Gaz et pétrole de schiste : peut-on préserver l'environnement et atteindre l'indépendance énergétique ?

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Le gaz et le pétrole de schiste ont été découverts à la fin des années 90. Les intérêts des parties prenantes sur cette énergie divergent, avec d'un côté les tenants d'une économie libérale et de l'autre les défenseurs de l'environnement. Si elle permet en effet d'envisager l’indépendance énergétique pour de nombreux pays, elles sont néanmoins au centre de nombreuses controverses à travers le monde.

Qu’est ce que le gaz de schiste ?

exploitation mine

Le gaz de schiste est une forme de gaz non-conventionnel, c'est-à-dire de ressource de gaz naturel piégée dans des roches argileuses, peu profondes et peu perméables ou dans des gisements de charbon. Comme son nom l'indique, le gaz de schiste est extrait de terrains schisteux où il se répartit de manière diffuse. Le gaz de schiste s'oppose ainsi aux ressources conventionnelles de gaz naturel (gaz piégé en haute densité dans des cavités naturelles), et aux autres types de ressources non-conventionnelles de gaz naturel (gaz de charbon, gaz de réservoir compact, hydrates de méthane).

Où trouve-t-on du gaz de schiste ?

Ressources de gaz de schiste dans le monde

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) classe les réserves de gaz naturel selon leur potentiel économique :

  • les réserves prouvées sont l’ensemble des quantités de gaz dont l'existence a été établie et dont les chances de récupération et de rentabilisation, dans le cadre des données actuelles de la technique et de l'économie, sont d'au moins 90 % ;
  • les réserves probables ont été testées mais ne font pas l’objet d’une production. Elles concernent, pour un gisement identifié, les quantités de gaz ayant une probabilité supérieure à 50 % d'être économiquement exploitables ;
  • les réserves possibles concernent l’ensemble des quantités de gaz dont la probabilité de rentabilité est de 10%.

Les réserves d’un pays ou d’une compagnie pétrolière sont recalculées chaque année en tenant compte des éléments suivants :

  • les quantités produites dans l’année sont soustraites des réserves ;
  • les volumes découverts sont ajoutés ;
  • les estimations des réserves des gisements en production ou susceptibles de l’être sont révisées.

Pour le moment, l’AIE ne peut pas contrôler l’exactitude des réserves annoncées. Les Etats n’ont pas de normes communes et chaque compagnie pétrolière possède ses propres méthodes de calcul. La transparence en matière de réserves est donc encore difficile à atteindre.

  • Les réserves de gaz de schiste sont réparties dans le monde entier. Cependant, les cinq pays ayant les plus importantes réserves de gaz au monde sont :
  • l'Iran : 33 800 milliards de m3 de réserves prouvées à fin 2013 (soit 18,2% des réserves mondiales) ;
  • la Russie : 31 300 milliards de m3 de réserves prouvées (16,8%) ;
  • le Qatar : 24 700 milliards de m3 de réserves prouvées (13,3%) ;
  • le Turkménistan : 17 500 milliards de m3 de réserves prouvées (9,4%) ;
  • les États-Unis : 9 300 milliards de m3 de réserves prouvées (5%).

Ressources de gaz de schiste en France

extraction de gaz en europe

Les zones les plus prometteuses en matière de gaz de schiste en France se situent au sud du couloir rhodanien, sur les départements de la Drôme, de l'Ardèche, du Gard, de l'Héraut et de la Lozère. Des initiatives de recherche de gaz de schiste ont également été entreprises en Lorraine et en Champagne, au nord du territoire français. Selon l'Agence internationale de l’énergie, le sous-sol français contiendrait 3,9 milliars de m3 de gaz de schiste.

Actuellement, 18 permis ont été obtenus et 4 sont en cours de demande.

Comment extraire le gaz de schiste ?

La technique de fracturation hydraulique du gaz de schiste

La technique la plus couramment utilisée pour l'extraction du gaz est schiste est la fracturation hydraulique. Elle consiste à :

  1. Forer la roche pour atteindre la couche de schiste, entre 2000 et 3000 mètres sous la surface du sol. Le forage est directionnel : il n'est pas uniquement vertical, il peut prendre plusieurs angles afin de s'assurer qu'il circule dans la zone potentiellement productrice de gaz.
  2. Impulser de l'eau et des produits chimiques à très haute pression (600 bars) pour fracturer la roche en profondeur et créer des brèches vers les poches de gaz de schiste.
  3. Le sable est injecté dans les micro-fractures créées par la fracturation hydraulique, permettant ainsi d'éviter que les couches ne se referment.
  4. Le gaz de schiste remonte à la surface et est récupéré, avec une partie du liquide de fracturation.

Les limites de la fracturation hydraulique

Premièrement, elle nécessite l'utilisation de tonnes de produits chimiques, qui se déversent partout dans les sols, et génèrent de la pollution partout où ils sont déversés. Ces produits chimiques injectés se décomposent en trois catégories principales :

  • les biocides : antibactériens ;
  • les lubrifiants : permettant une meilleure pénétration du sable dans les micro-fractures ;
  • les détergents : améliorant la désorption du gaz de schiste et la productivité de l'extraction).

