« Il n'y a plus de nucléaire ! » : les audios terrifiants de la salle de contrôle du black-out espagnol

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Près d'un an après le black-out historique qui a terrassé la péninsule ibérique le 28 avril 2025, plongeant des dizaines de millions de personnes dans le noir, des révélations fracassantes viennent d'éclater devant le Sénat espagnol. Les retranscriptions d'appels téléphoniques d'urgence, passés au cœur du centre de contrôle de Red Eléctrica (le gestionnaire du réseau national), dévoilent la panique totale des opérateurs face à un système devenu incontrôlable. Pire encore, ces enregistrements contredisent la prudence des rapports officiels en désignant clairement les coupables de l'effondrement : l'instabilité chronique de l'énergie solaire et l'absence cruciale des centrales nucléaires.
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« On se déconnecte ! Tout a sauté... » : le blackout vécu de l'intérieur
L'horloge affiche 12h32 ce fatidique 28 avril 2025. Dans la salle de contrôle de Red Eléctrica (REE), l'équivalent espagnol de RTE, la tension est à son comble. Les documents consultés par le quotidien El Español retranscrivent l'appel de détresse d'un technicien du réseau vers la sous-station de Cañaveral : « Putain, putain, putain... ça part en vrille, ça part en vrille ! On est en train de se déconnecter. »
La réponse de l'opérateur local tombe comme un couperet : « On a tout perdu. » Le système électrique espagnol vient de s'effondrer en quelques secondes, entraînant le Portugal dans sa chute. Mais cette fin dramatique n'était que le point d'orgue d'une matinée cauchemardesque.
Les bandes audio révèlent que les techniciens luttaient contre des anomalies depuis des heures. Dès 11h31, des opérateurs régionaux alertaient REE sur « beaucoup d'oscillations de tension ». La réponse du porte-parole du réseau est édifiante de lucidité : « Toute la zone est très affectée par le problème du solaire [...] La tension monte et descend, tu sais ? C'est à cause du solaire. »
Le diagnostic désespéré de 12h13
L'enregistrement le plus accablant intervient à 12h13, quelques minutes avant le black-out total. Face à l'aggravation de la situation, le représentant de Red Eléctrica livre l'analyse technique du désastre en cours :
« Il y a des oscillations dans tout le système. [...] Des variations très importantes du photovoltaïque à cause des prix, des échanges... Et peu de groupes avec de l'inertie [les grandes centrales classiques] sur le réseau... C'est foutu. »
Le procès du mix énergétique espagnol : trop de solaire, pas assez de nucléaire
Les révélations du quotidien El Debate enfoncent le clou en prouvant que le black-out n'était pas un accident isolé, mais l'aboutissement d'une crise systémique larvée. Des enregistrements datant de plusieurs jours avant la panne totale prouvent que le réseau souffrait déjà le martyre.
Dès le 16 avril, un opérateur signalait des « pics de tension qui nous obligent à réguler dans toutes les sous-stations ». L'explication des techniciens de REE est très explicite : « C'est parce qu'il n'y a presque plus de nucléaire dans le système... Ce n'est pas un événement ponctuel. »
Le contexte de ce mois d'avril 2025 éclaire ce diagnostic. Poussés par une météo printanière et une surproduction solaire faisant chuter les prix de gros à zéro, trois réacteurs nucléaires espagnols étaient déconnectés du réseau (Trillo, Almaraz I et Cofrentes).
En perdant ces trois réacteurs, le réseau espagnol a perdu son "inertie", c'est-à-dire sa force d'amortissement physique. Face aux sautes d'humeur imprévisibles de la production photovoltaïque, le réseau, devenu trop léger et trop nerveux, s'est disloqué de l'intérieur, malgré les alertes désespérées de la centrale nucléaire d'Almaraz qui prévenait à 12h26 que ses propres sécurités allaient disjoncter face à la folie des oscillations.

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Le gouvernement espagnol dans le déni ?
La fuite de ces enregistrements devant la commission d'enquête sénatoriale jette un froid glacial sur la classe politique ibérique.
Jusqu'à présent, les rapports officiels se perdaient dans un jargon diplomatique prudent. Ils évoquaient un flou technique, pointant une éventuelle erreur de programmation logicielle de Red Eléctrica ou un défaut de réponse des producteurs, sans jamais remettre en cause l'équilibre du mix énergétique national.
Auditionnée au Sénat, la ministre de la Transition Écologique, Sara Aagesen, a d'ailleurs balayé ces audios accablants d'un revers de main. « Je crois qu'il est beaucoup plus rigoureux de se fier aux trois rapports officiels [...] qu'à des conversations ponctuelles », a-t-elle déclaré, préférant vanter l'intégration de 10 gigawatts d'énergies renouvelables supplémentaires sur le réseau espagnol depuis un an pour faire baisser la facture des ménages.
Une posture politique qui risque de coûter cher. Comme le soulignent les médias espagnols, cette fragilité du réseau, compensée depuis le black-out par un "mode d'urgence" permanent activé par Red Eléctrica (qui fait tourner des centrales à gaz coûteuses pour sécuriser la ligne), a déjà généré plus d'un milliard d'euros de surcoûts facturés en toute discrétion sur la facture d'électricité des consommateurs espagnols.
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