La France, mauvaise élève en matière d'énergie solaire et éolienne ?

Quel est la situation des énergies solaire et éolienne en France ?

Si, en France, les énergies renouvelables ont augmenté de 19,1 % dans la consommation finale brute d'énergie en 2020, l'éolien et le solaire ne représentent qu'une petite part du mix des EnR du pays (respectivement 12,3 % et 4,1 %), loin derrière le bois et l'hydraulique1. Tandis que les pays du Sud de l'Europe, eux, emboîtent le pas de l'Allemagne et renforcent le développement de ces énergies. Alors, dans un contexte de tensions géopolitiques et d'accélération de la transition énergétique, comment la France se positionne-t-elle vis-à-vis de ces énergies renouvelables ?


La France à la traîne derrière l’Italie, l’Espagne et le Portugal pour l’énergie solaire et éolienne

L’Espagne et l’Italie battent leurs records de production d’énergie solaire et éolienne

électricité renouvelable

Depuis plusieurs années, les pays du Sud de l'Europe confirment leur implication dans le développement des EnR (énergies renouvelables). En Italie, les énergies solaire et éolienne représentent désormais 26,1 % de la production d'énergie sur le territoire, un chiffre qui atteint 40,3 % en Espagne2. Ils rattrapent peu à peu l'Allemagne, leader européen dans ce domaine.

En 2021, l'Italie et l'Espagne ont ainsi battu leurs records de production d'énergies solaire et éolienne. À titre de comparaison, l'Espagne a produit en un an 26 TWh d'énergie solaire (contre 14,7 TWh pour la France) et de 62,3 TWh d'énergie éolienne (contre 36,7 TWh pour la France)3.

Le Portugal et la Grèce sont sur la même voie que l'Espagne et l'Italie, avec un niveau de production d'énergie solaire inédit jusqu'à maintenant.

L’Espagne met les moyens nécessaires pour atteindre ses ambitions en termes d’énergies renouvelables

L'Espagne ambitionne de devenir un pays moteur de l'énergie solaire au sein de l'Europe. Pur y parvenir, le gouvernement actionne tous les leviers permettant d'optimiser le développement de cette production d'énergie dans le pays :

  • L'abrogation de la "taxe sur le soleil" par décret royal, qui a contribué à démocratiser les dispositifs d'autoconsommation d'énergie solaire sur les bâtiments résidentiels ;
  • La mise en place d'un décret visant à favoriser les énergies renouvelables en simplifiant les démarches administratives ;

Madrid annonce clairement son objectif : d'ici à 2050, 100 % de la production d'énergie du pays devra être d'origine renouvelable.

L’Allemagne, toujours leader de l’énergie solaire et éolienne dans l’Union Européenne

Mais pour l'heure, l'Allemagne demeure le leader incontesté de l'énergie solaire et éolienne en Europe.

Sur 20,3 TWh d'énergie solaire produits dans l'Union Européenne en avril 2021, 6,2 TWh provenaient d'Allemagne (2,9 TWh pour l'Espagne et l'Italie et seulement 1,6 TWh pour la France)4.

Concernant l'énergie éolienne, l'Allemagne produisait en 2021 11,4 TWh sur les 35,3 TWh produits dans l'Union Européenne, alors que l'Espagne reste à 5,4 TWh malgré tous les récents efforts4.

Le mix énergétique français, une spécificité nationale

Qu'est-ce que le mix énergétique d'un pays ? Le mix énergétique correspond à la répartition des différentes sources d'énergies mobilisées afin de répondre aux besoins énergétiques du pays : gaz, pétrole, charbon, nucléaire, énergies renouvelables, biomasse, etc. Dans le monde, il est composé à 80 % d'énergies fossiles5. Cependant, chaque pays possède un mix énergétique différent et directement lié à ses positions politiques, à ses besoins ou encore à ses ressources disponibles. Le mix électrique, quant à lui, représente les sources d'énergie utilisées pour produire l'électricité permettant de répondre aux besoins du pays.

Le mix énergétique français se distingue nettement de celui des autres pays, car il est composé en majorité de nucléaire et de pétrole, mais aussi de gaz naturel, d'énergies renouvelables et d'une petite proportion de charbon.

Toujours selon le Bilan énergétique de la France, "le bois-énergie (...) demeure la première source d'énergie renouvelable consommée en France, loin devant l'électricité d'origine hydraulique" et, bien évidemment, d'origine solaire et éolienne7.

La prégnance du nucléaire dans le mix énergétique du pays est une spécificité française qui remonte aux chocs pétroliers des années 1970. La France souhaitait alors assurer sa sécurité d'approvisionnement énergétique (puis, par la suite, limiter ses émissions de CO2). Or, le pays disposait de peu de ressources exploitables disponibles. Le nucléaire s'est donc imposé comme une solution immédiatement utilisable.

