L'État va piocher dans votre Livret A pour financer les nouvelles centrales nucléaires (Officiel)

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Le Livret A des Français va prendre une tournure résolument atomique. Ce jeudi 12 mars 2026, à l'issue du cinquième Conseil de politique nucléaire (CPN) organisé à la centrale de Penly en Seine-Maritime, l'Élysée a levé le voile sur l'un des secrets les mieux gardés du grand plan de relance énergétique national : son financement. Pour faire sortir de terre les six futurs réacteurs EPR2, l'État ne compte plus uniquement sur la dette publique ou les marchés financiers. Il va directement puiser dans l'épargne des Français. Un choix stratégique, chiffré à plusieurs dizaines de milliards d'euros, qui relie désormais le portefeuille de chaque épargnant au défi titanesque de la souveraineté énergétique française. Mais comment cet argent sera-t-il concrètement mobilisé pour construire les centrales de demain ?

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L'épargne populaire appelée à la rescousse d'EDF

L'information, révélée initialement par Contexte, couvait dans les couloirs de Bercy depuis 2023. À l'époque, Éric Lombard, alors directeur général de la Caisse des dépôts, avait publiquement soutenu l'idée de mobiliser l'épargne réglementée pour soutenir le nouveau programme nucléaire, avant que l'exécutif ne mette l'hypothèse sous silence. C'est désormais chose faite et officialisée par la présidence de la République.

Le montage financier s'articule autour du fonds d'épargne de la Caisse des dépôts. C'est dans ce fonds colossal que transitent environ 60 % des encours des Livrets A, des Livrets de développement durable et solidaire (LDDS) et des Livrets d'épargne populaire (LEP). 

L'État va accorder à EDF un prêt bonifié et garanti, dont les fonds proviendront directement de cette gigantesque cagnotte nationale. Et l'effort demandé n'est pas neutre : alors que les prévisions tablaient sur une couverture d'au moins 55 % du coût de construction, ce prêt couvrira finalement 60 % du montant total du programme EPR2.

Un projet chiffré à près de 73 milliards d'euros

Lors de ce Conseil, EDF s'est engagé à respecter un budget de construction strictement encadré, fixé à 72,8 milliards d'euros (en valeur 2020). Le recours à l'épargne des Français couvrira donc environ 43 milliards d'euros de ce total. 

La décision finale d'investissement devra être validée par le conseil d'administration d'EDF avant la fin de l'année 2026, pour espérer une première mise en service d'un réacteur à l'horizon 2038.

Le cycle du combustible au cœur des priorités nationales

Si la construction des nouveaux réacteurs à Penly, Gravelines et Bugey capte toute l'attention financière, le Conseil de politique nucléaire (CPN) a également acté l'urgence de sécuriser la chaîne d'approvisionnement en amont et en aval de ces futures centrales. 

Dans un contexte international lourdement perturbé par les crises fossiles, l'indépendance énergétique de la France ne peut se satisfaire d'une simple augmentation de sa capacité de production électrique ; elle doit aussi maîtriser son combustible.

Le gouvernement a ainsi confirmé le lancement d'un ambitieux programme baptisé "Aval du futur", porté par Orano. Ce plan industriel, labellisé "Grand Chantier" pour accélérer les procédures administratives, vise à rénover en profondeur les installations de traitement des déchets à La Hague. 

La première phase, prévue d'ici 2040, comprend la construction de nouvelles piscines d'entreposage et d'une usine de fabrication de combustibles recyclés (Melox 2). Les modalités de financement de ce second chantier devront, elles aussi, être bouclées d'ici la fin de l'année 2026 entre Orano, EDF et l'État.

L'horizon 2100 : se passer des importations d'uranium

L'annonce la plus prospective de ce conseil concerne sans doute la stratégie à très long terme de l'Hexagone. Face à la compétition mondiale pour les ressources minérales, la présidence de la République a officiellement lancé la première phase d'études d'un programme visant à fermer totalement le cycle du combustible nucléaire. L'objectif affiché est titanesque : permettre à la France de se passer définitivement de l'importation d'uranium naturel d'ici 2100.

Le financement de ces chantiers d'avenir, qu'ils concernent le renouvellement du parc ou la recherche fondamentale, s'annonce comme le défi majeur de la fin de la décennie. 

En piochant dans le Livret A pour les EPR2, l'État acte que la transition énergétique ne se fera plus sans la mobilisation de l'épargne privée, transformant chaque déposant français en un investisseur involontaire, mais indispensable, de la nouvelle ère nucléaire.

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