Électricité : RTE reçoit le feu vert pour dépenser 100 milliards d’euros, voici le calendrier des travaux

Électricité : RTE reçoit le feu vert pour dépenser 100 milliards d’euros, voici le calendrier des travaux

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La transition vers une économie décarbonée impose une métamorphose titanesque de nos infrastructures, et la facture s'annonce vertigineuse. Hier, la Commission de régulation de l'énergie (CRE) a officiellement validé les grandes orientations du schéma décennal de développement du réseau (SDDR) porté par RTE. Ce plan prospectif dévoile un besoin d'investissement frôlant les 100 milliards d'euros d'ici à 2040, pour éviter l'asphyxie du système électrique français. Entre le remplacement de lignes vieillissantes, le raccordement des parcs éoliens marins et l'adaptation aux canicules, comment financer cette transformation sans faire exploser la facture des consommateurs finaux ?

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Un réseau vieillissant face au mur de l'électrification

Selon le gestionnaire du réseau de transport, RTE, le réseau électrique français, en grande partie construit au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, arrive en fin de vie. Le réseau actuel affiche une moyenne d'âge de 50 ans. Pour soutenir l'électrification massive des usages, qu'il s'agisse de la mobilité, de l'industrie ou de la prolifération des data centers, de simples réparations ne suffiront pas.

Le plan approuvé par le régulateur prévoit ainsi le renouvellement de près de 21.000 kilomètres de lignes existantes, soit environ un quart du réseau national. Cette opération absorbera à elle seule une vingtaine de milliards d'euros. Il s'agit d'une course contre la montre pour garantir la sécurité d'approvisionnement, d'autant plus que les infrastructures doivent désormais intégrer une nouvelle variable imprévisible : le dérèglement climatique.

Les épisodes caniculaires à répétition constituent une menace directe pour les câbles à haute tension. Sous l'effet des fortes chaleurs, les lignes aériennes se dilatent et pendent de plus en plus, se rapprochant ainsi dangereusement du sol. Pour parer à ce risque, RTE va devoir dimensionner ses futurs ouvrages pour résister à des températures atteignant 85°C. Cette adaptation au climat futur engendrera un surcoût d'environ 1,7 milliard d'euros, une dépense jugée indispensable par les autorités pour maintenir la résilience du système.

Le grand retour des pylônes à très haute tension

C'est l'un des points les plus sensibles du dossier, et il promet de vifs débats dans les territoires. Pour acheminer l'électricité depuis les nouveaux centres de production (comme l'éolien en mer ou les futurs réacteurs nucléaires EPR2) vers les bassins de consommation, le renforcement des axes à très haute tension (400 kV) est incontournable. Face à cette nécessité, la tentation d'enfouir les lignes pour préserver les paysages est forte. Cependant, cet enfouissement peut représenter d'énormes surcoûts.

L'enfouissement : un gouffre financier écarté

Selon la CRE, enterrer systématiquement les nouvelles lignes à 400 kV est financièrement insoutenable. La technologie souterraine à ce niveau de tension nécessite de passer au courant continu, faisant bondir la facture de manière vertigineuse. Une ligne aérienne coûte entre 2,5 et 3,9 millions d'euros par kilomètre, contre 20 à 35 millions pour son équivalent souterrain. Un recours à l'enfouissement aurait ajouté entre 40 et 70 milliards d'euros supplémentaires au projet global, une charge que les utilisateurs du réseau ne pourraient pas assumer.

Le régulateur valide donc la stratégie de RTE consistant à privilégier la technologie aérienne pour les grandes artères du réseau. Si le gestionnaire s'engage à utiliser en priorité les couloirs existants pour limiter l'impact visuel, la création de nouvelles lignes en site vierge sera inévitable dans certaines régions. L'enfouissement restera réservé aux lignes de moindre tension (63 à 225 kV), particulièrement en milieu urbain ou dans des zones naturelles ultra-protégées.

L'éolien en mer : la facture salée du raccordement

Un autre pan colossal de ce méga-plan concerne la façade maritime française. L'ambition de déployer massivement l'éolien en mer nécessite de tirer des câbles sous-marins sur des dizaines de kilomètres pour ramener le courant sur le continent. Cette seule mission de raccordement engloutira 37 milliards d'euros d'ici 2039, soit près de 45 % de l'enveloppe totale des investissements prévus.

Face aux tensions mondiales sur la chaîne d'approvisionnement des câbles et des stations de conversion, les coûts de ces opérations ont explosé. Pour garder la maîtrise financière, les autorités préconisent un lissage des raccordements, avec un rythme de croisière fixé à un maximum de deux nouveaux parcs par an après 2030. Cette prudence doit permettre de sécuriser les approvisionnements et de limiter les risques de "coûts échoués", c'est-à-dire des investissements réalisés pour des projets qui finiraient par être abandonnés.

Quel impact réel sur votre facture d'électricité ?

La question centrale demeure celle du financement de ces 100 milliards d'euros. Une partie de ces travaux (notamment le raccordement des usines) sera payée directement par les industriels demandeurs. Cependant, la grande majorité de l'effort reposera sur le Tarif d'Utilisation des Réseaux Publics d'Électricité (TURPE), cette taxe d'acheminement qui représente environ un tiers de la facture finale de chaque abonné.

Une hausse diluée dans le temps

Faut-il craindre une flambée brutale des factures ? Les simulations de la CRE se veulent rassurantes. Les investissements dans le réseau sont amortis sur de très longues durées (souvent 40 ans). De plus, l'augmentation prévue de la consommation électrique globale permettra de répartir ces coûts sur un plus grand nombre de kilowattheures vendus.

Pour un client résidentiel classique raccordé au réseau de distribution (Enedis), l'effet conjugué des investissements de RTE et d'Enedis devrait se traduire par une hausse du tarif d'acheminement de l'ordre de 1 % par an (hors inflation) jusqu'en 2040. Sur la facture totale TTC, cela représente une augmentation modérée comprise entre +0,3 % et +0,4 % par an. 

Si le mur d'investissement est impressionnant à l'échelle macroéconomique, l'impact direct sur le budget des ménages s'annonce donc lissé et progressif, à condition que les prévisions de croissance de la consommation se réalisent.

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