Vers une nationalisation d’EDF ?

vers une renationalisation d'EDF ?

Le 2 juin dernier déjà, Agnès Pannier-Runacher, chargée de la Transition énergétique au gouvernement, affirmait sur le plateau de franceinfo ne pas exclure la nationalisation du géant français, fournisseur historique d’électricité. Aujourd’hui et dans un contexte de crise énergétique, la réforme d'EDF pourrait bien bénéficier d’un nouveau souffle et le projet de nationalisation semble se préciser.


Un chantier prioritaire

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Alors qu’il avait été plusieurs fois ajourné durant le précédent quinquennat d’Emmanuel Macron, le projet de réforme d’EDF est aujourd’hui sur toutes les lèvres.

En effet, dans un contexte de crise énergétique - lié notamment à la guerre en Ukraine - les besoins en énergie (abordable et conséquente) apparaissent de plus en plus prégnants. Toutefois, EDF paie actuellement les frais d’un parc nucléaire partiellement indisponible et d’une politique de préservation du pouvoir d’achat défavorable. En effet, le fournisseur a été contraint par le Gouvernement d'attribuer des volumes d'électricité nucléaire bon marché supplémentaires à ses concurrents.

Autant d’éléments qui participent à creuser la dette - déjà colossale - de l’énergéticien hexagonal et une raison supplémentaire de rebattre les cartes, en dirigeant l’entreprise vers sa nationalisation. À ce titre donc, selon Les Echos “le retour d'EDF à 100 % dans les mains de l'Etat figure parmi les chantiers prioritaires du nouveau gouvernement qui doivent être engagés après les élections législatives, aux côtés de la lutte contre l'inflation et de la réforme des retraites”.

Jean-Bernard Lévy, PDG d’EDF aurait par ailleurs d’ores et déjà pris rendez-vous avec les organisations syndicales d’EDF en vue - selon la CGT - d’aborder “la situation de l’entreprise et ses évolutions”.

Les enjeux d’une nationalisation d’EDF

Contacté par Reuters, EDF a indiqué ne pas souhaiter faire plus de commentaires sur le sujet, toutefois, à en croire les récentes constatations du magazine Les Echos et la montée des actions en Bourse du géant de l’énergie (l’action EDF progresse de 5% jeudi à 8,51 euros), il se pourrait donc que le scénario de la nationalisation se précise. D’autant que pour le gouvernement, “l’alternative 100% publique offre [semble t’il] de nombreux avantages”.

Un avantage politique

En mars dernier déjà, lors de la présentation de son programme de campagne, le président, alors candidat aux élections, Emmanuel Macron avait revendiqué la nécessité pour l'État de “prendre le contrôle capitalistique” d'une “partie des activités” d'EDF, affirmant au passage :

“Je pense que sur une partie des activités, les plus régaliennes, il faut considérer que l'Etat doit reprendre du capital, ce qui va d'ailleurs avec une réforme plus large du premier électricien français.”

En effet, tous bords confondus, il semblerait que les politiques s’accordent à considérer que le nucléaire doit être le monopole de l’État. Les activités nucléaires d'EDF, essentielles à la souveraineté énergétique du pays, sont au cœur des préoccupations gouvernementales, à fortiori dans le contexte actuel si particulier.

Une action symbolique

Votée le 8 avril 1946, après un débat parlementaire entamé fin mars, la loi sur la nationalisation de l’électricité et du gaz a été présentée et âprement défendue par Marcel Paul, alors ministre de la production industrielle, dans le gouvernement de Charles de Gaulle.

“Il ne s’agit pas seulement, d’ailleurs, d’un problème économique, pourtant combien crucial, mais au fond [...] de l’indépendance de la France. Équilibrer nos exportations et nos importations, [...] c’est travailler à garantir la liberté de la France. Il faut lever, sur notre pays, l’hypothèque du charbon étranger.”

27 mars 1946, Marcel Paul

À ce titre et comme le rappelle Les Echos, la nationalisation d’EDF représente donc un symbole essentiel, d’autant plus dans un contexte où le pays cherche à gagner son indépendance énergétique vis-à-vis de la Russie. Le magazine cite d’ailleurs une source proche des pouvoirs publics :

“La nationalisation marquerait un retour aux fondamentaux, au groupe fondé par Marcel Paul.”

Pour Les Echos, “les objectifs de cette opération qui pourrait être combinée à une (sic) augmentation de capital sont multiples : rassurer les investisseurs, faire baisser ses coûts de financement, bénéficier d'une position de négociation plus favorable avec Bruxelles sur la réforme du prix régulé de l'électricité nucléaire (ARENH) ou encore financer les nouveaux EPR”.

Vers une nationalisation temporaire ?

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“À supposer qu'on nationalise EDF, l'option de constituer un pôle d'activité sans enjeux souverains dont le capital serait ouvert à d'autres investisseurs reste ouverte”, affirme une source au fait du dossier auprès des Echos.

Ce point, déjà soulevé l’an passé par Bercy, suggère qu’une nationalisation “temporaire” permettrait au gouvernement de bénéficier d’un cadre plus serein avant de négocier une nouvelle régulation du nucléaire auprès de la Commission européenne. Le sujet avait d’ailleurs été traité dès 2021 avec Bruxelles au cours du projet de réforme d’EDF - “Hercule” - qui consistait à réorganiser l’entreprise autour de deux différents pôles :

  • Un pôle 100% public avec le nucléaire et les barrages (EDF Bleu) ;
  • Un second pôle coté en Bourse, comprenant les énergies renouvelables et les réseaux (EDF Vert).

Toutefois, à en croire la feuille de route d’Emmanuel Macron, il semblerait que les énergies vertes d’EDF ne fassent l’objet d’aucune cession. Il n’en reste pas moins que l’inquiétude des syndicats monte autour de la question :

“Lorsqu'Emmanuel Macron parle de nationalisation, il oublie de dire qu'il parle d'une opération temporaire avec des cessions par morceaux ensuite, comme envisagé lors des projets précédents.”

Fabrice Coudour, dirigeant de la Fédération nationale des Mines et de l’Énergie – CGT (FNME-CGT)

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