Prix de l'électricité : EDF obtient une hausse de rattrapage pour 1 milliard d'euros

Prix électricité

Le gouvernement a publié deux arrêtés pour l'application d'une hausse rétroactive de 30 euros en moyenne sur le prix de l'électricité, applicable pour les 25 millions de clients aux tarifs bleus et aux anciens clients tarifs verts.


Une bonne nouvelle pour EDF, dont les finances sont aujourd’hui sous pression, mais une bien mauvaise nouvelle pour les consommateurs. Le Ministère de l'Energie a publié deux arrêtés fixant une hausse du prix de l'électricité représentant un surcoût moyen de +1,7€ par mois et par ménage sur 18 mois. Cette hausse affectera les clients particuliers et professionnels aux tarifs bleus, et les clients anciennement aux tarifs verts (alimentés en haute tension).

Ces arrêtés font suite à une décision du Conseil d’Etat de juin dernier, en rattrapage sur les tarifs réglementés pratiqués entre le 1er août 2014 et le 31 juillet 2015, jugés trop bas.

Cafouillage entre intérêts politiques et industriels

Pour comprendre l'affaire, il faut remonter deux ans en arrière. Alors que la CRE, le gendarme des marchés de l'énergie, avait recommandé une hausse de 5% au 1er août 2014 afin de couvrir la hausse des coûts d'EDF, la nouvelle ministre de l'Energie, Ségolène Royal, avait décidé de geler la hausse. L'objectif était alors de préserver le pouvoir d’achat des Français, tout en incitant EDF à mieux maîtriser ses dépenses de fonctionnement. En compensation, le gouvernement a décidé de deux hausses plus modérées de 2,5% au 1er novembre 2014 et au 1er août 2015. Derrière ce chiffre de 2,5%, se trouvait l’institution d’une nouvelle méthode de calcul dite par empilement, incluant les prix de l’électricité sur les marchés de gros, lesquels ont sensiblement baissé par rapport au prix de l’énergie nucléaire produite et commercialisée par EDF. 

Ces tarifs « avaient été fixés à un niveau manifestement insuffisant pour assurer le rattrapage des écarts tarifaires passés ».

Le Conseil d'Etat

C’était sans compter sur l’intervention du Conseil d’Etat, qui a statué en juin dernier de l’annulation de la hausse de 2,5%, jugée insuffisante au regard du mur d’investissements devant lequel se trouve le fournisseur historique. Depuis plusieurs années, EDF est engagé dans un plan de « Grand carénage », lequel consiste à moderniser et sécuriser son parc de 58 réacteurs nucléaires pour un montant de 51 milliards d’euros, et planifie la construction des réacteurs EPR de Hinkley Point pour un montant d’environ 17 milliards d’euros.

Face à l’impératif de préserver la puissance industrielle d’un champion national, le Conseil d’Etat a donc jugé nécessaire de contrevenir aux intérêts politiques du gouvernement.

La dernière d’une longue série de hausses de rattrapage

Ce rattrapage tarifaire est le dernier en date d’une longue série. Déjà en juillet 2012, la CRE avait calculé que la loi imposait une hausse du prix du kWh de 5,7%, mais le gouvernement avait demandé à plafonner cette hausse à 2%, conduisant le Conseil d’Etat à imposer un premier rattrapage tarifaire. Plus récemment, au 1er août 2016, le prix de l’électricité au tarif bleu aurait du augmenter de 8%, selon une recommandation de la CRE, mais le gouvernement avait demandé l’échelonnement de cette hausse sur trois ans. Cela avait entraîné, sur la base de la méthode par empilement, une baisse de 0,5%, qui devra elle aussi être compensée dans les années à venir.

Malgré les efforts du gouvernement pour plafonner le prix de l’énergie, il semble que les consommateurs n’aient pas fini de passer à la caisse.

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