Le secteur de l’assurance doit-il craindre les géants de la Tech ?

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Bousculée par la crise sanitaire liée au Covid-19, l’assurance doit aussi faire face à de multiples bouleversements engendrés par l’arrivée de nouveaux acteurs sur le marché. L’intérêt grandissant des consommateurs pour une alternative au modèle traditionnel assurantiel pourrait-il finir par les pousser dans les bras de la Big Tech, de plus en plus présente sur ce secteur ?


  • En bref : Ce que la crainte des GAFA dit du marché de l’assurance
  • L’arrivée des GAFA sur le marché assurantiel a accéléré la digitalisation du secteur.
  • De nouveaux acteurs ont pu ainsi émerger, à l’instar des néoassureurs et des assurtechs.
  • Néanmoins, les acteurs de la Big Tech semblent faire peur aux assureurs traditionnels.
  • Faisant l’état des lieux d’un marché en bouleversement, Christophe Dandois, cofondateur et PDG de l'assurtech Leocare, appelle finalement à un « changement de culture » afin que le secteur puisse avancer.
  • Les assureurs traditionnels ont visiblement tout à gagner à abandonner un modèle dépassé, et à collaborer avec les nouveaux arrivants.
  • En raison des services proposés par les géants du Web, les consommateurs sont aujourd’hui habitués à un certain niveau de service, d’efficacité. Ils attendent de leurs assurances des offres qualitatives, flexibles et digitales.
  • La pandémie de Covid-19 semble également les avoir encore davantage amenés à recourir à des offres digitales, dont celles de l'assurance.

Pourquoi les assureurs traditionnels ont-ils si peur des GAFA ?

Les métamorphoses du secteur de l’assurance sont nombreuses ces dernières années, et beaucoup d’entre elles sont évidemment liées à l’innovation technologique. Celle-ci est au cœur des nouveaux modèles des produits, mais aussi des entreprises de l'assurance elles-mêmes. La multiplication des assurtechs sur le marché et leur succès en sont la manifestation principale. Même en pleine crise sanitaire, en dépit des mesures restrictives dues au Covid-19, les jeunes pousses françaises ont, semble-t-il, fait preuve d’une belle résilience en 2020.

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Comment les nouveaux acteurs de l'assurance changent-ils les choses ?

Néanmoins, la digitalisation de l’assurance n’est pas le seul bouleversement qui, peu à peu, vient métamorphoser le secteur. L’arrivée des GAFA, aussi dénommées « Big Tech », sur ce marché a créé des réactions, parfois enthousiastes, parfois pessimistes. Dans un article publié sur La Tribune au mois de mars 2021, Christophe Dandois, cofondateur et PDG de Leocare, a partagé son opinion sur le sujet.

Pourquoi les GAFA font-elles trembler le monde de l’assurance ? Les craintes exprimées par certains de ses acteurs sont-elles justifiées ?

Selon monsieur Dandois, la multiplication des « offensives » des géants du Web – et leur réussite –, ont participé à nourrir les craintes du secteur assurantiel. Il cite ainsi les démarches suivantes : « alliance Amazon-Aviva ; partenariat Google-Swiss Re ; collaboration Apple-Aetna sans oublier Tesla qui communique (largement) sur le lancement de sa propre assurance automobile ».

Selon lui, « en redéfinissant les standards de l'innovation, les GAFA sont devenus les symboles de la performativité, de la conquête et du succès en une petite dizaine d'années ». Pourtant, à ses yeux, l’attitude à adopter face à cette situation ne devrait pas être nourrie par l’inquiétude, mais finalement amener à une remise en question du secteur lui-même.

L’arrivée de Lemonade sur le marché assurantiel français : un tournant ?Avec son offre d’assurance habitation 100 % digitale pour les locataires et les propriétaires et son modèle basé sur l’intelligence artificielle et l’économie comportementale, Lemonade est rapidement devenue l’une des assurtechs les plus connues dans le monde. Après les États-Unis, l’Allemagne et les Pays-Bas, Lemonade a commencé à commercialiser ses produits en France en décembre 2020.

Big Tech et réinvention de modèle assurantiel : un marché face à son avenir

Pour Christophe Dandois, « démystifier les GAFA est une chose. Considérer pour autant qu'il n'y a pas de menace en est une autre ». Autrement dit, il est essentiel de faire preuve de nuance et d’un esprit critique lorsque l’on réfléchit à leur arrivée sur le marché de l'assurance. Selon le chef d’entreprise, les GAFA font face à deux « obstacles majeurs » :

  • le manque de confiance des consommateurs ;
  • les réglementations européenne et française.

Et en effet, ces deux points se valent. En France, bien que les assurés soient encore très fidèles à leur assureur traditionnel et que 78 % d’entre eux disent avoir confiance en leur assureur principal (Deloitte, 2019), les offres proposées par les néoassureurs ont trouvé une oreille attentive. Comme l’écrit Christophe Dandois, « en moins de cinq ans, ils ont importé la culture de l'expérience au sein d'un secteur tancé, à juste titre, pour sa “distance client”. » Grâce à la transparence, les compagnies d’assurance veulent retrouver la confiance de leurs clients, et c’est une chose sur laquelle les nouveaux acteurs misent grandement.

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Comment repenser le modèle assurantiel autrement en 2021 ?

Les consommateurs ont une relation privilégiée avec leurs assureurs. Changer leurs habitudes est compliqué et les a priori sont encore nombreux. La méfiance persiste. Ainsi, motiver leur engagement, c'est comprendre qu'ils attendent plus des compagnies que de la simple vente de produits. Il est nécessaire de leur proposer une véritable expérience client. « Bien que les GAFA aient été les premiers à percevoir le potentiel de la data et de la transformation du secteur, ce sont les néo-assureurs qui ont été en mesure de l'exploiter en imposant un triptyque inédit au sein de l'industrie : personnalisation, transparence et simplicité », indique monsieur Dandois.

Les consommateurs attendent donc un service à la hauteur de leurs besoins, et les néoassurances semblent répondre à cela en adaptant « l'offre assurantielle aux évolutions comportementales » et en reprenant « les fondamentaux technologiques des leaders de la Tech ». Si néoassurances et assurtechs sont encore loin de dominer le marché français, elles ont tout de même réussi à créer des vagues, et celles-ci pourraient bien avoir des conséquences sur le long terme.

Finalement, « investir à corps perdu dans des projets d'innovation ou autres data lab » est assez vain si le modèle assurantiel lui-même ne se réinvente pas afin d’être en accord avec son époque. Créer une véritable évolution de l’assurance demanderait à repenser sa nature même, diversifier ses activités, transformer la perception des clients en les accompagnant réellement et en leur proposant des offres plus flexibles, sans engagement et, évidemment, digitales.

Ajoutons que comme l’arrivée de la Big Tech sur le marché de l'assurance, la pandémie de Covid-19 a elle aussi provoqué l’accélération de la digitalisation du secteur. Les habitudes des consommateurs ont changé drastiquement en raison des mesures restrictives, renforçant le recours aux services en ligne.

Renouveau de l’assurance : un besoin général de collaboration ?Le dernier rapport sur les assurtechs du cabinet Capgemini et de l’Efma atteste de l’intérêt croissant des consommateurs pour un nouveau modèle assurantiel. En mars 2020, ils étaient 44 % à se dire prêts à souscrire une assurance vendue par une entreprise venant de la Big Tech, contre 17 % en 2016. Enfin, 62% des assureurs traditionnels et 63 % des assurtechs affirmaient être disposés à travailler avec les GAFA.

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