Cette bouée de 162 tonnes transforme les vagues en électricité (pourquoi les ingénieurs y croient enfin)
Crédit : IDOM

Cette bouée de 162 tonnes transforme les vagues en électricité (pourquoi les ingénieurs y croient enfin)

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Exploiter la force des mers est l'une des promesses les plus anciennes des énergies renouvelables, et l'une des moins tenues : la ressource est immense, mais sa transformation en électricité rentable échappe encore aux industriels. Au large du Pays basque espagnol, une bouée jaune de 42 mètres de haut et 162 tonnes vient pourtant d'être remise à l'eau pour produire de l'électricité à partir du seul mouvement des vagues. Ancrée par près de 90 mètres de fond, elle ne délivre pour l'instant qu'une puissance modeste. Alors pourquoi ce prototype intéresse-t-il autant les ingénieurs du secteur, et que change-t-il pour une filière qui a déjà vu tant de projets couler ?

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Un cylindre flottant de 42 mètres au large de Bilbao

La société d'ingénierie basque IDOM, basée à Bilbao, a remis à l'eau le 15 mai 2026 une version améliorée de son prototype, baptisé MARMOK-A-5. L'engin a été installé sur la plateforme d'essais en mer BiMEP, au large de la Biscaye, à environ 4 kilomètres des côtes.

De loin, le dispositif ressemble à une gigantesque bouée. Il mesure 42 mètres de long, dont seulement cinq émergent de la surface, pour 5 mètres de diamètre et 162 tonnes. Le reste de la structure plonge dans l'eau, retenu par un système d'ancrage posé par près de 90 mètres de fond.

La robustesse est le premier défi de ce type d'appareil. Une version antérieure du MARMOK avait déjà tenu la mer entre 2016 et 2019 et survécu à des creux pouvant atteindre 14 mètres. Au total, le projet repose sur près de douze ans de recherche et de tests en conditions réelles.

Comment une vague devient de l'électricité

Le principe retenu s'appelle la colonne d'eau oscillante. Il s'agit d'une des grandes familles de l'énergie houlomotrice, c'est-à-dire la production d'électricité à partir des vagues.

À l'intérieur de la bouée, l'eau monte et descend au rythme de la houle. Ce mouvement comprime et dilate une chambre à air située au sommet, exactement comme un piston. Le flux d'air ainsi créé fait tourner une turbine, qui produit de l'électricité acheminée vers la côte par un câble sous-marin.

La nouvelle campagne mise sur plusieurs améliorations techniques : une turbine à pales orientables, un système de récupération d'énergie repensé et des batteries embarquées pour mieux s'adapter à l'état changeant de la mer. C'est aussi le premier appareil de ce type raccordé au réseau électrique espagnol via la bouée HarshLab installée sur le site.

Côté production, il ne faut pas s'attendre à des miracles immédiats. La puissance est de 30 kilowatts, fournie par deux turbines de 15 kW, soit l'équivalent de la consommation de quinze à vingt foyers en période de pointe.

Le projet s'inscrit dans le programme européen EuropeWave, doté d'une enveloppe de 20 millions d'euros, et l'objectif affiché reste un déploiement à plus grande échelle une fois la technologie pleinement validée.

Une filière qui cherche encore son modèle économique

Si les ingénieurs s'intéressent autant à la houle, c'est pour une raison concrète. Contrairement au soleil ou au vent, les vagues offrent une certaine régularité et continuent de produire la nuit comme en hiver, des moments où le solaire s'efface. Cette complémentarité en fait un candidat sérieux pour enrichir le panel des énergies renouvelables.

Le problème reste la rentabilité. Beaucoup d'entreprises du secteur ont fait faillite, faute de réussir à concevoir des machines à la fois assez solides pour encaisser la violence de la mer et assez bon marché pour vendre une électricité compétitive. La houle reste l'une des sources les moins matures, loin derrière l'énergie hydraulique ou l'éolien.

La France n'est pas absente du sujet. L'idée d'exploiter la force des vagues y est même ancienne, avec un premier brevet déposé dès 1799. Des sites d'essais existent, comme SEM-REV au large du Croisic, mais la filière reste anecdotique dans le mix électrique français, encore largement dominé par le nucléaire et, pour le renouvelable, par l'hydraulique, l'éolien et le solaire.

Pour le consommateur qui souscrit une offre d'électricité verte, la houle ne pèsera donc pas avant longtemps. Les efforts publics se concentrent aujourd'hui sur des filières plus avancées, à commencer par l'éolien en mer, dont le déploiement soulève déjà des questions de coût pour les ménages.

La bouée espagnole ne réglera pas, à elle seule, l'équation économique de la houle. Mais en survivant à la mer et en se branchant au réseau, elle apporte aux ingénieurs des données précieuses pour la prochaine génération de machines, celle qui devra enfin prouver que les vagues peuvent peser dans une facture d'électricité.

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