Aujourd'hui, le nucléaire demeure un paramètre important en France, y compris dans les décisions liées à l'objectif de neutralité carbone 2050. À cette image, l'ingénieur et président du think tank The Shift Project Jean-Marc Jancovici explique ainsi : "Si l'on regarde les faits, le nucléaire doit contribuer à la décarbonation".

Vers un renforcement du développement des ENR en France ?

La France est en retard sur le développement des EnR, reconnaît Emmanuel Macron

Le chef de l'État Emmanuel Macron en convient, il faut selon lui "avoir l’honnêteté de reconnaître que nous avons pris du retard", notamment du fait des nombreuses "couches réglementaires" ayant "retardé les projets", faisant allusion aux 5 années nécessaires pour ouvrir un parc solaire. Il ajoute par ailleurs qu'il est désormais indispensable de faire tomber "toutes les barrières réglementaires à partir du moment où les projets seront acceptés localement".

Depuis 2005, la production primaire d'énergies renouvelables a augmenté de 70 % en France métropolitaine, sous l'effet de l'essor des biocarburants, des pompes à chaleur, mais aussi de la filière éolienne, entre autres8.

Dans cette dynamique, le Président de la République affirme vouloir multiplier "par près de 10 la puissance installée" de l'énergie issue du solaire pour parvenir à "doubler la production issue des énergies renouvelables électriques d'ici à 2030". Selon lui, c'est ici que réside le "seul moyen de répondre à nos besoins immédiats en électricité, là où il faut 15 ans pour construire un réacteur nucléaire".

La plus grande centrale solaire urbaine d’Europe inaugurée à Bordeaux en mai 2022

centrale solaire

C'est dans ce contexte qu'a été inaugurée le 12 mai 2022 la nouvelle centrale solaire de Labarde, près de Bordeaux. Avec ses 60 hectares de surface, elle devient la plus grande centrale solaire urbaine d'Europe. Sur un an, son parc photovoltaïque peut produire l'équivalent de la consommation annuelle de 70 000 habitants (hors chauffage).

La centrale de Labarde est composée de pas moins de 135 000 panneaux solaires produits et fabriqués aux Etats-Unis, en Malaisie et au Vietnam, dans une démarche écologiquement responsable avec un bilan carbone minimal.

Les panneaux photovoltaïques sont installés sur un terrain jusqu'alors inutilisé, ce qui permet de limiter l'impact sur l'environnement. D'ailleurs, les panneaux sons recyclés à hauteur de 90 %. Le coût du chantier, quant à lui, s'élève environ à 60 millions d'euros.

Ce nouveau parc solaire est donc à l'image d'un développement des EnR à la fois éthiquement et écologiquement responsable.

Vers une solution hybride entre le renouvelable et le nucléaire ?

La France s'implique concrètement dans le développement des EnR, notamment du solaire et de l'éolien. Pour atteindre la neutralité carbone en 2050, elle semble vouloir s'appuyer sur une alliance entre l'énergie nucléaire et l'énergie renouvelable.

Dans son rapport sur les futurs énergétiques, RTE présente 6 scénarios de mix énergétique allant du 100 % EnR (difficilement réalisable, selon le rapport) au 50 % de nucléaire9.

Pour la France, l'objectif serait donc de "réconcilier" le nucléaire et les énergies renouvelables. Un scénario logique lorsque l'on connaît la spécificité du mix énergétique français.

Des énergies renouvelables de plus en plus rentables

Il est à noter que si l'énergie photovoltaïque connaît un essor sans précédent dans plusieurs pays de l'Union Européenne, c'est en partie parce qu'elle est devenue plus rentable qu'auparavant.

C'est la conclusion qui émane d'un récent travail mené par des chercheurs du CNRS et de la FedPV (Fédération de Recherche PhotoVoltaïque), visant à répondre aux questions soulevées par le développement de l'énergie solaire en France.

Les prix des panneaux photovoltaïques 10 fois plus bas qu’il y a 10 ans

tirelire

"La capacité des installations photovoltaïques dans le monde a été multipliée par 20, le prix des panneaux a été divisé par 10 et leur rendement est passé de 15 % à 20 %", rappellent les chercheurs de cet atelier10.

Le prix des modules photovoltaïques a ainsi fortement baissé au cours des dernières années, pour arriver à 0,2 €/W en moyenne11. Un prix 10 fois plus bas qu'il y a 10 ans, soit une baisse particulièrement significative dont l'impact ne s'est pas fait attendre dans certains pays, et qui laisse présager de belles perspectives pour la France.

En effet, l'énergie solaire devient également plus accessible en France : en 2019, une installation résidentielle posée sur une toiture coûtait environ 2 €/W en France, et 0,7 €/W pour une centrale solaire au sol de taille moyenne12.

