La France vend son électricité à toute l'Europe, mais reste accro aux énergies fossiles

La France vend son électricité à toute l'Europe, mais reste accro aux énergies fossiles

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Selon le Bilan électrique 2025 publié hier par RTE, la France a exporté un volume net record de 92,3 TWh, générant 5,4 milliards d'euros de recettes, soit 400 millions de plus qu'en 2024. Mais cette performance commerciale masque une réalité bien moins flatteuse : au cours de la même année, les importations de combustibles fossiles ont pesé 53 milliards d'euros dans les comptes du pays. Dix fois plus. Tant que les énergies fossiles représenteront 56 % de la consommation finale d'énergie nationale, chaque record d'exportation sera aussi le symptôme d'une électrification qui tarde à se matérialiser.

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92,3 TWh : un volume d'exportation qui dépasse l'entendement

Le chiffre mérite d'être posé une seconde fois, tant il est difficile à appréhender. En 2025, la France a exporté un volume net de 92,3 térawattheures d'électricité vers ses voisins européens, battant pour la deuxième année consécutive le record de l'année précédente (89 TWh en 2024, qui dépassait déjà le précédent sommet de 76 TWh datant de 2002). La France a été exportatrice nette près de 99 % du temps au cours de l'année écoulée.

Les flux se répartissent sur presque toutes les frontières. L'Italie a absorbé 26,2 TWh de solde net, suivie par la zone Allemagne-Belgique (23,1 TWh), la Grande-Bretagne (22,6 TWh) et la Suisse (20,1 TWh). Seuls les échanges avec l'Espagne sont restés quasi équilibrés, avec un solde symbolique de 0,2 TWh.

Plus surprenant encore : 15 % des exportations françaises ont alimenté des pays avec lesquels la France ne partage aucune frontière directe. Le Portugal, l'Autriche, la Pologne ou le Danemark figurent parmi les bénéficiaires indirects de ce courant qui transite à travers le réseau européen. La France joue désormais un rôle de carrefour électrique continental, bien au-delà de ses voisins immédiats.

Exportations et importations d'électricité France 2025
Source : Bilan Électrique RTE 2025

Pourquoi la France exporte-t-elle autant ?

Le record d'exportations n'est pas le résultat d'une politique volontariste de vente à l'étranger. Il découle mécaniquement de deux facteurs : une production bas-carbone abondante et compétitive (547,5 TWh produits, dont 95,2 % décarbonés) et une consommation intérieure qui stagne à 451 TWh, soit 6 % sous les niveaux d'avant-crise. L'excédent structurel trouve naturellement preneur chez les voisins européens, dont les coûts de production restent plus élevés.

5,4 milliards de recettes contre 53 milliards de fossiles importés : le vrai rapport de force

Si les exportations d'électricité allègent la facture énergétique de la France, elles ne la transforment pas. En 2025, les importations de combustibles fossiles (pétrole, gaz, charbon) ont coûté au pays 53 milliards d'euros, selon les données des douanes. 

Les 5,4 milliards de recettes électriques ne représentent donc qu'un dixième de cette ardoise. Le solde reste lourdement déficitaire.

Ce rapport de force éclaire l'enjeu véritable derrière les chiffres du bilan. Les exportations massives ne sont pas un signe de gaspillage, mais le symptôme d'un retard d'électrification de l'économie française

Chaque mégawattheure exporté vers l'Italie ou la Grande-Bretagne est un mégawattheure qui aurait pu remplacer du gaz dans une chaudière, du gazole dans un réservoir ou du charbon dans un four industriel sur le territoire national.

RTE a d'ailleurs chiffré le potentiel : la stratégie d'électrification rapide permettrait de réduire de près de moitié les importations d'hydrocarbures à l'horizon 2035, soit une économie d'environ 500 TWh de fossiles importés. 

Selon RTE, mieux vaut consommer localement une électricité à 61 €/MWh que d'importer du gaz et du pétrole à des prix dictés par les marchés internationaux et les aléas géopolitiques.

27 millions de tonnes de CO2 évitées : quand les voisins profitent du mix français

L'aspect environnemental des exportations françaises ajoute une dimension supplémentaire au débat. En se substituant à des productions plus carbonées chez les pays destinataires, les 92,3 TWh exportés ont permis d'éviter l'émission de 27 millions de tonnes de CO2 équivalent à l'échelle européenne. L'Italie en a capté la moitié, tandis que l'Allemagne et la Belgique se partagent un peu plus d'un quart du total.

Ce chiffre prend tout son sens quand le rapprochement est fait avec les émissions du secteur électrique français lui-même : 10,9 MtCO2eq en 2025, le niveau le plus bas depuis 1945. La France émet donc 2,5 fois moins de CO2 pour produire son électricité qu'elle n'en fait éviter chez ses voisins grâce à ses exportations. Un bilan carbone que peu de pays européens peuvent revendiquer.

  • Valorisation au prix français : 5,4 milliards d'euros de recettes nettes, en hausse de 400 millions par rapport à 2024.
  • Valorisation au prix des acheteurs : Environ 9 milliards d'euros, avec un prix moyen pondéré de 101,5 €/MWh.
  • Facture fossile : 53 milliards d'euros d'importations de combustibles en 2025, dix fois les recettes électriques.
  • Impact climatique : 27 MtCO2 évitées en Europe grâce aux exports bas-carbone français.

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