Plus d’un réacteur sur deux à l’arrêt : quel impact sur la production d’EDF ?

Centrales nucléaires EDF à l'arrêt

Parmi les actualités incontournables de cette semaine, l’inquiétude montante autour de l’état du parc de réacteurs nucléaires d’EDF. En cause pour certains, un phénomène de corrosion, identifié pour la première fois en fin d’année 2021. Plus de 30 réacteurs, sur les 56 disponibles en France, sont actuellement à l’arrêt. Quel impact cette mise à l’arrêt peut-elle avoir sur la production du géant de l’énergie français ?


30 réacteurs nucléaires à l’arrêt

Si bon nombre des réacteurs sont actuellement à l’arrêt, ceci ne s’explique pas uniquement par le problème de corrosion évoqué. En effet, sur les 30 réacteurs actuellement à l’arrêt, 18 d’entre eux le sont dans le cadre de maintenances prévues au calendrier ainsi que dans celui des visites décennales, organisées au printemps et en hiver ou pour rechargement. L’expertise concerne actuellement :

  • 4 réacteurs de 1 450 MW (sur les 5 disponibles) ;
  • 5 réacteurs de 1 300 MW (sur les 20 disponibles) ;
  • 3 réacteurs de 900 MW (sur les 32 disponibles).

Concernant le reste des réacteurs, leur arrêt est donc directement lié à un phénomène de corrosion observé au niveau des parties communiquant avec le circuit primaire des réacteurs, et ne pouvant être isolées en cas de brèche.

Si ce problème de sûreté avait initialement été détecté sur les réacteurs les plus puissants, il semblerait qu’il touche également les tranches de 900 MW. Autrement-dit, la majeure partie de la production. Le compte-rendu des premières expertises démontre que le problème est moins important sur les tranches de 900 MW, qui présentent “peu ou pas de problèmes de corrosion”.

Un problème de corrosion

Dans une note d’information datée du 14 avril 2022, EDF annonçait déjà un “phénomène de corrosion sous contrainte détecté sur des portions de tuyauterie sur circuit auxiliaires du circuit primaire principal de plusieurs réacteurs nucléaires”. À cette date, les anomalies observées concernaient les réacteurs de :

  • Chinon B3 ;
  • Cattenom 3 ;
  • Flamanville 2.

Et les investigations se poursuivaient pour “en caractériser la nature et l’origine”. Seulement voilà, le réacteur de Chinon, mis en service en 1987, présente une puissance de 900 MW. Si initialement, les réacteurs de moindre puissance semblaient épargnés par cette problématique de corrosion, ce constat indique le contraire.

Il est donc désormais l’heure pour EDF de démonter la tuyauterie afin de vérifier en laboratoire s'il existe bel et bien un phénomène de corrosion sous contrainte. Si cette analyse s’avère positive, il sera alors indispensable de démontrer l’ampleur des fissures sur les tuyaux du système de sécurité qui permet d'injecter de l'eau borée dans le circuit primaire en cas de fuite, afin de refroidir le réacteur et éviter ainsi son entrée en fusion.

Pour le directeur général adjoint de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), Julien Collet, les résultat de ces études devraient arriver au courant du mois de mai, pour ce qui concerne le réacteur B3 de Chinon.

Ce mardi 17 mai, lors de la présentation du rapport sur “La sûreté nucléaire et la radioprotection en France en 2021”, devant les députés et sénateurs de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques, Bernard Doroszczuk, président de l’ASN, a précisé que le groupe travaillait à une technique de contrôle des tuyauteries par ultrasons.

Celle-ci devrait être disponible durant le courant du deuxième semestre 2022. Toutefois ses premières conclusions semblent d’ores et déjà préoccupantes. En effet, il semblerait que ces corrosions ne soient pas d’origine accidentelles, liées à un souci de pilotage de la centrale ou encore de soudures, mais conceptuelles. Si ces problèmes s’avéraient “génériques”, ils pourraient affecter l’ensemble du parc nucléaire.

De lourdes pertes pour EDF

Le bilan pour les résultats d’EDF s’alourdit de jour en jour. En effet, EDF est depuis quelques mois contraint de vendre son électricité aux fournisseurs concurrents à prix bas, dans le cadre de l’Accès Régulé à l'Electricité Nucléaire Historique (ARENH).

Ce dispositif, initialement mis en place par la Commission européenne afin d’instaurer davantage de concurrence sur le marché de l’énergie français, oblige EDF à céder une partie de son électricité à ses concurrents à prix bradé. Afin de contenir la hausse des tarifs réglementés de l’électricité en la maintenant sous la barre des +4 %, le gouvernement a imposé à EDF d’augmenter de 20% le quota annuel d’électricité vendu à prix bas à ses différents concurrents. Passant ainsi de 100 TWh à 120 TWh. Une lourde perte pour les finances du fournisseur historique.

Ajoutons à cela les problèmes de corrosion évoqués, qui mettent à mal une partie de ses réacteurs. EDF estimait déjà il y a quelques mois un coût d’en moyenne 11 milliards d’Ebitda (excédent brut d'exploitation) pour pallier aux problématiques détectées, mais celui-ci pourrait bien s’élever à 16 milliards d'euros d'Ebitda.

Quelles conséquences sur la production d’EDF ?

Bien que les investigations soient donc encore en cours, si le résultat de celles-ci venait à être confirmé et que le phénomène de corrosion touchait également les réacteurs d’une puissance de 900 MW (qui, rappelons le, sont au nombre de 32, sur les 56 disponibles), EDF pourrait bien voir sa production dégringoler de façon significative.

Pour autant, le fournisseur se veut rassurant malgré une production déjà au plus bas. Jeudi 21 avril, celle-ci dépassait à peine 50% de ses capacités.

Julien Collet a par ailleurs affirmé que :

EDF a montré que les tuyauteries pouvaient en fait résister à des fissures plus grandes que celles observées jusqu'à présent. Et EDF a également étudié les conséquences de la rupture d'une tuyauterie et a montré que celle-ci pouvait être gérée par les équipements de sûreté du réacteur.
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