Ensuite, cette technique d’extraction nécessite une immense quantité d’eau. En moyenne, il faut 15 millions de litres sont nécessaires pour atteindre un seul réservoir de gaz de schiste.

C'est pour ces raisons environnementales que la technique de fracturation hydraulique est interdite en France.

L’extraction de gaz de schiste à base de propane

En 2013, la société américaine eCORP, a mis en œuvre sa propre technologie d'extraction des gaz de schiste : une technique d'extraction à base de propane. Fort d'un savoir-faire utilisé depuis les années 80 pour extraire le pétrole des puits, eCORP créé sa filiale ecorpStim (eCORP Stimulation Technologies) pour proposer cette nouvelle alternative.

  1. Le propane est ainsi acheminé sous forme liquide et injecté dans le sol avec du proppant (sables ou billes de céramique).
  2. Grâce au phénomène naturel de pression, le gaz propane remonte à la surface et peut être réutilisé à l'infini.

La nouvelle technique d'extraction présente tout d'abord un avantage écologique majeur : l'économie d'eau. Le choix du propane permet en effet de faire l'économiser d'une quantité non négligeable d'eau, élément indispensable à la fracturation hydraulique. D'autre part, la méthode d'eCORP n'utilise aucun produit chimique : seul le propane et le proppant sont nécessaires à l'extraction. Enfin, grâce au phénomène naturel de pression, le gaz propane remonte à la surface et peut, de cette façon, être réutilisé à l'infini ou presque, ce qui limite l'utilisation d'autres gaz liquides.

Néanmoins, cette technique n'est pas encore très développée et ne règle en rien le problème des tremblements de terre causés par l'extraction du gaz de schiste.


Qu’est ce que le pétrole de schiste ?

exploitation sable bitumineux

Le pétrole de schiste, ou huile de schiste, correspond à un hydrocarbure dérivé des schistes bitumeux, définis comme des roches sédimentaire à grain fin qui renferme des substances organiques en quantité suffisante pour faire l'objet d'une valorisation énergétique. Ces substances organiques sont appelées kérogènes. Là où le gaz de schiste correspond à un gaz non-conventionnel, le pétrole de schiste correspond à un type de pétrole non-conventionnel (non renfermé à haute densité dans une cavité comme dans les gisements traditionnels).

Juste avant la Seconde Guerre Mondiale, les tensions géopolitiques rendent l'accès au pétrole conventionnel difficile, alors que la demande énergétique ne cesse de croître : le pétrole de schiste se développe en substitut au pétrole conventionnel. Après la Seconde Guerre Mondiale, le pétrole conventionnel redevient disponible en grande quantité à bas prix : la production de pétrole de schiste diminue (à l'exception notable de l'Estonie et de la Chine). Après le choc pétrolier de 1973, la production de pétrole de schiste atteint un pic avant de s'effondrer à nouveau lorsque les prix du pétrole redeviennent bon marché dans les années 80. L'effet déflationniste de la crise de 2008-2009 ayant été de courte durée sur le prix du baril de pétrole, l'exploitation du pétrole de schiste peut aujourd'hui à nouveau atteindre la rentabilité.

Où trouve-t-on du pétrole de schiste ?

Initialement, la filière du pétrole de schiste s'est développéz en France au XIXème siècle (près d'Autun), puis s'est diffuséz en Ecosse et en Allemagne. Dans les années 2000, les Etats-Unis prennent un certain leadership de la filière avec l'appui du gouvernement : à partir de 2005, des prêts publics sont proposés aux sociétés souhaitant développer la production de schistes bitumeux et de sables bitumeux sur les terrains appartenant au gouvernement fédéral.

Réserves de pétrole dans le monde

Plus de la moitié des ressources identifiées de pétrole de schiste (hors Etats-Unis) se trouvent dans quatre pays : la Russie, la Chine, l'Argentine , et le Libye. Cependant, des gisements de pétrole de schiste ont été localisés à travers le monde :

  • États-Unis : diverses formations sont situées dans le Dakota du Nord, au Montana, au Wyoming et du Colorado, au Texas, en Californie ou encore en Ohio ;
  • Canada : au Manitoba, en Saskatchewan, en Alberta et en Colombie-Britannique ;
  • Syrie : R'Mah ;
  • Golfe persique : Sargelu, Athel (Oman) ;
  • Russie : Bazhenov et Achimov ;
  • Australie : Coober Pedy ;
  • Mexique : Chicontepec ;
  • Argentine : Vaca Muerta.

En 2012, au moins 4 000 nouveaux puits de production de pétrole de schiste ont été mis en service aux États-Unis et au Canada, ce qui est supérieur au nombre de nouveaux puits de pétrole et de gaz, tant conventionnels que non conventionnels, ouverts dans le reste du globe9.

