Londres ou Paris ? Qui paie son énergie le moins cher ?

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L'introduction de la concurrence sur les marchés français et britanniques de l'électricité et du gaz visant à réduire les prix payés par les consommateurs. Pourtant, les médias des deux côtés de la Manche s'alarment des augmentations tarifaires récurrentes. Analyse.


  • L'essentiel
  • Le consommateur français paie moins chère son électricité ; le consommateur britannique paie moins cher son gaz naturel. Mais les écarts de prix entre fournisseurs sont beaucoup plus importants en Grande-Bretagne, reflétant une plus grande diversité d'offres. Les deux marchés sont organisés en oligopoles de facto : les fournisseurs historiques en France, et les six plus grands fournisseurs en Grande-Bretagne, représentent plus de 80% des marchés de l'énergie pour particuliers.
  • Le marché de l'énergie en France est dominé par l'existence de tarifs réglementés fixés par les pouvoirs publics et proposés par les fournisseurs historiques. En Grande-Bretagne, les pouvoirs publics n'établissent pas de prix de référence, même si, selon le régulateur (Ofgem), une coordination tacite entre les six grands fournisseurs nuit à la libre concurrence et à la baisse des prix qui devrait en découler. Des deux côtés de la Manche, ce sont les petits fournisseurs qui proposent les offres les moins chères. Toutefois, les prix les moins chers en France sont ceux qui garantissent un pourcentage de réduction par rapport aux tarifs réglementés, alors qu'en Grande-Bretagne, les contrats d'énergie à prix fixes pendant un an sont les plus avantageux.
  • La place du nucléaire dans le bouquet énergétique français (73%) explique les faibles prix que paient les Français par rapport aux Britanniques pour leur électricité. A l'inverse, la France importe la plupart de son gaz naturel, alors que le Royaume-Uni en produit la moitié : cela explique les faibles prix payés par les Britanniques.

Les prix de l'électricité et du gaz en France et en Grande-Bretagne

Fin 2013, l'ADEME estimait que la facture d'énergie des ménages français s'élevait à 1 400 euros en moyenne. En Grande-Bretagne, la facture d'énergie moyenne atteint £1 264, soit presque 1 600 euros, selon le ministère britannique en charge de l'énergie (DECC). A l'unité, un ménage à Londres paie son kWh d'électricité 30% plus cher qu'un ménage à Paris, mais son gaz naturel est moins chez de 7,6%.

A consommations égales, les économies potentielles sont plus importantes Outre-Manche, du fait du nombre plus important de fournisseurs et d'offres. Plus surprenant : Alors même que l'électricité est 30% plus chère à Londres, l'offre la moins chère en Grande-Bretagne ne dépasse l'offre la moins chère en France que de très peu pour un ménage alimenté exclusivement à l'électricité. Pour un ménage utilisant de l'électricité et du gaz, les offres les moins chères sont beaucoup plus attractives à Londres qu'à Paris.

De fait, le consommateur britannique paie moins de taxes sur son énergie que le consommateur français. L'abonnement annuel est également beaucoup moins cher en Grande-Bretagne qu'en France. Enfin, les prix de l'électricité et du gaz en France s'organisent principalement autour des tarifs réglementés, encourageant moins les fournisseurs à se faire concurrence vers le bas puisque les comparaisons se font souvent par rapport aux offres des fournisseurs historiques aux tarifs réglementés, qui sont relativement chères. Au contraire, sans tarifs réglementés en Grande-Bretagne, les fournisseurs se font concurrence de manière imparfaite, mais plus saine, dans la mesure où le consommateur britannique cherche avant tout l'offre la moins chère, et pas seulement une offre avantageuse par rapport à un tarif de référence.

Enfin, les offres les moins chères en Grande-Bretagne sont les offres à prix fixes pendant un an. Pour attirer les clients, les fournisseurs britanniques vont beaucoup plus loin que les fournisseurs français, proposant de nombreuses réductions (pour une offre duale, pour la gestion de son compte en ligne, pour la facturation par prélèvement). En contrepartie, la plupart des fournisseurs britanniques facturent les résiliations anticipées du contrat d'énergie (uniquement pour les offres à prix fixes), contrainte inexistante pour le consommateur français : aucun contrat d'énergie en France n'inclut des frais de résiliation.