En parallèle, le coût de l'électricité solaire photovoltaïque produite atteignait en 2020 environ 0,05 €/kWh, soit le même niveau que celui du nucléaire ou encore de l'éolien terrestre au même moment13.

Les panneaux solaires désormais recyclables à 95 %

Le rapport du CNRS l'affirme :

Jusqu'à 95 % de la masse d'un module peut être valorisée10.

Alors que le recyclage des panneaux solaires demeure l'un des freins au développement du photovoltaïque dans le monde, les chercheurs montrent qu'ils peuvent être valorisés dans leur quasi-intégralité. Tout d'abord, il faut savoir que les modules photovoltaïques et les onduleurs doivent obligatoirement être collectés, puis traités. Ce dispositif de recyclage est géré en France par Soren, un éco-organisme à but non lucratif et qui dispose d'un large réseau sur tout le territoire.

De plus en plus d'entreprises européennes travaillent sur des innovations majeures pour optimiser la valorisation du silicium de haute pureté, l'argent et le cuivre qui composent le module. Des recherches sont actuellement menées pour fabriquer de nouveaux panneaux solaires photovoltaïques avec les éléments d'un dispositif en fin de vie, ou encore pour mettre au point des modules spécifiques plus faciles à recycler.

L’énergie solaire émet aujourd’hui 10 fois moins de CO2 que les énergies fossiles

Contrairement aux idées reçues, la production d'énergie solaire engendre beaucoup moins d'émissions de CO2 que celle de l'énergie fossile (gaz ou charbon) : elle émet 10 fois moins de gaz à effet de serre10. Toutefois, c'est l'énergie nucléaire qui reste la moins émettrice de CO2.

De plus, les chercheurs soulignent que le "temps de retour énergétique" d'une installation solaire photovoltaïque, qui inclut aussi bien la production des modules et de l'installation que le transport, la mise en place et le démantèlement, ne dépasse généralement pas un an en France. Cela correspond à une évolution très favorable pour l'énergie solaire.

Électricité solaire : une électricité renouvelable rentable, mais à quel prix ? La Chine est le principal producteur mondial de panneaux photovoltaïques : elle fournit aujourd'hui 70 % des modules. Or, cette industrie est majoritairement localisée dans une province où la minorité musulmane Ouïghoure est exploitée et opprimée, sans aucun respect des droits de l'homme. Alors, quelle solution adopter ? Le Parlement européen a récemment proposé de sanctionner les entreprises impliquées en toute connaissance de cause et de relocaliser la production et la fabrication des panneaux solaires en Europe, ou, le cas échéant, ailleurs dans le monde. "On ne résoudra pas la crise climatique au mépris des droits les plus élémentaires de la personne humaine", affirme Pierre-Yves Le Borgne, maître de conférence à l'École de droit de Sciences Po paris et ancien député des Français de l'étranger.

Les énergies renouvelables, réponse incontournable aux enjeux climatiques et géopolitiques internationaux

Les énergies renouvelables, outils indispensables pour construire le monde de demain

energies renouvelables

Aujourd'hui, le développement des EnR au niveau européen apparaît plus que jamais comme une nécessité, pour plusieurs raisons :

  • Pour s'affranchir de la dépendance au gaz russe, qui représente 40 % des importations européennes, soit 19 % de la consommation totale de gaz dans l'U.E14 ;
  • Pour atteindre les objectifs de neutralité carbone et ainsi limiter l'avancée du réchauffement climatique.

Les politiques nationales et européennes se retrouvent désormais dans l'obligation de prendre ces paramètres en compte pour renforcer la présence des énergies renouvelables, dont le solaire et l'éolien, dans le mix énergétique de chaque pays.

Pour une souveraineté européenne favorable à l’énergie solaire

C'est dans cette volonté européenne de s'affranchir de la dépendance au gaz russe que les ministres de l'énergie d'Autriche, de Belgique, de Lituanie, du Luxembourg et d'Espagne ont appelé à la création d'une "directive européenne pour le solaire".

Dans une lettre ouverte adressée à la Commission Européenne début mai 2022, ils expliquent que : Chaque panneau photovoltaïque réduire immédiatement et directement notre dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie

Ils posent ainsi l'objectif symbolique d'1 TW de panneaux photovoltaïques installés dans l'Union Européenne d'ici à 203015.

Ces ministres proposent ainsi de déployer un minimum de 70 millions de panneaux solaires sur les toits eurpéens d'ici à 2030, pour générer 1 100 TWh d'électricité.

Instaurer une industrie de fabrication de panneaux solaires photovoltaïques compétitive en Europe permettrait à la fois de ne plus dépendre des dispositifs fabriqués en Chine, mais aussi de créer des millions d'emplois locaux.

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