Le marché mondial du gaz, en quelques chiffres

La planète consomme environ 4 000 milliards de mètres cubes (Bcm) de gaz naturel par an. Trois pays se détachent largement : les États-Unis (~25 % de la production mondiale), la Russie (~17 %) et l'Iran (~6 %). Mais produire ne signifie pas exporter : les USA et l'Iran consomment l'essentiel de leur production, ce sont donc le Qatar, la Russie et la Norvège qui dominent traditionnellement les marchés d'exportation.

À retenir

Les classements producteurs, exportateurs et réserves prouvées sont trois choses différentes. La Russie est le deuxième producteur mais le premier détenteur de réserves prouvées (~20 %). Les USA produisent le plus mais ne dominent les exportations que depuis 2023 grâce au GNL. Le Qatar est petit en réserves comparé à la Russie mais joue dans la cour des grands grâce au champ géant North Field partagé avec l'Iran.

Top 10 des pays producteurs de gaz naturel dans le monde

Classement des dix premiers producteurs mondiaux de gaz naturel, exprimé en milliards de mètres cubes (Bcm) par an. Les ordres de grandeur s'appuient sur la BP Statistical Review et les bilans annuels de l'AIE.

Top 10 des pays producteurs de gaz naturel dans le monde, en milliards de mètres cubes par an
Rang Pays Production annuelle Part mondiale
1 États-Unis ~1 000 Bcm ~25 %
2 Russie ~700 Bcm ~17 %
3 Iran ~260 Bcm ~6 %
4 Chine ~230 Bcm ~6 %
5 Canada ~190 Bcm ~5 %
6 Qatar ~180 Bcm ~4 %
7 Australie ~145 Bcm ~4 %
8 Norvège ~125 Bcm ~3 %
9 Arabie Saoudite ~120 Bcm ~3 %
10 Algérie ~100 Bcm ~2 %

Sources : BP Statistical Review of World Energy, Agence Internationale de l'Énergie (AIE). Les chiffres sont arrondis et donnent un ordre de grandeur stable d'une année sur l'autre.

Le top 3 (USA, Russie, Iran) représente à lui seul près de 50 % de la production mondiale. Les USA doivent leur première place au gaz de schiste, dont l'exploitation a explosé depuis le milieu des années 2000 grâce à la fracturation hydraulique, technique interdite en France.

Top 10 des pays exportateurs de gaz naturel

Le classement des exportateurs ne suit pas celui des producteurs : certains pays consomment l'essentiel de leur production interne, d'autres exportent une part majeure de ce qu'ils extraient. Ci-dessous, les principaux exportateurs nets de gaz (gazoduc et GNL confondus), avec leur logistique dominante.

Top 10 des pays exportateurs de gaz naturel dans le monde
Rang Pays Mode dominant Marchés cibles
1 États-Unis GNL Europe, Asie
2 Qatar GNL Asie, Europe
3 Russie Gazoduc + GNL Chine, Turquie, Europe résiduelle
4 Australie GNL Asie (Japon, Chine, Corée du Sud)
5 Norvège Gazoduc Europe (premier fournisseur de l'UE)
6 Canada Gazoduc États-Unis
7 Algérie Gazoduc + GNL Europe du Sud (Italie, Espagne, France)
8 Turkménistan Gazoduc Chine
9 Nigeria GNL Europe, Asie
10 Pays-Bas Gazoduc Europe (Allemagne, Belgique, France)

Sources : AIE, BP Statistical Review, Connaissance des Énergies. Le classement varie d'une année à l'autre selon les contrats spot et le prix du GNL.

Le tournant des exportations américaines

En une décennie, les États-Unis sont passés d'importateur net de gaz à premier exportateur mondial. La bascule s'est faite grâce au gaz de schiste (qui a saturé le marché intérieur) et à la mise en service de plusieurs terminaux de liquéfaction (Sabine Pass, Corpus Christi, Calcasieu Pass…). Depuis 2022 et la guerre en Ukraine, le GNL américain a largement remplacé le gaz russe en Europe — y compris en France, où les USA sont devenus le premier fournisseur en 2023 selon GRTgaz.

