« Nous avons tout perdu » : pourquoi les incendies de panneaux solaires se multiplient en France

« Nous avons tout perdu » : pourquoi les incendies de panneaux solaires se multiplient en France

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Alors que le marché du photovoltaïque résidentiel n'a jamais été aussi dynamique en France, une série de sinistres récents jette une lumière crue sur un risque rarement évoqué : l'incendie de panneaux solaires installés sur le toit. En Normandie, dans le Gard, dans le Gers, plusieurs sinistres ont détruit habitations et hangars en quelques mois, alors que plus d'un million de foyers français sont aujourd'hui équipés. Comment expliquer ces feux, alors que la technologie est réputée fiable, et qui paye lorsque le sinistre survient ?

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Trois causes techniques derrière des incendies en hausse

Le constat est posé par les professionnels du secteur : les départs de feu liés aux panneaux solaires photovoltaïques deviennent un sujet, sans pour autant représenter un phénomène de masse. Chez l'assureur Leocare, François Riou, responsable indemnisation, évalue la part de ce type d'incendies à entre 3 et 4 % des sinistres habitation, selon des propos rapportés par Le Figaro. Une proportion encore minoritaire, mais en progression sensible.

Cette tendance intervient alors que le parc français de panneaux solaires raccordés au réseau d'Enedis approchait les 900 000 d'installations photovoltaïques au 1er trimestre 2026, et que les aides à l'installation solaire attirent toujours davantage de particuliers vers l'autoconsommation. Plus d'équipements posés signifie mécaniquement plus de risques de sinistres, surtout quand la pose s'industrialise à marche forcée.

Les experts interrogés par le quotidien identifient trois causes techniques récurrentes. La première est une mauvaise installation à proximité d'un obstacle, comme une cheminée, un arbre ou une antenne. 

Si une ombre se projette en permanence sur une partie du panneau, les cellules ombragées cessent de produire mais continuent de laisser passer le courant venu des cellules ensoleillées, et se transforment alors en résistances qui dissipent cette énergie en chaleur. 

Ce phénomène, appelé point chaud, peut faire grimper la température locale à plus de 150 °C et abîmer progressivement les matériaux d'encapsulation : c'est la « cuisson lente » évoquée par les techniciens, invisible au quotidien mais destructrice à long terme.

La deuxième cause est un défaut d'étanchéité de la toiture, lié au poids des panneaux mal adapté à la structure du toit. 

La troisième tient à un dysfonctionnement électrique, le plus souvent un mauvais raccordement au niveau des câbles. Un système photovoltaïque produit beaucoup de courant continu, et un assemblage défaillant entre les modules, l'onduleur et le coffret peut suffire à générer un point chaud durable.

Pourquoi un panneau peut s'enflammer

Un module photovoltaïque correctement installé brûle peu, grâce à l'usage généralisé de doubles couches de verre en remplacement des matériaux synthétiques sensibles aux UV. Le risque vient presque toujours d'une anomalie en amont : pose bâclée, ombre permanente, câblage défectueux, ou entretien négligé. Le panneau lui-même est rarement la cause première.

Installateur, entretien, démarchage : les bons réflexes pour limiter le risque

Pour éviter de basculer dans la statistique des sinistres, le premier filtre est le choix de l'installateur de panneaux solaires. La certification Reconnu garant pour l'environnement (RGE), et plus précisément sa déclinaison QualiPV pour le photovoltaïque, conditionne l'accès à la prime à l'autoconsommation et au contrat d'obligation d'achat avec EDF OA. Elle ne garantit toutefois pas à elle seule la qualité d'une pose, comme le rappellent les professionnels.

Les professionnels du secteur observent par ailleurs une mortalité élevée parmi les entreprises récentes : une société sur deux ayant moins de cinq ans d'ancienneté aurait fait faillite, selon les chiffres rapportés par Le Figaro. Comparer plusieurs devis, examiner le détail du matériel proposé et le coût de la main-d'œuvre devient donc une étape de protection à part entière, pas un luxe de consommateur tatillon.

Une fois l'installation en service, le propriétaire reprend la main. Un nettoyage annuel des panneaux est recommandé pour éviter l'encrassement, qui favorise l'apparition de points chauds. Suivre régulièrement la production permet aussi de détecter une baisse anormale, signal d'alerte fréquent avant un sinistre.

Reste le risque grandissant de l'auto-installation. Avec la baisse continue des aides publiques, certains particuliers tentent de poser eux-mêmes leurs modules à partir de tutoriels en ligne. 

Or, sans recours à un professionnel RGE, les propriétaires peuvent ne pas être couverts par leur assurance en cas de sinistre, et la frontière entre un kit solaire en autoconsommation bien dimensionné et une installation bricolée reste mal comprise par beaucoup de candidats à l'économie. Sans compter le risque d'arnaque au panneau solaire à 1 euro, qui persiste malgré les alertes répétées des autorités.

Garantie incendie, déclaration : ce que prévoit votre contrat

Le scénario du pire reste rare, mais il faut savoir comment réagir. En cas de feu lié aux panneaux, la garantie incendie du contrat multirisque habitation joue, à condition qu'elle ait été souscrite. C'est ce que confirme François Riou, responsable indemnisation pour Leocare : la couverture s'applique même si l'incendie causé par des panneaux solaires n'est pas nommément cité dans les conditions générales du contrat.

Encore faut-il avoir prévenu son assureur en amont. Lorsqu'un propriétaire envisage d'installer un système photovoltaïque, il dispose d'un délai de 15 jours pour le déclarer à sa compagnie. Cette formalité conditionne l'application des garanties en cas de problème, et il est plus simple de la traiter avant la pose que de découvrir une exclusion après coup, en parcourant son contrat à la lueur des flammes.

En cas de sinistre, le délai de déclaration est strict : cinq jours ouvrés à compter du jour du feu. La déclaration de sinistre auprès de l'assureur doit s'accompagner d'un dossier solide : photos des dégâts, rapport des pompiers, factures d'entretien des panneaux et de l'installation elle-même. Ces pièces servent à prouver la bonne foi du sinistré et à accélérer l'expertise.

L'indemnisation, quand la responsabilité de l'installateur est engagée et que la garantie joue, peut prendre plusieurs semaines ou plusieurs mois, selon l'étendue des dégâts et la nécessité éventuelle de reloger les occupants. 

C'est là qu'intervient un autre dispositif souvent oublié : l'assurance dédiée aux panneaux solaires, qui peut compléter la multirisque habitation et accélérer la prise en charge des dommages spécifiques à l'équipement. Au-delà du sinistre lui-même, c'est aussi un moyen de protéger la rentabilité d'un investissement initialement chiffré à plusieurs milliers d'euros.

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