Cyberincidents et réchauffement climatique : des craintes croissantes au cœur des entreprises

Les cyber-incidents et le réchauffement climatique au cœur des craintes des entreprises

Le leader mondial en assurance des grands risques industriels, Allianz Global Corporate & Specialty, a récemment publié son baromètre annuel. Et les résultats et conclusions en sont édifiants. On peut constater des changements importants dans les tendances et l’émergence de nouveaux défis pour les acteurs du marché. Selectra fait le point pour vous.


  • En bref : Baromètre des risques 2020 d’Allianz
  • Les cyber-incidents et le réchauffement climatique incarnent les deux grands défis des entreprises pour la nouvelle décennie ;
  • Les cyber-risques continuent d’évoluer et de s’imposer comme une menace grandissante ;
  • Le réchauffement climatique ajoute à la complexité de la gestion de risques pour les entreprises ;
  • L’interruption d’activité est une difficulté toujours présente, mais avec de nouvelles causes ;
  • Les changements de réglementations et les évolutions législatives génèrent de la nervosité chez les acteurs du marché.

Assurances et risques industriels : les prix flambent

En 2020, de nouveaux enjeux s’imposent pour les entreprises face aux risques.

Ces quinze dernières années, le marché de l’assurance des risques industriels n’avait pas vraiment connu de changement majeur. Les primes d’assurance grands risques avaient même baissé de 40 %, expliquent Les Échos. Mais désormais, les choses changent radicalement. C’est en tout cas ce qu’avance le journal dans un article publié récemment, qui rapporte le fait que, selon plusieurs acteurs du marché, les prix sont à la hausse depuis l’an dernier en raison de l’augmentation des « coûts des sinistres, de baisse de capacités et de pression réglementaire. »

Ainsi, des hausses de plus de 10 % sont constatées sur les risques industriels, d’après Laurent Belhout, directeur général de la filiale française d’Aon Assurances.

Pour Brigitte Bouquot, présidente de l’Association pour le management des risques et des assurances de l’entreprise – ou AMRAE –, « depuis la crise financière, une foultitude de capitaux sont venus financer l’assurance et la réassurance, créant des capacités supplémentaires et alimentant la compétition entre les acteurs. » Ces informations sont à mettre en parallèle avec les résultats du dernier Baromètre des risques d’Allianz Global Corporate & Specialty – ou AGCS – sur les principaux risques d’entreprise. Ces derniers connaissent des changements d’importance, traduisant ceux se déroulant au cœur même de nos sociétés.

L’enquête d’Allianz s’est faite auprès de 2 718 experts répartis dans une centaine de pays et sur 22 secteurs d’industrie.

Les cybermenaces : première source d’inquiétude pour les entreprises

Pour la première fois en haut du top, l’on retrouve les risques d’entreprise et donc les cyber-incidents, à 39 %. Ceux-ci « causent des dommages et des frais de plus en plus élevés aux entreprises, entraînant souvent par la suite des poursuites judiciaires et des litiges », explique Allianz. Les risques de cyber-incidents sont devenus à la fois plus nuisibles et coûteux pour les entreprises, et sont souvent la cause de procès et de contentieux après les faits, précise le document.

La montée fulgurante des cyber-incidents dans les résultats du baromètre est généralisée : il s’agit en effet du premier risque au niveau mondial, mais aussi de l’un des trois premiers risques dans une grande partie des pays sondés : l’Afrique du Sud, l’Autriche, la Belgique, la Corée du Sud, l’Espagne, les États-Unis, la France, l’Inde, le Royaume-Uni, la Suède et, enfin, la Suisse.

Sur Selectra, nous évoquions déjà la hausse des cyberattaques en 2019, et ainsi une explosion de la demande face à l’augmentation rapide du risque.

Il y a sept ans, les risques d’entreprises et de cyber-incidents se trouvaient en quinzième position, avec 6 % des réponses. La sensibilisation croissante des acteurs à ce problème ainsi que la démocratisation de l’utilisation des bases de données et des systèmes d’information a donc provoqué un changement significatif.

Risques industriels : le cas français En France, « les incidents cyber, les interruptions d’activité et les incendies et explosions restent des préoccupations majeures pour les entreprises […]. Toutefois, il n’est pas surprenant que les risques politiques et la violence fassent leur entrée dans le top 10 des risques, le mouvement des gilets jaunes et les récents conflits sociaux touchant l’économie et les entreprises françaises », explique Corinne Cipière, directrice générale d’AGCS France.

Réchauffement climatique : une menace permanente et pérenne

Sans surprise, la crise climatique prend une nouvelle place dans le top et progresse énormément. Elle se place en septième position, avec 17 %. Il s’agit là du plus haut positionnement jamais enregistré pour celle-ci dans le Baromètre d’Allianz. En effet, « les entreprises sont particulièrement préoccupées par les dommages matériels causés par des événements climatiques extrêmes, mais elles craignent aussi les réactions des consommateurs et le durcissement des mesures réglementaires ou législatives. »

En prenant une nouvelle place située vers le haut du top, le changement climatique s’impose comme l’un des enjeux les plus importants de la prochaine décennie. Parmi les principales craintes des entreprises, l’on retrouve :

La crise écologique a des conséquences sur tous les aspects de nos sociétés.
  • 49 % : l’augmentation des dommages matériels – liés à l’élévation du niveau de la mer, aux sécheresses, tempêtes, inondations ;
  • 37 % : les conséquences opérationnelles, à l’instar du transfert de sites ;
  • 35 % et 33 % : les répercussions potentielles sur le marché et la réglementation.

Les entreprises sont donc à la fois préoccupées par les pertes matérielles liées aux événements climatiques d’envergure, tout en craignant la critique de consommateurs plus conscientisés et la hausse d’actions légales et de mesures réglementaires.

« Planifier et se préparer aux risques liés aux cybermenaces et au changement climatique est à la fois une question d’avantage concurrentiel et de résilience commerciale à l’ère de la numérisation et du réchauffement climatique », conclut Joachim Müller, directeur général d’AGCS.

Baromètre des risques 2020 d’Allianz : les grandes lignes

Après sept années successives en tête, on retrouve les interruptions d’activité en deuxième place, à 37 %. Elles restent l’un des enjeux centraux à l’ère de la digitalisation et de l’agitation sociale, générant de nouvelles causes de perturbation sur le secteur et de potentielles pertes de revenus. Selon Allianz, « les causes sont de plus en plus diverses, allant de l’incendie, l’explosion ou la catastrophe naturelle à la défaillance de la chaîne d’approvisionnement connectée, voire la violence politique. »

Les principaux risques d’entreprises pour 2020 d’après le Baromètre d’Allianz

Risques d’entreprise

2020

2019

Cyberincidents

39 %

37 %

Interruptions d’activité

37 %

37 %

Évolutions législatives et réglementaires

27 %

27 %

Catastrophes naturelles

21 %

28 %

Développement des marchés

21 %

23 %

Incendies, explosions

20 %

19 %

Changement climatique

17 %

13 %

De fait, sur le sujet des risques industriels, Les Échos rapportent que selon certains experts, des hausses de prix de 20 à 40 % contre les risques d’interruption d’activités, d’incendie ou de cyberattaques pourrait subvenir dans le futur.

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