La France produit-elle du gaz naturel ?

La réponse courte : non, ou presque plus. La France a connu une vraie production gazière nationale au XXe siècle, principalement via deux gisements emblématiques du sud-ouest, mais l'épuisement de Lacq en 2013 a mis fin à l'histoire industrielle du gaz français.

Lacq et Saint-Marcet, les deux pages d'histoire du gaz français

Le gisement de Saint-Marcet en Haute-Garonne, découvert en 1939, a été le tout premier gisement français de gaz naturel exploité à l'échelle industrielle. Mais c'est surtout le gisement de Lacq, dans les Pyrénées-Atlantiques, qui a fait l'histoire du gaz en France. Exploité de 1957 à 2013, Lacq a couvert jusqu'à un tiers de la consommation nationale dans les années 1970. Sa particularité : un gaz très acide, riche en hydrogène sulfuré (H2S), qui a imposé le développement de procédés industriels spécifiques de désulfuration, encore exploités aujourd'hui sur le bassin reconverti en pôle de chimie fine.

Aujourd'hui, la France importe la quasi-totalité de son gaz

La production résiduelle française est quasi nulle. Selon les bilans annuels de GRTgaz, plus de 98 % du gaz consommé en France est importé. Les principaux fournisseurs en 2024-2025 sont :

  • Les États-Unis (GNL), devenus premier fournisseur en 2023 ;
  • La Norvège (gazoduc), partenaire historique ;
  • l'Algérie (gazoduc Medgaz + GNL), partenaire historique ;
  • la Russie (GNL résiduel), en très forte baisse depuis 2022 ;
  • Les Pays-Bas, en déclin depuis la fermeture programmée de Groningue.

Et le gaz de schiste français ?

La France disposerait du deuxième potentiel européen en gaz de schiste (après la Pologne), notamment dans le bassin du sud-est. Mais son exploitation par fracturation hydraulique est interdite depuis la loi Jacob de 2011, en raison des risques de pollution des nappes phréatiques et de microséismes. La France produit en revanche de plus en plus de biométhane (gaz vert) par méthanisation, qui couvre déjà plusieurs pour cent de la consommation et monte en puissance chaque année.

Comment extrait-on le gaz naturel ?

Tous les gaz naturels ne se ressemblent pas. Selon la nature du gisement et la composition du gaz, trois grandes familles de techniques d'extraction coexistent — et c'est ce qui explique pourquoi les classements producteurs varient autant selon les ressources géologiques de chaque pays.

Méthode historique

Gaz conventionnel

Forage classique d'une roche réservoir poreuse où le gaz s'est accumulé naturellement. C'est la technique utilisée pour la majorité des gisements de Russie, de Norvège, du Qatar et d'Algérie. Faible empreinte au sol, durée d'exploitation longue (15 à 50 ans selon la taille du gisement).

Méthode non conventionnelle

Gaz de schiste

Extraction par fracturation hydraulique dans la roche mère elle-même : injection d'eau, de sable et d'additifs sous très haute pression. C'est la révolution qui a propulsé les USA n°1 mondial. Interdite en France et dans plusieurs pays européens en raison de l'impact sur les nappes phréatiques et des microséismes.

Cas particulier

Gaz acide (sour gas)

Gaz naturel riche en composés soufrés (H2S, CO2) qui nécessite une étape de désulfuration coûteuse avant transport. Le gisement français de Lacq était un cas emblématique. Aujourd'hui exploités au Canada, en Arabie Saoudite et au Kazakhstan, ces gisements offrent souvent des co-produits valorisables (soufre, hélium).

Quelle que soit la méthode, le gaz extrait n'est jamais immédiatement utilisable : il doit être déshydraté, désulfuré et fractionné pour séparer le méthane (le gaz vendu au consommateur final) de ses co-produits — butane, propane, CO2, hélium. Le détail des étapes industrielles est documenté dans notre guide qu'est-ce que le gaz naturel.

