Ecologie : comment la covid-19 a-t-il changé la donne des municipales 2020 ?

Velo
Le vélo est devenu un des moyens de transports les plus utilisés par les Français suite à la crise sanitaire.

Le coronavirus aura bouleversé la campagne des municipales. C'est le moins que l'on puisse dire. Le report du second tour a entrainé une modification des programmes mais aussi des attentes des citoyens. Et, l'écologie semble s'imposer ! Mais alors, quels sont les sujets les plus abordés du scrutin ? Cette montée en puissance des préoccupations environnementales permettra-t-elle aux écologistes de gagner des villes de grande taille ? Selectra fait le point.


L'environnement, un thème phare de la campagne

Déjà mis en avant pour le premier tour, les questions environnementales s'invitent encore davantage dans le scrutin alors que le second tour approche. Suite à l'épidémie de Covid-19 et aux mesures de confinement, nombreuses sont les listes candidates qui ont changé un peu leur programme en mettant le focus sur des mesures plus vertes pour leur ville.

"Parmi les démarches les plus fréquentes, figurent un recentrage des investissements sur l’économie locale avec la mise en œuvre de circuits courts, une meilleure prise en charge de la santé et la demande de nouvelles mobilités."
Association des maires de France (AMF)

Vélo et mobilités douces

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On constate un déclin de la fréquentation des transports en commun à l'heure du déconfinement. La raison ? Une difficulté à mettre en place les gestes barrières qui se traduit par une peur d'attraper le coronavirus. Face à cela, on observe une montée en flèche du vélo et des mobilités douces. Bien plus économique que l'usage de la voiture, plus écologique, le vélo pourrait devenir une nouvelle habitude de mobilité.

Fort de ce constat, l'Etat a d'ailleurs mis en place une aide à la réparation. Depuis le 11 mai, il est possible d'obtenir un "coup de pouce réparation" de 50 euros pour réparer sa bicyclette.

C'est donc tout naturellement que le vélo classique ou électrique a pris une place prépondérante dans les programmes des municipales. Aménagement des pistes cyclables, places de stationnement, etc. les mairies ont un pouvoir de décisions sur ces sujets.

Pour aider les électeurs et électrices à faire leur choix, la Fédération des usagers de la bicyclette (FUB) a mis en place sur son site une carte interactive. Elle recense tous les enjeux liés au développement de la petite Reine, ville par ville, ainsi que les prises de positions et propositions des listes candidates.

Agriculture locale et alimentation : les circuits-courts de plus en plus plébiscités

Autre grande question pour les territoires : celle de la "résilience alimentaire". L'accès à l'alimentation bio et locale, notamment dans les cantines scolaires est une attente de nombreux parents.

D'autre part, les listes entendent redynamiser les marchés municipaux et faire venir plus de producteurs locaux. C'est, par exemple, ce que fait savoir Jeanne Barseghian, tête de liste Europe Ecologie Les Verts (EELV) à Strasbourg.

"Les aspirations écologiques se sont renforcées avec la crise sanitaire, la fermeture des marchés a été très mal vécue, il était difficile de se fournir en produits frais et il y a donc une envie de consommer local, bio, sain."
Jeanne Barseghian

Logement et transition énergétique, un enjeu pour les mairies au lendemain du confinement

renovation logement

Enfin, la rénovation du parc immobilier ainsi que la construction de nouveaux logements à haute performance énergétique doivent être au coeur des préoccupations des futurs conseils municipaux. En effet, après 55 jours de confinement, on peut penser que les familles françaises seront encore plus attentives à la qualité de leur habitat.

Pour certains candidats, c'est d'ailleurs une priorité. C'est, par exemple le cas d'Olivier Carré, maire sortant d'Orléans (DVD) qui souhaite proposer un guichet unique dédié à la rénovation thermique. C'est aussi le cas de Pierre Hurmic, candidat écologiste à Bordeaux qui annonce vouloir mener un "gros programme de rénovation thermique des logements".

"Bordeaux a environ 30000 passoires thermiques et 13000 foyers en situation de précarité énergétique, c’est un chantier à lancer immédiatement."
Pierre Hurmic

Municipales 2020 : vers plus de grandes villes EELV ?