Qui paie plus cher son kWh d'électricité et de gaz ?

Une étude du centre de recherche finlandais Vaasaett sur les prix du gaz et de l'électricité dans les grandes villes européennes (2013) conclut que le kWh d'électricité est moins cher en France qu'en Grande-Bretagne, à l'inverse du kWh de gaz naturel.

Prix moyen du kWh d'électricité et du gaz à Paris et à Londres en 2013 (source : Vaasaett)
Energie Prix du kWh à Paris (€ TTC) Prix du kWh à Londres (€ TTC) Différence (%)
Electricité 0,137 0,1775 29% de plus à Londres
Gaz 0,0622 0,0575 7,6% de moins à Londres

A consommations égales, la facture d'un ménage britannique utilisant exclusivement de l'électricité est beaucoup plus élevée qu'en France. En revanche, un ménage utilisant tant de l'électricité que du gaz paiera moins chère son énergie en Grande-Bretagne.

Comparaison des factures d'énergie pour un foyer type au 14 août 2014 (sources : comparateurs Sélectra et uSwitch)
Profil Consommation d'électricité (kWh) Consommation de gaz (kWh) Fournisseurs Offres Estimation la moins chère Estimation la plus chère Différence
Foyer à Paris de 4 personnes (100m²) alimenté exclusivement à l'électricité 17 000 0 11 20 2 186 € 2 831 € 645 €
Foyer à Londres de 4 personnes (100m²) alimenté exclusivement à l'électricité 17 000 0 23 59 £1 768
(2 206 €)
£2 904
(3 623 €)
£1 136
(1 417 €)
Foyer à Paris de 4 personnes (100 m²) utilisant du gaz pour la cuisson, l'eau chaude et le chauffage 1 800 16 300 8 20 1 336 € 1 569 € 233 €
Foyer à Londres de 4 personnes (100 m²) utilisant du gaz pour la cuisson, l'eau chaude et le chauffage 1 800 16 300 21 62 £910
(1 135 €)
£1 189
(1 483 €)
£279
(348 €)

Que le ménage s'alimente à l'électricité ou à l'électricité et au gaz naturel, le marché britannique propose beaucoup plus de choix que le marché français. Cette variété est illustrée par les écarts de prix entre les offres les plus chère et les offres les moins chères, largement supérieurs en Grande-Bretagne qu'en France.

Existe-t-il des tarifs réglementés en Grande-Bretagne ?

Le marché français de l'énergie demeure dominé par l'existence de tarifs réglementés pour l'abonnement comme le kWh de gaz et d'électricité. Ces tarifs de référence sont fixés par les pouvoirs publics et seuls les fournisseurs historiques peuvent les proposer à leurs clients. Il s'agit de tarifs censés refléter les coûts d'appovisionnement et de fonctionnement des fournisseurs historiques. Dès lors, les offres des fournisseurs alternatifs s'organisent autour des tarifs réglementés du gaz et de l'électricité. Il n'est pas rare de se voir proposer une offre indexée aux tarifs réglementés (le prix de l'abonnement ou du kWh d'électricité ou de gaz est inférieur de X% par rapport aux tarifs réglementés en vigueur. De même, les prix initiaux des offres aux prix fixes sont largement comparés aux tarifs réglementés, à l'image de l'offre Astucio Eco d'eni, qui révise néanmoins ses prix à la baisse en cas de réduction des tarifs réglementés.

Cette référence en matière de prix n'existe pas en Grande-Bretagne, où les fournisseurs d'électricité et de gaz sont libres de fixer leurs prix. En théorie, cela mène à une véritable concurrence entre fournisseurs d'énergie et fait baisser les prix payés par les consommateurs. En pratique, le marché reste dominé par les six plus importants fournisseurs (Big Six), qui sont régulièrement accusés par le régulateur (Ofgem) de coordonner leurs prix de manière tacite. De fait, il existe donc une gamme de prix de référence en Grande-Bretagne, à laquelle les petits fournisseurs ne peuvent que se comparer. Certains affichent explicitement cette comparaison dans leurs offres (ex : First:Utility, "toujours moins cher que le Big Six").