Top 10 des pays disposant des plus grandes réserves de gaz

Les réserves prouvées sont les volumes de gaz qu'un pays peut techniquement exploiter de façon économiquement rentable au prix actuel. Elles évoluent avec le prix du gaz, les progrès techniques et les nouveaux forages. Un pays grand producteur n'est pas forcément le mieux doté en réserves — et inversement.

Top 10 des pays disposant des plus grandes réserves prouvées de gaz naturel
Rang Pays Part des réserves mondiales
1 Russie ~20 %
2 Iran ~17 %
3 Qatar ~13 %
4 Turkménistan ~7 %
5 États-Unis ~6 %
6 Arabie Saoudite ~3 %
7 Émirats arabes unis ~3 %
8 Venezuela ~3 %
9 Nigeria ~3 %
10 Algérie ~2 %

Sources : BP Statistical Review of World Energy, Agence Internationale de l'Énergie. Les trois premiers (Russie, Iran, Qatar) cumulent à eux seuls plus de 50 % des réserves mondiales prouvées.

À noter que les États-Unis ont gagné plusieurs places en une décennie grâce à la reconnaissance des ressources de gaz de schiste comme réserves prouvées. À l'inverse, le Venezuela dispose d'importantes ressources théoriques mais une part faible est aujourd'hui « prouvée » faute d'investissements suffisants.

Et en Europe ? La domination norvégienne

L'Europe est largement dépendante des importations pour son approvisionnement en gaz naturel. L'Union européenne importe plus de 80 % du gaz qu'elle consomme — un chiffre qui a même grimpé après l'arrêt programmé du gisement géant de Groningue aux Pays-Bas et la fin des contrats russes longue durée.

La Norvège, leader européen hors UE

Avec environ 125 Bcm produits par an, la Norvège est de loin le premier producteur européen, et même le premier fournisseur de gaz de l'Union européenne — sans en être membre. Sa production provient quasi exclusivement de gisements offshore en mer du Nord et en mer de Barents (Troll, Ormen Lange, Aasta Hansteen…), connectés à l'Europe continentale par un réseau dense de gazoducs sous-marins.

Les autres producteurs européens

À l'intérieur de l'Union européenne, les producteurs résiduels sont en déclin :

  • Les Pays-Bas, historiquement deuxième producteur européen grâce au gisement de Groningue, exploité depuis 1959 et fermé en 2024 en raison des microséismes ;
  • Le Royaume-Uni, qui exploite encore quelques gisements en mer du Nord, en déclin ;
  • La Roumanie, premier producteur de gaz de l'UE depuis la fermeture de Groningue, grâce aux gisements terrestres et au projet offshore Neptun Deep en mer Noire ;
  • La Pologne, l'Allemagne et l'Italie, à un niveau marginal.

Le pivot vers le GNL

Pour réduire sa dépendance au gaz russe acheminé par gazoduc, l'Europe a massivement investi depuis 2022 dans des terminaux méthaniers (regazéification du GNL) le long de ses côtes. La France a, par exemple, mis en service un terminal flottant au Havre en 2023. Cette flexibilité permet d'acheter le gaz aux États-Unis, au Qatar ou en Australie selon les prix spot, sans dépendre d'un gazoduc bilatéral.

Comparer les offres de gaz naturel

Si les classements producteurs et exportateurs sont relativement stables, le prix du gaz facturé au consommateur final, lui, dépend des marchés spot, du fournisseur, du type d'offre (fixe, indexée, à prix repère) et de votre profil de consommation. Tous les contrats résidentiels sont sans engagement : changer prend cinq minutes et le nouveau fournisseur résilie l'ancien à votre place, sans coupure.

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Questions fréquentes sur la production de gaz naturel

Quel est le plus gros producteur de gaz naturel au monde ?

