Dossier médical partagé : sa démocratisation est-elle enfin effective ?

Le Dossier médical partagé est un projet de longue haleine, qui aura connu plus de bas que de hauts au cours des 15 dernières années. Destiné à centraliser les informations de santé des patients et à améliorer les services qui y sont liés, le DMP a fait un retour sur le devant de la scène fin 2018, et fait beaucoup parler de lui ces dernières semaines. Un point s’impose.

Dossier médical partagé : beaucoup d’argent dépensé et peu d’effets

La transition numérique et la dématérialisation au cœur des services français semblent souvent laborieuses, tout particulièrement dans le domaine de la santé. Il y a 15 ans, en 2004, le carnet de santé numérique était lancé. Sa mise en place concrète dans le suivi des patients n’a été effective qu’en 2011, mais sa démocratisation ne fut pas une simple affaire.

Ce n’est finalement qu’en 2019 que les Dossiers médicaux partagés – ou DMP – tendent à véritablement se populariser auprès des Françaises et des Français.

Cela dit, la lenteur du procédé n’est sans doute pas liée à la mauvaise volonté des citoyens. En effet, depuis sa création, le DMP a fait l’objet de critiques, et pour cause. Problèmes de compatibilité des logiciels, bugs, dysfonctionnements divers, lenteurs… Les obstacles s’accumulaient. En 2014, avec seulement 400 000 dossiers ouverts – bien moins que ce qui était anticipé alors, le projet semblait échouer. Et surtout, selon un document confidentiel, cet échec aurait coûté très cher au contribuable, avec 500 millions d’euros déboursés en 10 ans avec un résultat incertain. En 2016, l’Assurance maladie prenait le relais dans la gestion et durant deux ans, les régions françaises ont pu expérimenter pour améliorer le DMP.

En novembre 2018, pourtant, les choses ont semblé s’activer, et différentes régions ont réussi à accélérer le processus de démocratisation. Ce n’est véritablement qu’il y a quelques mois que le DMP est devenu accessible à tout le monde. La ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn l'a remis en avant, a annoncé sa généralisation, et des campagnes ont été lancées pour sensibiliser le grand public sur le sujet. En décembre 2018, certains assurés ont notamment vu arriver dans leur boîte mail des identifiants afin de souscrire au DMP. Un angle d’attaque frontal, mais visiblement efficace.

Cela explique donc qu’en ce début d’année 2019, l’on constate d’un regain d’intérêt – tardif – et un taux d’inscription en augmentation.

Le Dossier médical partagé, qu’est-ce que c’est ?Il s’agit tout simplement d’un carnet de santé numérique ayant pour but de centraliser et faciliter le suivi des patients. C'est un projet de dématérialisation, un suivi augmenté qui donne accès à toutes les informations liées à la santé du patient en un rien de temps, et accessible par le médecin traitant comme par le personnel hospitalier, ainsi que par le patient, évidemment. Enfin, le DMP peut être ouvert par le patient lui-même, ou par un membre du personnel de santé habilité.

Dossier médical partagé : 15 ans après, on en est où ?

On apprenait donc, vendredi 1er février 2019, que le nombre de DMP allait désormais au-delà des quatre millions en France, avec un gros taux de souscription fin 2018.

Selon les chiffres officiels, quelque 840 000 personnes ont effectué le processus d’inscription au DMP elles-mêmes alors que 29 % des dossiers ont été créés sous l’impulsion des pharmacies et des caisses primaires d’assurance maladie, alors que 21 % de celles-ci étaient attribuées aux médecins de ville et aux établissements de santé.

Le grand point de questionnement autour de la démocratisation du DMP est celle-ci : tous les acteurs de la santé sont-ils prêts à cette transition ? Car pour un suivi numérique digital efficace des patients, il faut que chacun contribue à alimenter les Dossiers médicaux partagés. Sans cela, les dépenses publiques allant dans ce sens aboutiront une nouvelle fois à peu de choses. La communication, l’information et l’initiation doivent donc se jouer à tous les niveaux, et pas seulement auprès des patients.

Enfin, l’éducation au numérique est aussi clé – sur laquelle la France et ses services ont encore beaucoup de retard. De même, la sécurisation des données des patients sera inévitablement au cœur des discussions. On se souvient notamment du cas de la vidéo informative sur le prélèvement à la source publiée par la Direction générale des finances publiques – ou DGFIP, et dont le visionnage était obligatoire. L'administration publique avait choisi YouTube pour héberger son contenu. Au passage Google, qui détient YouTube, a donc pu récupérer les données de milliers d’internautes. Il faut donc espérer que le gouvernement sera plus vigilant quant aux informations relatives à la santé, et que le nécessaire sera fait pour protéger chaque personne.

Dossier médical partagé : l’essentiel

Les fonctions

Accélération et amélioration les processus de prise en charge des patients

Centralisation des données de santé des patients

Meilleure lisibilité du parcours santé des patients

Simplification de l’accès aux antécédents médicaux par le personnel soignant

Les contributeurs

Les hôpitaux

Les laboratoires d’analyse

Les médecins

Les personnels soignants (infirmiers)

Le président et directeur général de la Caisse nationale, Nicolas Revel, a affirmé vouloir tenir l’objectif des 10 millions de Dossiers médicaux personnalisés ouverts d’ici la fin d’année 2019, et 40 millions d’ici la fin d’année 2023.

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