Réseau électrique saturé : ce que la CRE veut changer pour accélérer les raccordements en France

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Brancher une maison neuve, une borne de recharge ou des panneaux solaires au réseau électrique prend de plus en plus de temps en France. Pour débloquer la situation, la Commission de régulation de l'énergie a lancé le 13 mai 2026 une consultation publique pour réécrire les règles qui fixent qui paie quoi lors d'un raccordement. L'idée centrale : proposer aux clients un raccordement moins cher et plus rapide, à condition d'accepter, à certaines heures, une puissance plafonnée. Une réforme qui pourrait toucher aussi bien les particuliers que les producteurs d'énergie.
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Pourquoi les règles actuelles ne tiennent plus
Quand on demande un raccordement à Enedis, la facture est partagée en deux. Une partie est payée directement par le demandeur. L'autre partie est absorbée par le tarif d'utilisation des réseaux publics d'électricité (TURPE), qui apparaît sur la facture d'électricité de tous les Français. Plus les travaux sont lourds, plus le coût collectif grimpe.
Le problème, c'est que l'arrêté du 28 août 2007 qui fixe ces règles a presque vingt ans. À l'époque, il n'y avait quasiment pas de panneaux solaires, pas de voitures électriques et pas de grosses batteries de stockage. Aujourd'hui, ces nouveaux usages affluent en masse. Les demandes de raccordement photovoltaïque ont augmenté de 47 % entre 2024 et 2025 selon la CRE, et Enedis peine à suivre.
Conséquence concrète pour les particuliers et les entreprises : des délais qui passent de quelques semaines à plusieurs mois dans certaines zones, et des coûts de renforcement du réseau qui font gonfler le TURPE, donc les factures de tout le monde.
Selon la note technique publiée le 13 mai 2026, c'est la quatrième fois que la CRE tente de moderniser ce texte. Les acteurs ont jusqu'au 26 juin 2026 pour donner leur avis.
L'idée phare : un raccordement moins cher si on accepte de se limiter
Voici l'innovation principale du projet. Au lieu de demander un raccordement « plein pot » qui garantit toute la puissance à tout moment, le client pourrait choisir un raccordement moins cher et plus rapide, mais avec une contrepartie : à certaines heures, sa puissance serait plafonnée.
Un exemple concret. Imaginons un producteur de panneaux solaires qui veut se raccorder au réseau pour revendre son électricité. S'il accepte de baisser sa production aux moments où le réseau local sature (par exemple en plein midi ensoleillé, quand tous les panneaux du quartier produisent en même temps), il pourra être raccordé sans attendre un renforcement coûteux. Même logique pour un industriel qui consomme : il accepte de réduire sa consommation aux pics de demande, et il évite des travaux à plusieurs centaines de milliers d'euros.
Cette option serait ouverte à tout le monde : particuliers, entreprises, producteurs d'énergie verte. Les conditions précises seraient écrites dans le contrat signé avec le gestionnaire de réseau. C'est une façon de faire entrer le réseau électrique dans la même logique que les heures pleines / heures creuses bien connues des consommateurs : adapter sa consommation à la disponibilité du réseau, en échange d'un avantage financier.

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Les batteries de stockage en première ligne
Le projet va plus loin pour les très gros projets. Si le raccordement coûte trop cher à la collectivité, l'option « limitée » deviendrait obligatoire, pas seulement proposée. La CRE veut éviter qu'un raccordement isolé ne fasse grimper la facture mutualisée du TURPE pour des millions de foyers.
Premiers concernés : les grandes batteries de stockage. Pourquoi elles ? Parce qu'elles sont jugées flexibles par nature. Une batterie peut s'installer presque n'importe où, contrairement à une usine ou à un parc solaire qui doit rester sur son terrain. Si le réseau ne suit pas à un endroit, autant accepter une limitation plutôt que d'imposer aux Français de payer un renforcement à plusieurs millions d'euros.
Le périmètre exact reste à définir : la CRE demande aux acteurs si la mesure doit viser uniquement les stockeurs ou s'élargir à d'autres profils. Le régulateur fixerait lui-même le seuil financier déclencheur et publierait chaque trimestre la liste des zones les plus susceptibles d'être touchées. La Corse et les territoires d'outre-mer seraient exclus du dispositif pour l'instant.
Une bouffée d'air pour les promoteurs et les énergies vertes
Deux autres mesures, plus discrètes, intéressent directement le secteur du bâtiment. Aujourd'hui, quand un promoteur immobilier ou un lotisseur raccorde plusieurs maisons en même temps, il perd ses réductions tarifaires dès que la puissance totale dépasse un certain seuil.
Résultat : beaucoup découpent artificiellement leurs demandes pour rester sous le seuil. Le nouveau texte propose d'appliquer les réductions tant que chaque logement pris séparément reste dans les clous, même si l'ensemble dépasse.
Dernière nouveauté, le projet intègre enfin les Schémas Régionaux de Raccordement aux Réseaux des Énergies Renouvelables (S3REnR). Derrière ce nom compliqué, une idée simple : dans chaque région, les coûts de raccordement des nouveaux producteurs verts sont mutualisés. Chaque nouveau parc éolien ou solaire paie une part, plutôt que de supporter seul les travaux.
Ces schémas existent depuis plus de dix ans, mais ils n'étaient pas mentionnés dans l'arrêté de 2007. La consultation introduit des réductions tarifaires dédiées pour aligner enfin le cadre légal sur la pratique.
Derrière la technique, une question simple se pose : jusqu'où la facture d'électricité de chacun doit-elle payer pour accueillir les bornes de recharge, les panneaux solaires et les batteries de demain ? La réponse de la CRE est attendue dans les mois qui viennent.

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