Les États-Unis sont, depuis 2011, le premier producteur mondial de gaz naturel, avec environ 1 000 Bcm (milliards de mètres cubes) produits chaque année, soit près d'un quart de la production mondiale. Cette position s'explique par l'essor du gaz de schiste, extrait par fracturation hydraulique principalement dans les bassins du Permien (Texas), des Appalaches (Marcellus, Utica) et de Haynesville (Louisiane). La Russie arrive en deuxième position avec environ 700 Bcm, suivie de l'Iran (~260 Bcm) qui exploite notamment le champ géant de South Pars en mer du Golfe.

Quels sont les principaux pays exportateurs de gaz dans le monde ?

Le classement des exportateurs est différent de celui des producteurs, car certains pays consomment massivement leur production interne. Au niveau mondial, les premiers exportateurs nets de gaz naturel (gazoduc + GNL combinés) sont les États-Unis, le Qatar, la Russie, l'Australie et la Norvège. Les États-Unis ont basculé d'importateur net à premier exportateur mondial en une décennie grâce au GNL. Le Qatar reste le leader historique du GNL avec le champ géant North Field, partagé avec l'Iran (South Pars).

Quels pays détiennent les plus grandes réserves de gaz naturel ?

Les réserves prouvées de gaz naturel sont concentrées sur trois pays qui pèsent plus de la moitié du total mondial : la Russie (environ 20 % des réserves mondiales), l'Iran (17 %) et le Qatar (13 %). Viennent ensuite le Turkménistan, les États-Unis, l'Arabie Saoudite, les Émirats arabes unis, le Venezuela, le Nigeria et l'Algérie. Une réserve est dite « prouvée » quand elle peut être exploitée de façon économiquement rentable avec les technologies et conditions de marché actuelles. Sources : BP Statistical Review et AIE.

La France produit-elle du gaz naturel ?

Non, ou presque plus. La France a exploité de 1957 à 2013 le gisement de Lacq dans le sud-ouest, qui a couvert jusqu'à un tiers de la consommation nationale dans les années 1970. Le gisement de Saint-Marcet (Haute-Garonne) a été le tout premier gisement français, exploité dès 1939. Aujourd'hui, la production résiduelle française est quasi nulle, et la France importe la quasi-totalité de son gaz : Norvège, Algérie, États-Unis (GNL) et Russie (en forte baisse depuis 2022) sont les principaux fournisseurs. L'exploitation du gaz de schiste est interdite depuis la loi Jacob de 2011.

Quelle différence entre gaz conventionnel et gaz de schiste ?

Le gaz conventionnel est extrait par simple forage d'une roche réservoir poreuse, dans laquelle il s'est accumulé naturellement après migration depuis sa roche mère. C'est la méthode historique, utilisée pour la majorité des gisements de la Russie, de la Norvège ou du Qatar. Le gaz de schiste (shale gas) reste piégé dans la roche mère et nécessite la fracturation hydraulique : on injecte de l'eau, du sable et des additifs sous très haute pression pour fissurer la roche et libérer le gaz. Cette technique a permis aux États-Unis de devenir premier producteur mondial mais soulève des risques environnementaux (consommation d'eau, pollution des nappes, microséismes) — raison pour laquelle elle est interdite en France.

Combien d'années de gaz reste-t-il dans le monde ?

D'après les estimations de l'Agence Internationale de l'Énergie (AIE), les réserves prouvées de gaz naturel représentent environ 60 ans de consommation au rythme actuel (~4 000 Bcm/an). Si l'on intègre les ressources techniquement récupérables incluant les gaz non conventionnels (gaz de schiste, gaz de réservoir compact, gaz de houille), TotalEnergies évoque plutôt 100 ans d'exploitation potentielle. Ces chiffres restent indicatifs : ils dépendent du rythme de consommation, du prix du gaz qui détermine la rentabilité de nouveaux gisements, et des contraintes climatiques imposées par la transition énergétique.