Cet engouement pour l'environnement devrait jouer en faveur des listes écologistes. Alors qu'en France EELV ne détient actuellement qu'une seule mairie, il est fort probable que le mouvement politique densifie son maillage territorial en gagnant plusieurs grandes villes.

Grenoble : Eric Piolle se maintiendra-t-il ?

Avec un score de plus de 46,2 % au premier tour, il y a fort à parier qu'Eric Piolle, seul maire écologiste de France (dans les villes de plus de 100 000 habitants) soit réélu sans difficultés. En effet, aucune alliance n'a été mise en place par ses concurrents. Il a donc le champ libre dans le cadre de la quadrangulaire.

Toulouse : une bascule écolo ?

Alors que Jean-Luc Moudenc, le maire actuel est arrivé en tête avec 36,18%, la ville pourrait tout de même devenir un bastion vert. En effet, il est challengé par Antoine Maurice, le candidat écologiste. Au premier tour, ce dernier a obtenu 27,56% des suffrages. Mais il devrait bénéficier du report de voix des électeurs de Nadia Pellefigue (PS). Arrivée en 3ème position avec 18,53% des suffrages exprimés, elle s'est retirée de la course à son profit.

Lyon : nouvelle capitale verte ?

Dirigée pendant 20 ans par Gérard Collomb, la ville de Lyon pourrait changer de bord politique. Arrivé en tête au premier tour, le candidat écologiste Grégory Doucet semble en passe de gagner la mairie. D'autant plus qu'il a conclu des accords avec de nombreux partis de gauche.

En face, l'alliance de Yann Cucherat, le poulain de Gérard Collomb (LREM) avec les Républicains (LR) n'a pas été appréciée par tous les électeurs. Le troisième candidat de la triangulaire, également proche de la République en Marche, Georges Képénékian part, quant à lui, sans alliance. Il sera donc compliqué pour lui de remonter en première position.

Rouen : EELV ne transforme pas l'essai

Suite à l'incendie Lubrizol, alors qu'ils étaient en tête dans les sondages pour le premier tour, les écologistes sont finalement arrivés en deuxième position le jour du vote. Ils rallient donc la liste de Nicolas Mayer-Rossignol (PS), ancien président du conseil régional de Haute-Normandie. A priori, cette union des gauches devrait remporter la mairie. Ensemble, ils totalisent plus de 50% des votes du premier tour.

Strasbourg : une triangulaire en faveur des écolos ?

A l'issue du premier tour, Jeanne Barseghian (EELV) avait totalisé la majorité des voix (27,87 %) devançant largement la maire sortante Catherine Trautmann ( en troisième position avec 19,77 % des suffrages). Mais, les deux candidates n'ont pas réussi à conclure d'alliance.

A l'inverse, les candidats LREM et LR se sont eux rapprochés pour former une liste commune. Au vu de la configuration de la triangulaire, il sera donc difficile pour la candidate écologiste de gagner la mairie.

Anne Vignot, future maire EELV de Besançon ? 

C'est fort probable. Anne Vignot (EELV) a remporté largement le premier tour (31,19%) face à Ludovic Fagaut (LR) qui totalise 23,59% des voix et Eric Alauzet (LREM-Modem) avec 18,89% des scrutins. Ses deux challengers n'ayant pas réussi à s'entendre, elle devrait arriver en tête du second tour.

Mairie de Paris : une alliance EELV et PS

Enfin, Anne Hidalgo a formé une coalition avec la liste EELV menée par David Belliard. Avec 45% des intentions de votes pour le second tour du scrutin, elle devrait donc conserver la mairie de Paris. Selon une étude BVA, d'après les électeurs (38%), elle serait la plus à même de gérer "la crise écologique et le risque climatique".

Une abstention record

Si les Verts pourraient bel et bien tirer leur épingle du jeu au second tour des municipales 2020, la grande gagnante du scrutin restera probablement l'abstention. Selon un sondage Ifop du 15 mars 2020, seuls 38% de participation sont attendus pour le second tour. En cause ? La peur d'attraper le coronavirus avant tout. 40% des électeurs et électrices ne se rendront pas aux urnes du fait de la Covid-19.

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