74 % des Français voient en la domotique une révolution, mais que change-t-elle vraiment à nos vies ?

En 2018, nous avons pu constater l’arrivée massive de solutions connectées sur les étals des magasins. Cette démocratisation, relativement récente, amène son lot de questions. Que change l’Internet des objets pour les consommateurs ? Quel avenir dessine-t-il pour le futur ? À quels enjeux sont confrontés les acteurs du marché et pourquoi sont-ils déterminants ? La vie privée est-elle menacée ? Autant de considérations qu’il est important d’analyser dès maintenant, pour rêver le monde de demain en toute sérénité.

Les objets connectés, un casse-tête pour 32 % des Français


Les assistants vocaux sont le grand succès de 2018.

En 2018, alors que la domotique entre peu à peu dans les maisons des français, de nombreuses questions traversent les débats publics. Comment en effet ne pas interroger cette popularisation des équipements intelligents, rapide et a priori instoppable ? Si la technologie n’est de façon inhérente ni bonne ni mauvaise, elle dépend évidemment de l’utilisation que l’on décide d’en avoir. Plusieurs analyses et études montrent qu’un décalage réel semble perdurer entre la vitesse de démocratisation de l’Internet des objets et celle des technologies et services permettant d’en garantir un usage sécurisé.

En France, ces derniers mois, nous avons pu voir arriver de nombreuses enceintes connectées. HomePod, Amazon Echo et autres Google Home sont désormais disponibles, ouvrant la possibilité de créer chez soi de véritables maisons connectées. En 2017, selon les chiffres de la Fédération française de Domotique, le marché de la maison connectée aurait atteint les 1,6 milliard d’euros. Et selon le cabinet d’études IDC, qui a récemment publié une nouvelle étude, le marché mondial de la maison connectée devrait doubler d’ici 2022. Tous ces chiffres attestent d’une chose : le nombre d’objets intelligents distribués à travers le monde est en constante augmentation, et de ce fait, leur utilisation aussi. De plus, l’on voit apparaître des offres plus abordables, à l’instar de celles d'Ikea par exemple, qui en lançant sa gamme d’objets connectés tente de s’imposer dans le secteur. Dans le même temps, l'entreprise néerlandaise veut véritablement concrétiser la formule « démocratisation de la domotique » en proposant notamment des prises intelligentes Ikea à des prix très abordables.

Domotique : le renouveau de l’industrieAlors que la technologie évolue, il est logique de voir un changement profond dans l’industrie et la manufacture même des objets. Cela a un nom : l’industrie 4.0. Les usines s’équipent d’objets connectés et deviennent intelligentes. La fabrication est donc aussi en train de changer, et l’usine de demain devrait être très différente à celle de 2018. Plus performante, plus productive et moins coûteuse, l’industrie du futur s’envisage au jour de métamorphoses très actuelles.

Les Français et la domotique : un problème de communication


Les objets intelligents à porter sont aujourd'hui très populaires et bien plus faciles d'accès qu'auparavant.

Début octobre 2018, une nouvelle étude permettait de mieux comprendre le rapport des Français à la maison connectée. S’ils n’ont pas réellement peur de cette maison intelligente tant discutée, l’on sait qu’ils restent méfiants. En cause, les failles sécuritaires, bien sûr, mais aussi et surtout : leur ignorance. Car malgré la multiplication des technologies domotiques, il semblerait qu’en France, peu de personnes comprennent le fonctionnement de celles-ci.

Alors que les trois quarts des Français voient en la domotique une révolution (74 %), les mécaniques de celle-ci semblent leur échapper. C’est ce que constate le premier baromètre Boulanger/IFOP paru le lundi 15 octobre 2018. Et d’autres conclusions de cette enquête sont parlantes :

  • 72 % : les Françaises et les Français qui disent que les objets connectés sont utiles et facilitateurs du quotidien,
  • 64 % : c’est le nombre d’interrogés avouant qu’ils n’utilisent qu’une partie des fonctionnalités d’un objet connecté parce qu’ils ne savent pas vraiment s'en servir,
  • 32 % : c’est le pourcentage de personnes de l’étude insistant sur la complexité de la mise en service et de l’installation des objets connectés,
  • 31 % : les personnes qui envisagent de s’équiper d’un thermostat connecté avant 2022,
  • 42 % : celles et ceux qui considèrent l’achat d’un bracelet connecté ou d’une montre intelligente dans les cinq années à venir,
  • 8/10 : la proportion de Françaises et de Français estimant que la domotique est encore trop onéreuse.

