Sortie du charbon : quelles politiques concrètes pour les acteurs financiers ?

Sortie du charbon : quelles politiques concrètes pour les acteurs financiers ?

Un nouvel outil est désormais disponible en ligne pour connaître la réalité des politiques déployées par les acteurs financiers mondiaux concertant la sortie du charbon. Créé par près de 30 ONG, ce classement a pour vocation de rendre accessible des informations indispensables alors que la crise climatique s’accélère, et de pousser les entreprises à concrétiser le processus de transition écologique.


  • Sortie du charbon : un outil de classement pour connaître les politiques des acteurs financiers mondiaux
  • Un nouvel outil de classement permet de connaître les politiques concrètes de sortie du charbon de multiples institutions financières à travers le monde ;
  • Disponible en ligne, ce classement intitulé « Coal Policy Tool » évalue la qualité desdites politiques, et est mis à jour régulièrement ;
  • L’objectif est de visibiliser l’action des différents acteurs financiers internationaux, dont les compagnies d’assurance, afin de faire bouger les choses ;
  • Le décalage entre l’objectif pour une limitation du réchauffement planétaire à 1,5°C et la réalité des mesures déployées est frappant ;
  • La France n’est pas si mal classée, mais un énorme travail reste encore à faire pour des politiques réellement efficaces ;
  • Le « Coal Policy Tool » est un outil démocratique de sensibilisation, voué à plus de transparence, visant « avant tout à garantir des politiques de sortie du charbon de haute qualité qui contribuent efficacement à prévenir le chaos climatique », indique Lucie Pinson, fondatrice et directrice générale de Reclaim Finance.

Le charbon : un enjeu clé dans la lutte pour la justice environnementale

L’un des plus grands enjeux de notre époque est indéniablement l’écologie. Alors que les événements climatiques dévastateurs se multiplient, la conscientisation du public grandit, ainsi que celle des entreprises et institutions. Les assureurs n’échappent pas à cette réalité, et sont sans aucun doute face à l’un de leurs plus grands défis. Leur modèle tout entier est en train d’être bouleversé par la crise climatique, et les dispositifs se multiplient pour tenter de prévenir les possibles conséquences de cette dernière.

Des stress tests climatiques à la mise en place de fonds d’investissement, les mesures ne manquent pas mais restent encore très insuffisantes.

Ainsi, une question revient souvent concernant les assurances et transition énergétique : les choses changent-elles assez vite ? Une interrogation légitime alors que la crise semble s’accélérer ces dernières années, et même ces derniers mois.

L’un des sujets clés touchant directement le secteur assurantiel est bien évidemment son lien étroit avec l’industrie du charbon. Des structures comme le réseau d’ONG Unfriend Coal établissent annuellement le classement des grands acteurs du marché à ce propos. Le but est de montrer le gouffre qui existe souvent entre les annonces de politiques vertes faites par les entreprises et la réalité économique du secteur assurantiel, qui continue d’investir dans l’industrie du charbon. Les choses changent, mais lentement et difficilement.

Quelles politiques concrètes sont mises en place à à travers le monde pour une véritable sortie du charbon ?

Sur le sujet, certains acteurs de l’assurance sont plus visibles et actifs que d’autres. C’est par exemple le cas de CNP Assurances, qui a annoncé sa sortie définitive du charbon d’ici 2040. Une décision qui suivait notamment son engagement à doubler ses investissements verts d’ici 2023. Et CNP Assurances n’est évidemment pas le seul assureur à vouloir concrétiser son action pour un modèle plus écologique – l’on pourrait également citer le Crédit Agricole, qui a su se distinguer avec la mise en place de politiques de qualité l’an dernier. Néanmoins, afin de pousser les acteurs du marché à accélérer le mouvement, il est parfois nécessaire de visibiliser davantage leurs actions (ou absence d’actions), et l’établissement de classements est toujours utile pour plus de transparence.

Ainsi, aux côtés de 27 ONG, l’association française Reclaim Finance a décidé à la rentrée de lancer un comparateur en ligne se focalisant sur les politiques de sortie du charbon de grands groupes financiers internationaux.

Le classement regroupe les institutions financières de 30 pays au total.

Politique de sortie du charbon : où se classe la France ?

Le « Coal Policy Tool » est un moyen très concret de connaître la politique de chaque acteur financier – c’est-à-dire des banques, des compagnies d’assurances, ainsi que des gestionnaires d’actifs – quant au charbon. C’est un outil « permettant d’identifier, d’évaluer et de comparer les politiques adoptées par les institutions financières du monde entier pour restreindre ou mettre fin à leurs services financiers au secteur du charbon », explique ainsi le communiqué de presse officiel.

Il y a quelques mois, ce classement sortait dans une version française, et il est désormais disponible à l’international. Au total, on retrouve plus de 200 stratégies de sortie du secteur charbon mises en œuvre par les différents acteurs mondiaux.

Le premier constat est clair : trop peu de ceux que l’on retrouve dans le classement travaillent efficacement à une sortie véritable de l’industrie du charbon. « Sur les 214 politiques charbons identifiées, seulement 16 sont de qualité suffisante pour soutenir une sortie du secteur du charbon alignée avec les objectifs climatiques. Si la France est en avance avec 15 de ces politiques, l’outil […] liste aussi 28 autres acteurs français avec des politiques insuffisantes voire des plus lacunaires », est-il précisé.

À noter qu’à ce jour, la France se démarque dans le classement – et l’Europe plus largement. Il s’agit de l’un des pays regroupant « le plus grand nombre d’institutions financières ayant adopté des politiques sur le charbon et les révisant régulièrement pour adopter des normes plus élevées », nous explique-t-on.

Cependant, les banques seraient encore de mauvaises élèves, et en retard comparativement aux assureurs et réassureurs qui ont pour beaucoup « adopté des critères d’exclusion suffisamment restrictifs en ce qui concerne les entreprises du secteur ».

Un tel constat est néanmoins à nuancer, puisqu’en France comme partout ailleurs, certaines entreprises n’ont absolument aucune politique de sortie du charbon déployée dans leur structure : « Si 216 acteurs financiers de taille très significative n’ont aucune politique sur le charbon, la quasi-totalité de celles existantes sont insuffisantes pour atténuer les impacts du secteur du charbon et même prévenir son expansion ».

Les États-Unis sont particulièrement mal classés, et plus spécifiquement les gestionnaires d’actifs américains, précise le document, lesquels « dominent le marché mondial ». BlackRock est le seul à avoir mis en place une politique sur le charbon, et celle-ci reste encore plus qu’insuffisante.

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