Crise énergétique : chèque énergie de 100 à 200 euros pour 12 millions de foyers, bouclier tarifaire, sobriété énergétique sont au programme

Conférence de presse Elisabeth Borne

Mis en place dès l’automne 2021 sous l’égide de Jean Castex, le bouclier tarifaire a depuis protégé des milliers de Français des hausses successives et incontrôlables des prix de l’énergie. Si son destin à l’approche de la fin de l’année 2022 est demeuré longtemps incertain, sa reconduction pour 2023 a depuis été officialisée par Elisabeth Borne, sans toutefois en préciser les modalités. Aujourd’hui, la Première ministre apporte donc les détails attendus, ainsi que de plus amples informations quant aux hausses des factures et les mesures concrètes envisagées


“Le bouclier tarifaire a un coût”

Le bouclier tarifaire instauré à l’automne dernier, en vue de préserver le portefeuille des Français a permis de limiter l'augmentation du prix de l'électricité à 4%.

Pour Bruno Le Maire, au micro de BFMTV, sans cette protection bienvenue, l’augmentation des factures d’électricité avoisinerait en moyenne les 120 euros par mois en 2023, tandis que les factures de gaz augmenteraient quant à elles de pas moins de 180 euros mensuellement.

Seulement, la mesure - aussi salutaire ait-elle pu être pour les citoyens - s’est avérée particulièrement coûteuse pour l’État Français. L’an dernier la protection des prix de l’électricité a coûté près de 10,5 milliards d’euros. Le coût du gel des prix du gaz, entre octobre 2021 et octobre 2022 est estimé à environ 6 milliards d’euros.

Aussi, devant la promesse d’Elisabeth Borne de ne pas abandonner les Français, en maintenant une protection adaptée face à l’envol des prix de l’énergie, qui ne connaît semble t’il pas d’accalmie, la question des modalités de sauvegarde du bouclier tarifaire s’est imposée.

À ce titre, Gabriel Attal, le ministre délégué chargé des Comptes publics, précisait au micro de France Inter qu’il ne fallait “laisser dérailler ni la facture des Français ni nos finances publiques”. Laissant entrevoir la perspective d’une inévitable augmentation pour les factures des consommateurs. Toutefois, pour le ministre délégué chargé des Comptes publics, cette évolution attendue serait loin de la hausse de 40% dont font les frais nos voisins d’outre-Rhin et celle-ci serait davantage de l’ordre de 10 à 20 %.

Jusqu’à présent et notamment grâce au dispositif du bouclier tarifaire, la France est parvenue à se hisser au rang des meilleurs élèves en matière d’inflation. En effet, avec “seulement” 5,8 % d’inflation sur un an en août, l’Hexagone est le pays le mieux placé en Europe. La zone euro est quant à elle à 9,1 %, un record historique. Au Pays-Bas, ce chiffre atteint même les 13,6 %, du fait du prix du gaz et de l’électricité.

Mais pour combien de temps encore les Français seront-ils préservés des conséquences de la crise énergétique sans précédent qui balaye l’Europe dans son ensemble ?

Bouclier tarifaire, chèque énergie, tarif réglementé

C'est à cette question que la classe politique répondait aujourd’hui, lors d’une nouvelle conférence de presse. Elisabeth Borne a donc dessiné les nouveaux contours du bouclier tarifaire et des aides apportées en 2023. Une annonce attendue par des milliers de Français depuis près d’une semaine, en vue de se préparer aux hausses de prix du gaz et de l'électricité qu’ils auront à subir cet hiver.

“La France est le pays qui a le mieux protégé les ménages.”

C’est ce qu’a rappelé la Première ministre lors de ce discours attendu. Non sans déployer une batterie de nouvelles mesures en vue de continuer à maintenir ce cap et limiter la hausse des prix de l’énergie à 15% seulement en 2023, contre les 200% d’augmentation présagés. Si les prix de l’électricité ont pu être contenus à +4% au cours de l’année 2022, cette perspective semble désormais bien loin. Toutefois, comme Elisabeth Borne l’a de nouveau souligné :

“Le bouclier tarifaire c'est 160 euros économisés par mois pour les Français qui se chauffent à l'électricité et 175 euros pour ceux qui se chauffent au gaz.”

Un bouclier tarifaire dont le coût estimé pour l’année 2023 avoisinera les 16 milliards d'euros.

Autre mesure exceptionnelle déployée, des chèques énergie seront distribués “aux foyers les plus modestes - soit 12 millions de foyers - d'ici à la fin de l'année”. Ces chèques énergie iront de 100 à 200 euros et s'appliqueront également au chauffage au fioul et au bois, comme l’a rappelé Agnès Pannier-Runacher, la ministre de la Transition énergétique. De quoi soulager un peu les finances des consommateurs les plus fragiles.

Les particuliers ne seront pas les seuls à bénéficier de mesures de protection. Les entreprises devraient également se voir octroyer quelques avantages en vue de résister à la crise énergétique qui touche de plein fouet l’ensemble des pays européens. En effet, Bruno Le Maire, Ministre de l'Économie et des Finances a profité de l’occasion pour ajouter quelques mots concernant les “1,5 million d'entreprises qui ont un chiffre d'affaires inférieur à 2 millions d'euros” et qui bénéficient actuellement des tarifs réglementés de l'électricité. Celles-ci continueront l'an prochain “à bénéficier de cet accès aux tarifs réglementés”.

Une année sous le signe de la sobriété

Du côté des stocks de gaz français, le discours s’est voulu rassurant.

"Nous avons renforcé et diversifié nos approvisionnements de gaz en provenance d'autres pays."

C’est ce qu’a rappelé Elisabeth Borne au cours de cette conférence de presse. Assurant ainsi que les stocks de gaz seront au beau fixe à l'approche de l'hiver. Le gouvernement a néanmoins toujours pour objectif de “stopper l'explosion des cours de l'énergie à l'échelle européenne” a déclaré la Première ministre.

Malgré cela, Elisabeth Borne compte sur les ménages français afin de limiter le risque de pénuries cet hiver, rappelant ainsi que :

“Seule la sobriété et et la solidarité européenne pourra nous permettre d'éviter des coupures dans les scénarios les plus pessimistes.”

Un appel qui fait écho à celui de RTE. En effet, ce mercredi même, le gestionnaire de réseau a tenu à rappeler le fait que la France est actuellement confrontée à une indisponibilité exceptionnelle de son parc de 56 réacteurs et que cette problématique jouera un rôle essentiel dans la gestion énergétique hivernale. En effet, l’organisme n'exclut pas le risque de coupure, même si selon lui, celui-ci s’avère tout à fait évitable “en baissant la consommation nationale de 1 à 5% dans la majorité des cas, et jusqu'à 15% dans les situations météorologiques les plus extrêmes”.

À ce titre, la ministre a d’ailleurs profité de son allocution pour mettre en avant le site EcoWatt, développé par RTE lui-même. une sorte de météo de l’énergie, qui permet aux ménages d’être informés de leur consommation d’électricité et ainsi que de l’état du réseau électrique en temps réel. Une façon de participer collectivement au maintien de la sérénité énergétique à l’approche des jours les plus froids.

“Il s’agit de réduire un peu le chauffage et d’éviter toutes les consommations inutiles. Ce sont donc des millions de décisions individuelles, chaque jour, de chacun d'entre nous, qui sont indispensables pour que l'hiver prochain se passe bien.”

À en croire la Première ministre, si particuliers et entreprises font front et adoptent les mesures recommandées, “il n’y aura pas de coupures” à craindre au cours de l’hiver 2023.

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