Toutes ces données sont révélatrices. D’une part, car elles sont en augmentation par rapport au baromètre de 2016, mais aussi, car elles mettent en lumière les préoccupations au cœur de la demande et les défis des acteurs du marché domotique pour les années à venir.

Si le marché de la domotique est en pleine ascension, les réticences du public sont encore bien réelles. La compréhension de la technologie par le public et la baisse des prix semblent être les deux plus gros enjeux des prochaines années pour les grands acteurs du marché, mondial comme français. En attendant, la prolifération des équipements intelligents depuis plusieurs mois laisse entrevoir les grands changements et les révolutions de demain.

Domotique : le besoin d’un encadrement et de normesDe nombreuses interrogations traversent le secteur, notamment sur le potentiel retard de l’Europe en matière de cybersécurité. Mais aussi et surtout sur le besoin urgent de normes internationales pour garantir des usages sûrs de la domotique. Cette dernière dépend grandement de la collecte de données, lesquelles sont aujourd’hui laissées entre les mains de corporations qui peuvent en faire plus ou moins ce qu’elles veulent. Alors que certains se demandent si le règlement européen sur la protection des données – ou RGPD – est une menace pour l’innovation européenne, il paraît pourtant essentiel de pouvoir encadrer les pratiques de tous les acteurs, privés comme publics.

Domotique : repenser les lieux de travail


La domotique peut être à la fois un facteur de changement dans la vie de tous les jours, mais aussi aider à provoquer cette transformation par son usage dans la recherche.

Les nouveaux usages et l’innovation modifient non seulement la vie au cœur des logements personnels, mais aussi celle du milieu professionnel. Une étude parue durant l’été 2018, « The impact of the open workspace on human collaboration », signée par Ethan S. Berstein et Stephen Turban, professeurs à la Harvard Business School, permet d’imaginer comment la domotique pourrait changer le travail dans les années à avenir.

À travers leur recherche, les deux universitaires ont voulu se pencher sur les interactions dans l’open space, entre les salariés d’une entreprise. L’open space est un terme pour désigner les bureaux ouverts, très populaire outre-Manche et désormais mis en place dans de nombreuses structures françaises. Le but de cet espace ouvert est assez simple : encourager la communication entre les personnes.

Pour leur étude, menée au cœur de deux multinationales, l'ambition était donc de comparer les comportements des employés dans un espace compartimenté, puis dans un espace ouvert. Ethan S. Berstein et Stephen Turban ont fourni des badges connectés équipés d’un capteur infrarouge, un accéléromètre, une balise GPS et des micros aux employés. Grâce à cela, il pouvait connaître toutes les interactions entre les personnes. Ces données ont aussi été croisées avec l’usage des différentes messageries instantanées par les personnes, ainsi que les emails. Et le résultat peut paraître surprenant, mais dans l’open space, la baisse des interactions en face à face était de 67 % à 71 %, avec une augmentation significative du nombre d’emails échangés, de 22 à 55 %.

Cette étude, menée grâce à la domotique, peut donc permettre de repenser le cadre professionnel. L’innovation technologie offre une véritable possibilité de renouveau, afin d’expérimenter et d’améliorer la société à de nombreux niveaux. À l’avenir, l'Internet des objets pourrait être l’outil n°1 permettant la création de bureaux d’entreprises à la fois optimisés et automatisés.

11 % des Français sont déjà équipés en sécurité, chauffage ou confort domotique

Bien évidemment, les bienfaits les plus visibles de la domotique sont l’augmentation du bien-être et l’optimisation de la sécurité grâce à la technologie. Cela s’incarne principalement par la conception d’écosystèmes intelligents au sein des logements, avec lesquels il est possible de créer des scénarios et des routines automatisés. En quelques exemples, cela se manifeste concrètement par diverses fonctionnalités : programmer la fermeture des volets, planifier la préparation du café au réveil, régler le chauffage de la maison via l’installation de thermostats connectés ou de vannes thermostatiques autonomes, et ainsi de suite.

