GRTgaz lance le "Power to Gas" à Marseille

Le "Power to Gas" se fait une place au soleil : cette technique révolutionnaire utilise l’électricité renouvelable non consommée pour produire de l’hydrogène – ou gaz H2. Le procédé a déjà séduit GRTgaz, une filiale du groupe Engie, qui a lancé mercredi dernier un démonstrateur d’hydrogène dans la cité phocéenne. Le nom de l’opération ? Jupiter 1000, en évocation à la planète dont l’atmosphère est principalement composée... d’hydrogène ! Zoom sur un combustible 100% écologique et non polluant qui pourrait bien révolutionner le monde de l’énergie.


Jupiter 1000 ou le pouvoir de l’hydrogène

Depuis peu, la zone portuaire de Fos-sur-Mer, dans les Bouches-du-Rhône, a quelque chose de changé. Et pour cause, GRTgaz et le Grand Port Maritime de Marseille ont annoncé la semaine dernière l’installation d’un système pas tout à fait comme les autres : Jupiter 1000 inspiré de la technologie "Power to Gas". Ce projet, installé au sein d’une pépinière dédiée à l’innovation, vise à étudier la validité technico-économique du "Power to Gas" en vue de faire émerger une nouvelle filière de production de gaz vert à l’horizon 2030.

Hydrogène

Il est possible d'utiliser de l'électricité pour transformer de l'eau en... gaz.

Concrètement, comment ça fonctionne ? Le "Power to Gas" consiste à utiliser de l’électricité pour transformer de l’eau en… hydrogène dit gaz H2. L’hydrogène peut ensuite être combiné par un processus de méthanation à du dioxyde de carbone (CO2) pour obtenir du méthane de synthèse dont les propriétés sont identiques à celles du gaz naturel. L’hydrogène et le méthane de synthèse une fois produits peuvent être injectés dans le réseau de transport de gaz.

Un procédé original qui tranche avec les projets de recherche actuels, à l’instar du projet GRHYD porté par Engie dont le but est d’injecter directement de l’hydrogène dans les gazoducs. "Les réseaux de gazoducs ne tolèrent qu’une proportion d’hydrogène de 6%. Avec le procédé testé par Jupiter, qui produit du gaz naturel de synthèse, il n’y aura plus de limite ! On pourrait produire jusqu’à 15 térawattheures (TWh) par an en 2050", estime Thierry Trouvé, le directeur général de GRTgaz qui coordonne l’opération.

Et cette efficacité n’est pas passée inaperçue : labellisée par le pôle de compétitivité Capénergies, le projet Jupiter 1000 est cofinancé par l’Union européenne, l’État français et la Région Provence-Alpes-Côtes-d’Azur pour un investissement total de 30 millions d’euros. Mais avant d’en voir les effets concrets, il faudra attendre encore un peu : l’entrée en service du démonstrateur Jupiter 1000 n’est prévue qu’en 2018.

Une solution pour stocker l’électricité d’origine renouvelable

Alors, pourquoi tant d’émulations autour d’une molécule connue depuis quatre siècles ? C’est que le "Power to Gas" est 100% écologique, un intérêt non négligeable à l’heure de la transition énergétique. "La combustion de l’hydrogène ne produit aucun gaz carbonique mais de l’eau", rappelle Pascal Mauberger, le président de l’Association française pour l’hydrogène et les piles à combustible. De fait, sa combustion ne dégage que de la vapeur d’eau, les deux atomes constituant l’hydrogène se combinant avec l’oxygène de l’air pour former des molécules H20... 

Eoliennes

Le "Power to Gas" est envisagé comme solution d'avenir pour recueillir les surplus de production des ENR.

Et les bienfaits de l’hydrogène sur l’environnement ne s’arrêtent pas là... Cet élément chimique peut être produit par des sources d’électricité d’origine renouvelable, comme le photovoltaïque ou l’éolien. À terme, la technologie "Power to Gas" pourrait donc favoriser le développement des énergies renouvelables (ENR), en recueillant les surplus de production et en facilitant l’équilibrage des réseaux électriques.

Estimés à plus de 50 TWh par an en 2050, les surplus représentent la part de la production électrique verte non absorbable par la consommation intérieure. Par exemple, lorsque les éoliennes tournent en période de vent mais que leur production ne peut pas être absorbée en raison d’une surabondance de la production électrique globale. Le "Power to Gas" pourrait notamment assurer la gestion des surplus de production d’au moins 3 TWh par an en 2030 et de plus de 20 TWh par an à l’horizon 2050. De l’électricité renouvelable au gaz vert, la boucle est bouclée !

Le saviez-vous ?

Dans L’Île mystérieuse publié en 1875, le célèbre Jules Verne prédisait déjà les effets positifs de l’hydrogène à travers le personnage du savant Cyrus Smith : "L'hydrogène et l'oxygène, qui (...) constituent [l'eau], utilisés isolément ou simultanément, fourniront une source de chaleur et de lumière inépuisable et d'une intensité que la houille ne saurait avoir. Un jour, les soutes des steamers et les tenders des locomotives, au lieu du charbon, seront chargés de ces deux gaz comprimés, qui brûleront dans les foyers avec une énorme puissance calorifique."

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