Les offres à prix fixes, un avantage britannique

En France, les offres les moins chères du marché sont globalement celles dont les prix sont réduits par rapport aux tarifs réglementés. Les offres à prix fixes proposent des prix initiaux proches ou supérieurs aux tarifs réglementés et plus élevés que les prix initiaux des offres indexées.

Ce n'est pas le cas en Grande-Bretagne, où les fournisseurs s'efforcent de fidéliser leurs clients, même à court terme : Les offres à prix fixes pendant un an sont toujours moins chères que les offres à prix variables. En revanche, comme en France, les offres des fournisseurs britanniques aux prix fixes sur deux et surtout trois ans sont régulièrement plus chères que les offres aux tarifs variables.

Autre différence notable, aucune offre d'énergie en France, à prix fixes ou indexés, n'impose des frais de résiliation aux clients. En Grande-Bretagne, les fournisseurs proposant des offres d'électricité et/ou de gaz à prix fixes ont tendance à imposer des frais de résiliation pour toute rupture de contrat prématurée, qui peuvent atteindre £50 (plus de 60 euros) par énergie.

Les réductions que proposent les fournisseurs britanniques

Un aspect particulièrement frappant du marché britannique de l'énergie est la présence de multiples réductions en fonction des priorités des fournisseurs. Alors que le prix du kWh ne varie pas, les fournisseurs britanniques attirent leurs clients en proposant des réductions annuelles modiques (entre £5 et £20 par énergie) aux clients qui choisissent une offre duale, qui acceptent de gérer leur compte en ligne ou qui sont prêts à payer leurs factures par prélèvement automatique. a seule offre équivalente en France est celle de Direct Energie, dont l'offre Online impose une gestion de compte exclusivement en ligne en contre partie d'une plus grande réduction sur le prix du kWh HT par rapport aux tarifs réglementés, et surtout, par rapport à son offre Classique.

Décomposition des factures britannique et française : abonnement et consommations

En euro TTC, une facture d'énergie en France se divise en deux parties :

  • l'abonnement, qui dépend de la puissance du compteur et de l'option tarifaire (Base ou HP/HC) pour l'électricité et de la consommation pour le gaz naturel ;
  • les consommations (en kWh), facturées à un prix invariable pour l'électricité mais qui dépendent de la zone tarifaire pour les consommations de gaz supérieures à 6 001 kWh par an.

En livres sterling TTC, une facture d'énergie en Grande-Bretagne se divise également en deux parties :

  • la daily standing charge, exprimée en centimes par jour, dont le prix dépend surtout de la zone de distribution ;
  • les consommations (en kWh), dont le prix dépend surtout de la zone de distribution de la zone de distribution.
Fournisseur et offre Energie Abonnement Exemple de coût d'un abonnement annuel Consommations Exemple de coût d'un kWh
France

Offre Electricité + Gaz
Electricité Somme annuelle, dépend de la puissance du compteur et de l'option tarifaire 84.48 € TTC par an pour un compteur de 6kVA en option base Prix par kWh consommé, invariable quel que soit la puissance du compteur mais différent selon l'option tarifaire 0.12910 €/kWh TTC
Gaz Somme annuelle, dépend des consommations 223.56 € TTC par an pour une consommation supérieure à 6 001 kWh par an (tarif B1) Prix par kWh consommé, variable en fonction de la consommation et, pour les consommations supérieures à 6 001 kWh par an (tarif B1), de la zone tarifaire 0.05070 €/kWh TTC
Grande-Bretagne

iSave Everyday
Electricité Somme par jour, dépend surtout de la zone de distribution £0.0162 TTC par jour, soit £5.91 TTC par an Prix par kWh consommé, dépend surtout de la zone de distribution £0.16633 par kWh TTC
Gaz Somme par jour, dépend surtout de la zone de distribution £0.0228 TTC par jour, soit £8.32 TTC par an Prix par kWh consommé, dépend surtout de la zone de distribution £0.04030 par kWh TTC

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Taxes sur l'énergie : les Français pénalisés ?

Les coûts de l'énergie se composent :

  • du coût d'achat de l'énergie et des coûts de fonctionnement des fournisseurs (dont marges) ;
  • des coûts de transport et de distribution de l'énergie, versés aux gestionnaires de réseaux ;
  • des taxes, et notamment la taxe sur la valeur ajoutée.
 