La domotique permet donc de faciliter le quotidien de toutes les populations. Pour les personnes âgées, cela se manifeste par exemple par la création de solutions intelligentes pour le maintien à domicile. Grâce à l’Internet des objets, la centralisation des contrôles se fait généralement grâce à une application smartphone ou tablette permettant la gérance de tous les appareils du quotidien du bout des doigts. Dans le futur, cette facilitation devrait être encore plus concrète, avec des maisons entièrement automatisées comme celles imaginées dans des séries comme Black Mirror. Pour les habitantes et les habitants, l’intervention deviendra quasi obsolète. Grâce à la présence de capteurs et à l’intelligence artificielle, les objets intelligents seront à même de récolter de nombreuses données. Celles-ci seront ensuite analysées pour engendrer l’apprentissage au coeur de l’écosystème domotique, offrant ainsi une automation personnalisée à chaque habitation.

Au-delà du confort, les objets connectés nous protègent. Grâce à l’installation de caméras intelligentes ou de systèmes sécuritaires domotiques, les maisons sont plus sûres. C’est ce que proposent les dispositifs de société telle que Securitas Direct, ou les services de vidéobienveillance de Kiwatch. Et cet aspect sécuritaire est autant convoité par les particuliers que par les professionnels. Le développement d’algorithmes toujours plus performants ou de technologies révolutionnaires comme la reconnaissance faciale a permis la popularisation d’offres domotiques destinées à la sûreté. Selon une récente étude Reworld Media-Harris Interactive, 58% des Français ont la volonté d’intégrer des objets connectés au sein de leur logement et 11 % des personnes interrogées ont déclaré posséder un équipement domotique en lien avec la sécurité, l’énergie ou le confort. La sécurité est un pan non négligeable du marché domotique. Les prochaines années seront déterminantes quant à l’utilisation étendue de ces technologies. Elles pourraient possiblement faire partie intégrante de nos maisons comme de nos villes. Cette tendance se confirme d'ailleurs par la multiplication de démarches récentes, comme la mise en place de la Smart Grids Task Force en 2017 par l’Union européenne. Ce groupe de travail oeuvre activement à un projet dédié à la mise en place sur le long terme de réseaux électriques intelligents et au développement de la smart energy à travers l'Europe.

Domotique : 20 % d’économies sur la facture énergétique pour un geste écolo


Avec la domotique, réduire sa facture électrique peut être synonyme de protection envrionnementale.

L’autre grand axe de potentiel changement grâce à l’Internet des objets est indéniablement l’écologie et la protection environnementale. Il y a deux mois de cela, EDF Pulse faisait notamment la présentation de la « maison écointelligente du futur ». L’idée est simple : créer une maison dont la consommation en énergie est réduite et optimisée grâce à l’installation d’objets connectés.

Les objets connectés peuvent réguler la consommation d’eau ou déterminer l’avenir des abeilles grâce à des ruches connectées. Et l’écodomotique fait désormais partie intégrante des considérations des acteurs du marché, comme en témoigne la mise en place de partenariats tels que celui d’Engie et de l’assistant Google Home.

Pour les usagers et usagères, cette utilisation de la domotique dans le cadre écologique est aujourd’hui majoritairement réalisée par l’installation de solutions de chauffages connectées. Ceux-ci peuvent dans un premier temps aider à faire des économies – Selectra propose d’ailleurs 10 astuces pour réduire la facture du chauffage –, et dans un second temps favoriser la limitation de l'empreinte carbone individuelle par l’optimisation de la consommation. L’installation d’un thermostat connecté peut aider à faire environ 20 % d’économies sur la facture énergétique chaque année. Sur le long terme, et au vu du succès croissant de ces dispositifs, l’on peut envisager la multiplication de maisons intelligentes et de smart cities, à l’image des villas connectées de Legrand dans la commune de Blagnac. À grande échelle, ce développement pourrait avoir des effets concrets et indispensables pour la lutte écologique, mais aussi pour la transition énergétique, l'enjeu majeur du XXIe siècle.

Domotique : une révolution à tous les niveauxDes vêtements connectés à l’installation d’éclairages intelligents, en passant par le renouveau de l’agriculture et la création de coachs sportifs virtuels, la domotique a le potentiel de redéfinir le quotidien des populations, et ce de manière profonde… et parfois improbable.
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