anticipation et de mutualisation, évite que la facture pèse sur les ménages : ce sont les industriels raccordés qui paient un droit d'entrée.

L'élargissement du périmètre de l'enquête est déjà programmé. À partir de l'édition 2027, l'Arcep collectera également des données auprès des fournisseurs de services dans le Cloud, ce qui permettra de couvrir une part bien plus large de l'empreinte réelle du numérique, y compris quand les serveurs utilisés sont localisés à l'étranger. L'autorité a par ailleurs publié un rapport distinct sur l'impact environnemental de l'IA générative le même jour, soulignant que la phase d'utilisation des modèles, longtemps négligée dans les analyses, est en passe de devenir le poste qui pèse le plus.

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