« Seulement 20 recharges par mois » : le chiffre accablant sur les bornes électriques qui interroge

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C'est une angoisse qui tenaille encore de nombreux automobilistes au moment de basculer vers l'électrique : la peur de la panne sèche et de se retrouver au milieu de nulle part sans la moindre prise à l'horizon. Pourtant, la réalité est radicalement différente. Alors que la France affiche l'un des meilleurs maillages d'Europe, nos infrastructures tournent au ralenti. Selon les chiffres avancés par la Commission de régulation de l'énergie (CRE), une borne de recharge publique n'enregistre en moyenne que vingt sessions par mois. Un chiffre insignifiant au regard du nombre de plus en plus important de voitures électriques circulant sur notre territoire.
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Un maillage excellent, mais des bornes désespérément vides
Imaginez une station-service où, pendant des jours entiers, aucun véhicule ne viendrait faire le plein. C'est pourtant le quotidien de la majorité des infrastructures de recharge ouvertes au public en France. Selon le dernier rapport prospectif de la CRE, le taux d'utilisation moyen d'un point de charge plafonne à vingt sessions mensuelles.
Ce chiffre peut sembler accablant, surtout lorsque l'on connaît les investissements colossaux consentis par les collectivités territoriales pour équiper les zones rurales et périurbaines en bornes de recharge.
La France ne manque pas de prises, bien au contraire. Avec 43 % des points situés près des commerces, 33 % dans les parkings et 17 % en voirie, le territoire est quadrillé. Nous disposons même d'un des meilleurs taux de couverture en Europe. Le paradoxe est donc total : les bornes sont là, visibles, disponibles, mais elles ne sont que très peu utilisées.
Le coût de la "réassurance" : payer pour se rassurer
Faut-il pour autant crier au gaspillage d'argent public ? L'analyse mérite plus de nuances. Les experts du secteur et le rapport de la CRE mettent en avant le concept du "coût de réassurance".
Contrairement au véhicule thermique que les conducteurs ravitaillent exclusivement en station, l'utilisateur de voiture électrique recharge massivement à domicile ou au travail. La borne publique ne sert bien souvent que de dépannage ou pour les longs trajets. Cependant, sa présence est indispensable pour déclencher l'acte d'achat du véhicule.
L'automobiliste a besoin de savoir qu'il peut se brancher n'importe où, même s'il ne le fait presque jamais. C'est une forme d'assurance psychologique collective. Sans ces bornes "vides", la transition vers l'électrique se heurterait à un mur de défiance. Les infrastructures sous-utilisées ne sont donc pas inutiles ; elles sont les garantes de la confiance des consommateurs.

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La fracture économique : le privé prend la rentabilité, le public éponge les pertes
Cette situation crée néanmoins une dichotomie financière inquiétante que les collectivités locales prennent de plein fouet. Le modèle économique actuel révèle une fracture nette entre l'initiative privée et le service public.
Les opérateurs privés se concentrent logiquement sur les emplacements rentables : les autoroutes, les grandes zones commerciales et les métropoles denses. Là où le flux est garanti et où le taux de rotation assure l'amortissement des installations.
À l'inverse, les collectivités territoriales, via les syndicats d'énergie, ont la lourde tâche d'assurer la continuité du service public et l'équité territoriale. Elles installent des bornes là où le marché ne va pas. Les zones non rentables représentent 80 % de l'investissement public pour seulement 20 % du chiffre d'affaires généré.
Vers une meilleure culture de l'énergie
Au-delà des infrastructures, le problème réside aussi dans la méconnaissance du public. L'association Mobil'in Pulse rappelle que beaucoup de Français ignorent le coût réel d'un déplacement en véhicule électrique.
Il existe un décalage entre la perception et la réalité. Tant que cette information ne sera pas diffusée plus largement, le déploiement des bornes restera perçu comme une contrainte coûteuse plutôt que comme un investissement d'avenir.
L'enjeu des prochaines années ne sera peut-être plus de planter des bornes à tout va, mais d'optimiser celles qui existent et de mieux expliquer leur rôle de "filet de sécurité" indispensable à la mobilité de demain.

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