Production d'électricité : que coûte réellement le nucléaire ?

Le débat sur le coût du nucléaire en France ressurgit alors que les citoyens sont invités à prendre part à la consultation publique sur le la programmation pluriannuelle de l'énergie.

« Tout le monde est d’accord pour réduire la part du nucléaire dans la production d’électricité à 50% » a fait savoir Nicolas Hulot alors que s'est ouverte en France une consultation publique concernant la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) pour la période 2019-2023, début juin. Pourtant, certains acteurs ne souhaitent pas abandonner ce type d'énergie, affirmant que la production nucléaire d'électricité reste peu coûteuse.

Le nucléaire : une énergie bon marché à première vue

Si l'on en croit EDF, le nucléaire reste une énergie peu chère en matière de production d'électricité. Selon Dominique Minière, directeur du parc nucléaire et thermique d'EDF : « L'exploitation du parc permet d'obtenir des coûts de l'ordre de 32 euros par mégawattheure (MWh), inférieurs aux prix du marché et de très loin inférieurs à tous les coûts de moyens neufs, quels qu'ils soient, qui viendraient s'y substituer ». Ses propos sont corroborés par Patrick Criqui, directeur de recherches au CNRS. Pour lui, aujourd'hui le nucléaire est« très bon marché parce que les investissements sont complètement amortis et les estimations vont de 30 à 40 euros par MWh ».

Des coûts difficiles à estimer pour l'avenir

Pourtant, en prenant du recul, on s'aperçoit que ces chiffres correspondent seulement à un instant T et que le coût de l'atome dans l'avenir est difficile à estimer. Si les infrastructures sont effectivement amorties, les coûts du démantèlement des centrales et de l'enfouissement des déchets nucléaires demeurent pour le moment inconnus, même à la tête de l'Etat. « Personne ne connaît le coût complet du nucléaire. » exposait Emmanuel Macron l'an dernier.

D'autres acteurs contestent également les chiffres annoncés par le fournisseur historique d'électricité. C'est le cas de l'ONG Greenpeace, qui affirme en effet que l'énergéticien ne prend pas en compte les « charges futures et investissements d'avenir ». 

Les chantiers nucléaires en cours seront-ils rentables ?

Et la question est de plus en plus importante au vu des chantiers nucléaires à venir. Le coût du futur EPR de Flamanville a atteint les 10,5 milliards d'euros alors que le projet était initialement estimé à 3,3 milliards d’euros. Si l'on en croit Greenpeace, cette centrale produira une électricité au coût élevé : « entre 115 et 150 euros du MWh ».Pour Jean-Bernard Lévy, PDG d'EDF, ces chiffres sont surestimés, évaluant pour sa part « un coût situé entre 60 et 70 euros le mégawattheure », à condition que ce réacteur test soit construit à plus grande échelle. Patrick Criqui, lui, juge ces données « optimistes ». « Il est assez clair qu'il y a des très fortes incertitudes : ça peut aller jusqu'à 90 euros du MWh » tranche cet expert. Impossible une nouvelle fois d'estimer les coûts est puisque le réacteur n'est pas terminé et que la facture pourrait grimper à nouveau suite aux retards envisagés.

Par ailleurs, se pose le problème de la rénovation du parc nucléaire français. EDF pour assurer la maintenance et la modernisation de ses centrales annonce vouloir débloquer 55 milliards d'euros sur la période 2014-2025, à l'heure où l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) doit trancher en faveur ou non de la prolongation des réacteurs d'EDF de plus de 40 ans. Pour la Cour des Comptes, cette somme est loin d'être suffisante. En effet, les magistrats de la rue Cambon pensent qu'elle pourrait atteindre 100 milliards d’euros sur la période 2014 à 2030.

Les énergies renouvelables sont-elles moins coûteuses ? 

L'énergie solaire et les éoliennes sont de plus en plus rentables et permettent aux fournisseurs d'électricité de proposer aux consommateurs des offres vertes à des tarifs compétitifs. En janvier 2017, dans un rapport, l'Ademe (Agence de l'envrionnement et de maîtrise de l'énergie), annonçait que le coût de la production d'électricité par des éoliennes toilées était estimé entre 50 et 94 €/MWh . En outre, suite au quatrième appel d'offres photovoltaïque lancé en mars 2017 par la Commission de régulation de l'énergie (CRE), le solaire s'est illustré proposant un tarif autour de 62,50€/MWh.

Toutefois, il convient de rester prudent face à ces chiffres. Car pour connaître le coût réel de ce type de production, il faudra comme pour le nucléaire, prendre en compte le prix des investissements futurs en matières d'énergies renouvelables.

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