Les taxes sur l'électricité et le gaz naturel en France sont beaucoup plus importantes qu'en Grande-Bretagne : le consommateur britannique paye deux fois moins de taxes sur sa facture d'électricité et le ménage français paye deux-tiers de plus de taxes que son équivalent britannique.

Par ailleurs, même si Français comme Britanniques sont soumis à la TVA, les taxes sont complètement différentes :

  • Les taxes sur les factures d'électricité et de gaz en France se décomposent en quatre taxes pour l'électricité et cinq taxes pour le gaz naturel (dont TVA).
  • Les taxes sur les factures d'électricité et de gaz en Grande-Bretagne découlent d'obligations environnementales des fournisseurs (obligation d'aider les clients à réduire leurs factures d'énergie ou de contribuer au financement de production d'électricité renouvelable, par exemple), auxquelles s'ajoute la TVA (à taux unique).

Consommateurs vulnérables : comment sont-ils protégés Outre-Manche ?

En France, un consommateur peut bénéficier du Tarif de Première Nécessité pour l'électricité et/ou du Tarif Social de Solidarité pour le gaz (i) s'il bénéficie de la Couverture Maladie Universelle Complémentaire (CMU-C) ou de l'Aide pour une Complémentaire Santé (ACS) ou (ii) si son revenu fiscal annuel de référence est inférieur à 2 175 euros par part (France métropolitaine). Le bénéfice du TPN se traduit par une déduction forfaitaire sur les factures annuelles d'électricité et/ou de gaz naturel.

En Grande-Bretagne:

  • le Winter Fuel Payment permet aux personnes âgées sur retraite de l'Etat d'avoir une réduction sur leur facture annuelle d'énergie ;
  • le Warm Home Discount Scheme accorde une réduction annuelle sur les factures d'énergie aux bénéficiaires d'une aide sociale à la retraite (Pension Credit) ;
  • une série de programmes permettent aux consommateurs vulnérables d'améliorer l'efficacité énergétiques de leur logement (ex : ECO Affordable Warmth Scheme).

Ainsi, l'aide britannique aux personnes ayant des difficultés à payer leurs factures d'énergie repose sur l'efficacité énergétique sauf pour les personnes âgées prises en charge par le gouvernement.

La production d'énergie en France et au Royaume-Uni

La production d'électricité

Comme l'illustrent les schémas ci-dessous, la France produit davantage d'électricité (550,9 TWh en 2013, source : RTE) que le Royaume-Uni (359 TWh en 2013, source : DECC). La grande majorité de l'électricité produite en France est d'origine nucléaire (73,3%). Au Royaume-Uni, le charbon (36,5%), suivi du gaz naturel (26,7%) puis du nucléaire (19,8%) sont les principales sources de l'électricité produite. En ce qui concerne la part des énergies renouvelables dans le bouquet énergétique, la France (18,6%) devance le Royaume-Uni (11,3%).

 
 

L'électricité en France est produite à 90% par EDF (également un fournisseur historique d'électricité), les 10% restant se répartissant entre la Compagnie Nationale du Rhone (6,6%) et E.ON France (3,3%). Aucun des fournisseurs alternatifs ne possède de réels moyens de production d'électricité.  La situation est légèrement différente au Royaume-Uni. En effet, les six plus grands fournisseurs britanniques (les Big Six) possèdent 71% des moyens de production d'électricité au Royaume-Uni.

 

Toutefois, la production française et britannique d'électricité se ressemblent en ce sens que ni les fournisseurs alternatifs en France, ni les petits fournisseurs au Royaume-Uni, n'ont de véritable moyens de production d'électricité.

La production de gaz naturel

Les importations de gaz naturel sont semblables en valeurs absolues pour la France (549,5 TWh) et le Royaume-Uni (535,1 TWh) en 2013. Toutefois, la France ne produit presque pas de gaz naturel (5,6 TWh en 2013), alors que la production britannique de gaz naturel (424 TWh en 2013) est à peu près équivalente à ses importations nettes (425.5). La France est donc beaucoup plus dépendante d'importations de gaz naturel que le Royaume-Uni, comme l'illustrent les schémas suivants.

 
 
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