Hiver 2023-2024 : faut-il déjà craindre un nouveau scénario énergétique catastrophe ?

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La situation énergétique a été maîtrisée de justesse cet hiver. Stocks de gaz remplis à 100%, outils de suivi de la consommation électrique, mise en place d’un système d’alerte en cas de saturation du réseau électrique… Une armada de mesures, d’offres commerciales et d’aides financières devraient permettre d’affronter cet hiver compliqué, sans toutefois écarter les risques de coupures d’électricité. Mais ce répit ne pourrait être que de courte durée. L’Agence internationale de l'énergie (AIE) a déjà prévenu d’une possible pénurie de gaz en Europe l’année prochaine. Faut-il déjà se préparer à une sobriété énergétique renforcée pour l’automne-hiver 2023-2024 ?


Un hiver 2022-2023 sauvé, sauf si…

Avons-nous sauvé notre hiver sur le plan énergétique ? Il est fort probable que la France, ainsi que l’ensemble de l’Europe, aient trouvé les solutions adéquates pour que les consommateurs bénéficient d’un approvisionnement en énergie suffisant. Réserves de gaz françaises remplies à 100%, diversification des fournisseurs de gaz, accord de soutien mutuel signé entre la France et l’Allemagne pour assurer l’approvisionnement énergétique des deux pays. L'Hexagone semble prêt à affronter l’hiver.

“On a une belle probabilité que ça ne se passe finalement pas trop mal pour l'hiver 2022-23”, estimait la présidente de la Commission de régulation de l'énergie (CRE), Emmanuelle Wargon, fin novembre. Le mot “probabilité” est lâché, car en dépit des assurances promises par la France, il existe toujours une inquiétude autour de la météo cet hiver. En cas de températures très basses, la consommation énergétique pourrait être à l’origine de la saturation du réseau électrique.

De plus, il faut également songer à l’hiver suivant. Gagner cette partie n’est pas suffisant, et la présidente de la CRE semble perdre de son optimiste en ce qui concerne les prévisions pour la saison hivernale prochaine. “Pour 2023-2024, c'est encore vraiment très incertain", a-t-elle admis. Le gouvernement a déjà les yeux rivés sur l’année 2023.

“On a un hiver délicat là maintenant et on a probablement aussi un hiver délicat ou difficile en 2023-2024. C'est là aussi que ce qu'on fera sur les importations de gaz, les importations d'électricité, la suite des mesures d'urgence communautaires, le début de la réflexion sur l'organisation du marché, cela jouera sur l'hiver 23-24", a précisé Emmanuelle Wargon.

Une consommation électrique sous surveillance accrue

Hiver presque sauvé donc. En effet, malgré les données rassurantes et un plan de sobriété énergétique qui semble porter ses fruits, le réseau électrique n'est pas épargné par les prédictions pessimistes des acteurs énergétiques.

Nous n’avons pas encore entamé l'hiver et pourtant le gestionnaire de transport électrique RTE a déjà publié ses prédictions pour l’hiver 2022-2023. Il assure dans son étude prévisionnelle que le black-out est une option minime, puisqu’il dispose “des moyens de sauvegarde du système électrique appropriés et proportionnés en fonction de l’ampleur d’un éventuel déséquilibre.” Toutefois RTE rappelle qu’une surveillance accrue doit être maintenue.

Qu’est-ce que cela signifie ? Même si à priori les mesures nécessaires ont été prises pour éviter les délestages, notamment dans les secteurs indispensables et dans les foyers des particuliers, le réseau électrique pourrait connaître des pics de consommation qu’il faudra impérativement faire redescendre. L’outil Ecowatt, la “météo de l’électricité” chargée de publier au quotidien les niveaux de consommation électrique et d’émettre des alertes en cas de saturation, sera incontournable.

