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Maintenance des centrales nucléaires : combien va coûter le "grand carénage" ?

Dans leur rapport annuel rendu public hier, les magistrats de la rue Cambon louent la remise à niveau de la politique de maintenance mise en oeuvre par EDF mais soulignent la nécessité de recourir à d’importants investissements pour prolonger les installations. Programme de "grand carénage", fragilisation de la filière nucléaire, besoin en recrutement... De nombreuses incertitudes pèsent sur le premier producteur d'électricité au monde. Zoom sur les coûts potentiels liés à la maintenance des centrales nucléaires françaises. 

Une amélioration des indicateurs de performance

Pour la Cour des Comptes, l’énergéticien français a réussi à relever un défi de taille : la remise à niveau de la politique de maintenance des centrales nucléaires. Cette dernière aurait permis de répondre aux besoins de la consommation électrique tout en exploitant le parc nucléaire conformément aux exigences de sûreté.

La qualité de la maintenance d’une centrale nucléaire s’apprécie à partir des indicateurs de référence mesurant la capacité de cette dernière à produire de l’électricité dans les conditions de sûreté réglementaires et des coûts maîtrisés.

Pour les sages, l’effort d’EDF en matière d’investissements depuis 2007 ne serait pas pour rien dans l’amélioration des indicateurs de performance. Des investissements qui ont porté leurs fruits puisque la capacité technique des réacteurs à produire de l’électricité se redresse après une période de dégradation. Entre 2006 et 2011, la filière nucléaire avait affiché de mauvaises performances affectant la production et le résultat d’EDF.

Autre bon point : la sûreté nucléaire. Pour vérifier la qualité de la sûreté du parc nucléaire d’EDF, la Cour des Comptes s'est appuyée sur les éléments fournis par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et, au niveau national, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). À cet égard, les sages s'interrogent sur l'impact potentiel d'une évolution des normes imposées par l'ASN sur la marge pour « aléas » prévue par EDF.

Quant au coût de maintenance et d’exploitation des centrales, la Cour des Comptes a observé de meilleurs résultats pour le parc français en comparaison aux centrales nucléaires américaines sur la période 2003 à 2012. Le parc des 58 réacteurs nucléaires d’EDF a produit 77 % de l’électricité en France en 2014. Le secteur nucléaire représente environ 220 000 emplois directs et indirects et un chiffre d’affaires total de 46 milliards d’euros.

Tout savoir sur l'énergie nucléaire en France et dans le monde.

Un programme de « grand carénage » incertain

Mais pour les sages, les efforts sont à poursuivre. Ils ont placé dans leur collimateur le programme de « grand carénage ». Lancé en 2011 par le fournisseur historique, celui-ci vise à répondre aux nouvelles normes de sûreté après la catastrophe de Fukushima et à prolonger la durée de vie des 58 réacteurs en fonctionnement de quarante à soixante ans.

Ce chantier gigantesque a été estimé à 55 milliards d’euros par l’électricien pour la période 2014-2025 – somme jugée incohérente par la Cour des Comptes. Selon elle, la réalisation de ce programme pourrait atteindre 100 milliards d’euros (75 milliards d’investissements et 25 milliards d’exploitation) et s’étendre sur une période plus longue, de 2014 à 2030. En cause ? Les investissements de maintenance lourde et de rénovation du parc nucléaire ainsi que les besoins en recrutement. Les sages considèrent toutefois que les investissements relatifs au programme de « grand carénage » n’auront pas d’incidences sur le coût de l’électricité par rapport à 2016.

Un programme global de près de 100 Md€, d’ici à 2030, est nécessaire pour maintenir le parc actuel en état de répondre à la consommation électrique et aux normes de sûreté nucléaire, durcies après la catastrophe de Fukushima.

Rapport public annuel de la Cour des Comptes - 2016

Pour les magistrats de la rue Cambon, le recrutement de 110 000 agents d’ici à 2020 est indispensable pour mener à bien les projets industriels d’EDF, à la fois en emplois directs et indirects. 70 000 recrutements de niveau Bac professionnel à Bac + 3 devraient avoir lieu alors que les entreprises de la filière font face à une pénurie de main d’œuvre – notamment pour la tuyauterie-soudage, la robinetterie ou les bureaux d’étude.

La loi relative à la transition énergétique en ligne de mire

Un autre obstacle pourrait venir bouleverser l’équilibre financier d’EDF : la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte. Les sages regrettent qu’aucune évaluation chiffrée n’ait été réalisée – ni par l’État, ni par EDF – quant aux conséquences économiques et financières de cette loi.

Selon la Cour des Comptes, l’objectif de réduction de 50% de la part du nucléaire sur la production électrique globale à l’horizon 2025 pourrait conduire à la réduction d’environ un tiers de la production nucléaire, soit l’équivalent de 17 à 20 réacteurs. En outre, les magistrats de la rue Cambon estiment la perte de revenus annuels à 5,7 milliards d’euros, la baisse des charges d’exploitation à 3,9 milliards d’euros et celle des investissements de maintenance à 1,5 milliard. Les emplois pourraient également être menacés.

La mise en œuvre de la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte est susceptible de remettre en cause les investissements envisagés et d'obliger l'entreprise à fermer un tiers de ses réacteurs, avec des conséquences importantes en termes d'emplois, sans écarter l'éventualité d'une indemnisation prise en charge par l'État.

Rapport public annuel de la Cour des Comptes - 2016

Aussi la Cour des Comptes préconise-t-elle une évaluation dans le cadre de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) qui, prévue en avril ou mai 2016, doit fixer les trajectoires des différentes énergies. Dans sa réponse écrite, la ministre de l’Energie, Ségolène Royal, a affirmé qu’elle intégrera « un jeu d’hypothèses » qui aboutiront à différents scénarios « contrastés ». Une réponse un brin évasive...

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