Électricité : réacteurs à l’arrêt, manque d’eau, à quoi s’attendre cet été ?

réacteurs nucléaires français à l'arrêt

Corrosion des réacteurs du parc nucléaire, menace d’embargo sur les hydrocarbures russes ou encore sécheresse du côté des barrages hydroélectriques, la France semble dans une mauvaise passe en matière d’énergie. Quels sont les risques à venir pour l'Hexagone ?


Des barrages hydroélectriques sous tension

barrage hydroélectrique

Deuxième source d'approvisionnement en électricité des Français derrière le nucléaire, les barrages hydroélectriques sont sous haute surveillance. L’Hexagone compte environ 400 barrages de différentes tailles qui produisent dans leur ensemble entre 8 et 13% de l’électricité française.

Les raisons de cette inquiétude : la sécheresse qui s’abat actuellement sur le territoire national. À la mi-mai, déjà 15 départements avaient franchi leur seuil de vigilance, voire d'alerte, et avaient reçu par arrêté préfectoral des instructions en vue de limiter l'usage de l'eau. En cette fin de mois, ce sont désormais 24 départements qui font les frais de ces consignes, selon le ministère de la Transition écologique.

Au premier trimestre de l’année 2022, EDF, premier producteur d'hydroélectricité en France, a fourni seulement 9,4 TWh d'électricité contre les 13,7 TWh de l’année précédente à la même période. Toutefois, l’entreprise insiste sur le niveau de réserves dans ses retenues d'eau, supérieur de 6% par rapport aux normales saisonnières. Il est à noter toutefois que ces réserves sont la résultante d’un automne et d’un hiver secs, qui auront fait les frais d’une pluviométrie en dessous de la moyenne habituelle.

Une inquiétude du côté des réacteurs nucléaires

L’eau est également une ressource indispensable au nucléaire. Elle permet en effet de refroidir les réacteurs. À ce titre, entre le 9 et le 15 mai derniers, c’est la centrale du Blayais (Gironde) qui a donc fait les frais des températures saisonnières anormalement élevées :

“En raison des prévisions de températures élevées sur la Garonne, de faibles restrictions de production sont susceptibles d'affecter le site de production nucléaire de Blayais du lundi 9 mai 2022 jusqu'au dimanche 15 mai 2022.”

Message d’EDF relayé depuis son site destiné aux marchés

La puissance de l'un des quatre réacteurs de 900 MW que compte la centrale a donc été réduite de 100 MW durant quelques heures. Il s’agit là d’une mesure inhabituelle pour la saison. Mais ce n’est pas la seule problématique à laquelle a à faire face le parc nucléaire français. Au 24 mai, 27 de ses 56 réacteurs étaient à l'arrêt, soit près de la moitié du parc.

“La moitié des réacteurs nucléaires sont déjà à l'arrêt, en partie pour des raisons de corrosion. Je vous mets en garde, il risque d'y en avoir d'autres cet été à cause de la sécheresse.”

Déclaration de Jean-Luc Mélenchon le 22 mai dans l'émission "Le Grand Jury", sur RTL et LCI.

Si pour certains réacteurs, l’origine de l’arrêt est liée à des opérations de maintenance ou de rechargement de combustible prévues de longue date, pour 12 d’entre eux, cette mise en inactivité tient à un problème de corrosion. Enfin, pour ce qui concerne la centrale de Chinon (Indre-et-Loire), un réacteur présente une fissure sur une soudure du circuit de refroidissement.

Quelles sont les prévisions pour l’été ?

S’il n’est pas possible de se projeter au sujet d’éventuelles mises à l’arrêt supplémentaires liées à la sécheresse, on ne peut toutefois écarter aucun risque.

En effet, les prévisions météorologiques vont bon train, le ministère de la Transition écologique estime “très probable” le risque de sécheresse dans pas moins de 22 départements d'ici à la fin de l'été 2022. Pour rappel, au cours de la canicule de juillet 2020, EDF avait acté la mise à l'arrêt de l'un de ses réacteurs à Golfech (Tarn-et-Garonne).

“L’accumulation de toutes ces difficultés a conduit à la situation actuelle. Soit un niveau de disponibilité du parc nucléaire historiquement bas, sous la barre des 30 GW. Cela représente une quinzaine de gigawatts en moins que d’habitude à cette saison, ce qui est considérable.”

Constate le directeur exécutif de RTE, auprès du Parisien. L’été s’annonce donc mouvementé.

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