Dans son rapport publié en novembre, RTE anticipe seulement quelques “signaux EcoWatt rouge sur les six mois de l’hiver”. Le signal rouge est signe d’une sur-sollicitation du réseau électrique. Pour renverser la tendance lorsque les signaux rouges seront émis, les usagers seront appelés à diminuer leur consommation électrique. D’après RTE, il sera nécessaire de réduire “la consommation nationale de 1 à 5 % dans la majorité des cas, et jusqu’à 15 % dans les situations météorologiques les plus extrêmes.”

Un pari tenable, puisque la consommation nationale d’électricité a déjà diminué cet automne. D’après les estimations de RTE, elle était déjà en baisse de 6,4% sur les quatre dernières semaines d’octobre par rapport à la période 2014-2019. Une tendance baissière qui s’est stabilisée depuis le mois d’octobre.

Toutefois, il reste une série de doutes sur les capacités électriques de la France. Même si RTE calme les craintes au sujet d’un black-out, il subsiste encore certains paramètres variables qui pourraient influencer négativement la gestion du réseau électrique.

“Les principales incertitudes portent sur l’approvisionnement en gaz, la situation énergétique dans les pays européens voisins, l’évolution de la demande, et le rythme de redémarrage des réacteurs nucléaires français”, estime tout de même RTE dans ses prévisions.

En effet, le redémarrage des réacteurs nucléaires d’EDF s’avère plus lent que prévu. Actuellement 24 des 56 réacteurs demeurent à l’arrêt. EDF a promis la remise en service de 42 réacteurs en décembre, mais si leur entretien dépasse ces délais, cela pourrait menacer davantage l’approvisionnement en électricité. C’est surtout le mois de janvier et ses températures basses qui inquiètent RTE. Environ 40 gigawatts (GW) de puissance du parc nucléaire pourraient être disponibles le premier mois de l’année 2023, d’après RTE. Alors qu’en septembre les prévisions étaient de 45 GW prévu par RTE le 14 septembre.

Menace sur le gaz européen

Le gaz représente également un sujet d’inquiétude majeur. Les réserves de gaz françaises sont au plus haut niveau, permettant d’assurer un approvisionnement suffisant pour l’automne et l’hiver 2022-23. Mais ce n’est toutefois pas un acquis définitif.

Des mises en garde ont été émises par l’Agence internationale de l'énergie (AIE) qui appelle les gouvernements à réduire considérablement leurs besoins en gaz. “Le “coussin” fourni par les niveaux de réserve actuels, de même que la baisse récente des prix du gaz et les températures inhabituellement douces, ne devraient pas conduire à des conclusions trop optimistes quant à l'avenir”, prévient l’AIE.

L’AIE s’inquiète en effet d’un manque conséquent dans les approvisionnements de gaz européens. L’agence internationale estime que l’hiver prochain pourrait souffrir d’un manque de 30 milliards de mètres cubes de gaz.

C’est le scénario imaginé si la Russie suspend complètement ses livraisons de gaz à destination de l’Union Européenne. En effet, les conséquences du conflit entre la Russie et l’Ukraine pourraient se poursuivre jusqu’en 2023-2024.

Autre élément de contexte international : la présence inquiétante de la Chine. Depuis le début de la guerre en Ukraine, Pékin s’est avéré être un nouveau client intéressant pour la Russie, compensant la réduction des exportations de gaz russe vers l’Europe. En cas de rebond économique de la Chine, qui a récemment vécu un ralentissement, on pourrait s’attendre à une demande en gaz plus conséquente.

L’Europe qui a bataillé cette année pour trouver de nouveaux fournisseurs de gaz n’est pas au bout de ses peines. Les 27 ont davantage fait appel à des pays comme l’Azerbaïdjan, l’Algérie, la Norvège, le Qatar, les États-Unis, l'Égypte et des pays d’Afrique de l'Ouest. Cette stratégie a permis à l’Union Européenne de remplir ses stocks de gaz avant l’hiver. Mais cette situation pourrait ne pas perdurer.

Si les craintes géopolitiques avancées par l’AIE se concrétisent, les réserves européennes n’atteindraient que 65% de leur capacité, au début de l'hiver 2023-2024. Tandis que durant l’automne 2022, l’UE avait atteint un niveau de 95%.

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