L’action de Crédit Agricole Assurances pour la reforestation est-elle suffisante ?

En mars 2019, Crédit Agricole Assurances annonçait deux mesures visant à planter 500 000 arbres par an dans les forêts françaises. Des démarches allant en faveur de la cause écologique et du développement durable, bien accueillies au vu de l’urgence de la situation. Pourtant, cela est-il vraiment suffisant ?

Assurances et écologie : encore beaucoup de discours et trop peu d’actions

Quel lien entre assurance et écologie ? A priori, l’on pourrait croire qu’il n’y en a pas, et pourtant, la relation entre les deux a une grande importance et de vraies conséquences. Au début de l’année, le réseau d’ONG Unfriend Coal avait publié un rapport édifiant concernant le secteur des assurances et son lien à l’industrie du charbon. Celui-ci dénonçait entre autres l’hypocrisie de certains acteurs du marché faisant une communication basée sur un discours engagé pour la transition énergétique, en contraste avec la réalité des mesures prises pour aller en ce sens.

De plus, le réchauffement climatique a aussi bien des conséquences pour l’ensemble de la population mondiale que pour les compagnies qui assurent les particuliers. Ces dernières années, l’on a pu le constater. En effet, le réchauffement climatique, c’est en moyenne 3 milliards d’euros par an déboursés par les assurances. Comme le rappelait alors Bernard Spitz, le patron de la Fédération française de l’assurance – ou FFA : « Dans les 20 années qui viennent, si on ne faisait rien, on doublerait les sinistres en matière de sécheresse et on les quadruplerait en matière de submersion marine ». Et cela a un coût très concret.

Au-delà de la question des dépenses, la communauté scientifique n’en finit plus d’alerter. Le dernier rapport en date de l’ONU sur le sujet estime que 1 million d’espèces sont aujourd’hui menacées d’extinction. Les scientifiques appelaient notamment à une véritable réaction et à un changement profond de politique de la part de chacun, et cela concerne évidemment aussi les assureurs. En ce sens, le Crédit Agricole Assurances désire œuvrer pour la reforestation des forêts françaises.

Les forêts nous protègent. Elles permettent de limiter les émissions de CO2 et abritent quantité d’espèces végétales et animales, garantes de la biodiversité, désormais en danger imminent.

Crédit Agricole Assurances : deux actions en faveur de la reforestation


La reforestation est l’un des enjeux clés de l’écologie.

En somme : les discours c’est bien, l’action c’est mieux. Fin mars 2019, le Crédit Agricole Assurances décidait donc de s’engager plus concrètement. L’assureur, qui se présente comme le « premier assureur des forêts », a annoncé sa volonté d’œuvrer en faveur de l’écologie et plus précisément de la reforestation. Le principe est simple (et malin), puisqu’il fait à la fois appel à l’altruisme des consommateurs tout en les invitant à souscrire à un contrat du Crédit Agricole Assurances. Dans un premier temps, en partenariat avec Resforest'Action, la souscription à un contrat de prévoyance est désormais associée à la plantation d’un arbre, soit, selon l’assureur, quelque 300 000 arbres plantés chaque année. Il suffit à l’assuré d’utiliser le code fourni à la souscription sur www.reforestaction.com pour choisir où planter son arbre.

Ensuite, Crédit Agricole Assurances a décidé de verser une subvention à Plantons pour l’Avenir, une initiative française destinée à planter des arbres dans les forêts du territoire. Cette somme devrait servir à accélérer le processus, et permettre la plantation de 200 000 arbres supplémentaires. Ces deux actions vont dans le sens de la Responsabilité sociétale des entreprises – ou RSE –, qui demande aux entreprises de mettre en place des procédés favorables au développement durable.

Frédéric Thomas, le directeur général de Crédit Agricole Assurances, a expliqué ces deux initiatives, qui pour lui « s’inscrivent dans la durée [et] vont permettre le reboisement de 500 hectares de forêts en France, soit 500 000 nouveaux arbres plantés par an ». Des ambitions certes louables, mais qui ne sont pas suffisantes et devront être suivies par d’autres démarches similaires afin d’avoir un impact réel.


Comment les assureurs peuvent-ils concrètement œuvrer pour la cause écologique ?

Des mesures comme celles-ci permettent bien sûr aux assureurs de montrer leur volonté d’engagement, mais cette dernière doit aussi se traduire dans la réforme totale d’un système d’expansion dévastateur pour notre planète. « La diversité au sein des espèces, entre les espèces et celles des écosystèmes, ainsi que de nombreuses contributions fondamentales qui proviennent de la nature se dégradent rapidement, même si nous avons encore les moyens d’assurer un avenir durable aux êtres humains et à la planète », expliquait les scientifiques du rapport de l’ONU. Avant de préciser que cela demande « un changement fondamental à l’échelle d’un système, qui prend en considération les facteurs technologiques, économiques et sociaux, y compris en termes de paradigmes, objectifs et valeurs ».

Le groupe Crédit Agricole a encore des progrès à faireEn 2017, le Crédit Agricole s’était entre autres engagé à « ne plus financer de nouvelles centrales ou nouvelles centrales ou extension de centrales électriques au charbon dans les pays à haut revenu tels que définis par la Banque Mondiale ». Une démarche limitée en soi. En novembre 2018, l’association à but non lucratif Les Amis de la Terre expliquait d’ailleurs dans un rapport que trois ans après la COP21, les banques françaises continuaient à largement financer l’industrie du charbon. Lorette Philippot, chargée de campagne Finance privée aux Amis de la Terre France, précisait que « depuis la COP21, les grandes banques françaises ont augmenté de plus de 50 % leurs financements aux entreprises qui développent des centrales à charbon. BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale et Natixis ont accordé plus de 10 milliards d’euros à ces entreprises qui bafouent l’Accord de Paris ».

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