Chute des prix du pétrole : faut-il s’attendre à de nouvelles baisses des prix du gaz ?

Le cours des produits pétroliers et gaziers a connu une nouvelle chute au mois de décembre, qui fait suite à 18 mois de baisse tendancielle. Pour les particuliers et les entreprises françaises, quel impact sur le prix du gaz ?


Après la chute du prix des matières premières causée par la crise économique en 2009, le cours du baril de pétrole a repris sa progression pour se stabiliser autour de 100 dollars - une situation que de nombreux analystes étaient prêts à considérer comme la nouvelle norme. Mais à partir de mi-2014, la faiblesse de la croissance économique induisant une demande en énergie plus faible, et l'introduction de nouvelles ressources de gaz et de pétrole issues des roches de schiste, a provoqué une dégringolade du cours. Entre juin 2014 et début décembre 2015, le baril de pétrole a chuté de 55%, tandis que le cours du gaz naturel sur le marché de gros TTF a chuté de 52%. Bien que les deux énergies suivent aujourd'hui des trajectoires autonomes, elles ont toutes les deux vu leur prix baisser fortement.

Les observateurs du secteur s'étaient faits à l'idée d'un pétrole et d'un gaz naturel durablement moins chers, cependant ils n'avaient pas prévu que ces commodités connaitraient une nouvelle chute au mois de décembre. Entre le 4 et le 21 décembre 2015, le cours du baril a connu une dépréciation de 25%, pour atteindre 37 dollars, un niveau inédit depuis 2004, tandis que le prix du gaz naturel sur le marché TTF chutait de 19%.

Des conséquences durables sur le prix du gaz naturel et le pouvoir d'achat

Les tarifs réglementés du gaz naturel proposés par le fournisseur Engie, qui concernent aujourd'hui 88,8% des Français1, évoluent sur une base mensuelle en fonction des prix sur les marchés internationaux. La part d'approvisionnement, qui représente la moitié du prix final du kWh payé par les ménages, est aujourd'hui indexée en majeure partie (à 80%) sur le prix du gaz naturel sur les marchés spot néerlandais TTF, ainsi que sur le cours du baril de pétrole et sur les prix du fioul, lesquels sont fortement corrélés au cours du baril.

La chute de ces matières premières a déjà causé une baisse de près de 7% des tarifs réglementés TTC du gaz entre juin 2014 et décembre 2015, malgré la hausse des taxes et des tarifs d'acheminement sur cette période.

Pour comprendre les modalités de fixation des tarifs réglementés, consultez notre article dédié.

Pour les clients qui ont sauté le pas vers une offre de marché chez Engie ou chez un fournisseur concurrent, la baisse s'applique aussi dans la plupart des cas. On distingue :

  • les offres à prix indexé (ex. Directe Gaz de Direct Energie), dont le prix du kWh HT varie parallèlement au tarif réglementé, et qui profitent donc de la baisse ;
  • les offres à prix fixe (ex. Contrat Gaz fixe d'Engie), qui ne répercutent pas les évolutions du prix hors taxe, et qui ne permettent donc pas de profiter de la baisse ;
  • les offres à prix fixe révisable à la baisse (ex. Astucio Eco d'eni), dans le cadre desquelles le prix du kWh HT est révisable uniquement à la baisse en cas de baisse des tarifs réglementés, à date anniversaire du contrat. En prime, ces offres se dotent souvent d'une remise immédiate sur le prix du kWh HT.

Pour la grande majorité de la population, la baisse du cours des matières premières a donc un effet positif sur la facture. Ce phénomène a d'ailleurs contribué à la progression du pouvoir d'achat de plusieurs autres façons, par exemple en provoquant une baisse du prix de l'essence. Au total, sur 1,1% de croissance prévue en France en 2015, 0,4 point est à attribuer à la baisse du cours du pétrole et du prix du gaz sur les marchés de gros.

La baisse de décembre : pas de conséquences à court terme

La baisse des prix sur les marchés au mois de décembre ne causera vraisemblablement pas de nouvelle chute des tarifs réglementés à brève échéance. Les tarifs réglementés du gaz naturel sont indexés sur le cours du baril de pétrole et le prix du gaz naturel avec une inertie de plusieurs mois. Plus spécifiquement, les moyennes de ces indices sont calculées sur des plages de temps allant de 1 à 11 mois, se terminant 1 mois avant le mouvement tarifaire. Cela signifie que la baisse des cours de décembre n’aura pas d’impact en janvier et quasiment pas d’impact en février. Elle pourrait cependant avoir un impact sur les mois à venir, à condition que le cours des matières premières demeure à ce niveau.

En revanche, certains gros clients de gaz naturel, tels que les industriels, peuvent disposer de contrats dont le prix du gaz est directement indexé sur le prix des marchés de gros. Selon les options proposées par le fournisseur et le choix du client, la baisse du prix du gaz peut donc avoir une répercussion rapide et marquée.

D'autres changements attendent les consommateurs de gaz naturel, qui seront causés par la hausse des autres composantes des tarifs réglementés. Au 1er janvier 2016, la taxe intérieure sur la consommation de gaz naturel (TICGN) connaitra une hausse de 51% qui la portera à 4,01€ le MWh. Puis, dans le courant de l'année, les tarifs d'acheminement ATRT et ATRD devraient augmenter (nous parlions dans notre récent article de la hausse des tarifs de transport de gaz déjà prévue pour le mois d'avril). En 2016, le prix du gaz naturel pourrait donc repartir à la hausse....


1 : Observatoire des marchés de détail de la CRE, 3e trimestre 2015

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