Réserves de pétrole en France

En France, les principales réserves de pétrole de schiste se trouveraient dans le bassin parisien et représenteraient 2 milliards de barils extraits sur 30 ans. Soit 13% de la consommation de pétrole attendue en France sur cette période. Son exploitation pourrait rapporter entre 37 milliards et jusqu’à 70 milliards d’euros.

Comment extraire le pétrole de schiste ?

extraction de gaz

Il s'agit d'extraire le schiste bitumeux, à savoir la roche dont on pourra tirer le pétrole de schiste. Il peut être extrait dans des carrières à ciel ouvert lorsqu'il est situé à faible profondeur, ou dans des mines lorsqu'il est situé plus en profondeur. Dans ce dernier cas, la technique de la fracturation hydraulique peut être employée, comme pour le gaz de schiste. Il s'agit alors d'injecter de l'eau et des produits chimiques à haute pression et en grande quantité pour forer la roche en agrandissant les fissures préexistantes et ainsi drainer les poches d'hydrocarbures qui se logent dans la roche.

Ensuite, la transformation du schiste bitumeux est nécessaire : il doit être chauffé à 450-500°C dans un environnement dépourvu d'oxygène pour opérer la conversion du kérogène (matière organique) en pétrole de schiste (huile de schiste) et en gaz. Cette transformation peut s'opérer ex-situ (à l'air libre) ou in-situ (sous terre, souvent encore en expérimentation) en fonction de la technologie employée. Aujourd'hui, le pétrole de schiste est transformé en produits pétroliers autorisant un usage carburant, à l'instar du pétrole brut. Le pétrole de schiste peut être relativement aisément raffiné en distillats moyens (ex : kérosène, diesel, jet fuel), mais des processus existent également pour le transformer en distillats légers. Il n'est pas toujours possible de substituer le pétrole de schiste au pétrole brut, en raison des différences de qualité entre produits : le pétrole de schiste peut contenir plus d'alcènes, d'oxygène, de nitrogène, de sulfure et d'arsenic, d'où la nécessiter de procéder à un traitement coûteux du pétrole de schiste avant raffinage.

Le pétrole de schiste est également utile dans l'industrie chimique et les matériaux de construction. Il peut entrer dans la composition de très nombreux produits (fibres carbone, résines, mastic, ciment, laine de roche, charbons activés adsorbants).

Dans le cas d'une valorisation par production d'électricité, il suffit de brûler la matière première.


Parties prenantes dans l’extraction et l’exploitation du gaz et du pétrole de schiste

L’exploitation du gaz de schiste met en concurrence différents acteurs :

  • Les Etats sont propriétaires des réserves de gaz présentes sur leur territoire ainsi que les fonds marins à une distance de 200 milles des côtes. Pour pouvoir exploiter les gisements, les industriels doivent s‘acquitter d’une licence d’exploitation.
  • Les industriels correspondent aux majors historiquement présents sur le marché des hydrocarbures mais également de petites sociétés exploitantes. Les majors des hydrocarbures ont été initialement distancés par des sociétés américaines plus petites, à l'esprit innovant et entrepreneurial, qui ont maîtrisé plus rapidement les techniques de fracturation hydraulique. XTO Energy et Chesapeake Energy sont notamment parvenues à se faire un nom dans le monde de l'énergie grâce à leur expertise en matière de gaz de schiste. Figurent parmi leurs concurrents IGAS, San Leon Energy et Green Dragon Gas. Les majors sont donc arrivés plus tard, n'ayant pas su anticiper le formidable essor du gaz de schiste. Leur stratégie a consisté à se rapprocher des petites structures maîtrisant les techniques d'exploitation du gaz de schiste afin d'acquérir leur expertise et de la reproduire sur de nombreux gisements. ExxonMobil a ainsi lancé une offre publique d'achat (OPA) sur XTO Energy pour un montant de 41 milliards de dollars. Le français Total a également acquis auprès de Chesapeake une participation de 25% dans le gisement de gaz de schiste de Barnett Shales (Texas) pour 2,25 milliards de dollars, une coentreprise réunissant les deux sociétés. Le norvégien Statoil a lui aussi formé une coentreprise avec Chesapeake Energy pour exploiter du gaz de schiste à Marcellus Shale (nord-est des Etats-Unis). L'italien ENI s'est quant à lui offert une participation dans Quicksilver Resources.
  • De leur côté, les organisations internationales s’organisent : le forum international FPEG (Gas Exporting Countries Forum) et l’association internationale CEDIGAZ regroupent les différents pays producteurs et font état des réserves de gaz découverts.

Impacts de l’exploitation du gaz et pétrole de schiste

Impacts du gaz de schiste sur l’environnement

Les paysages

Exploiter le gaz de schiste nécessite une grande densité de forages pour être rentable, source de pollution visuelle du paysage par des puits d’extraction. Comme un puits d'exploitation du gaz de schiste s'épuise rapidement, il faut également faire évoluer le réseau de gazoducs, ce qui nécessite des travaux de terrassement, d'enfouissement de gazoducs, de construction de pistes pour l'accès des engins.

La multiplication des sites de forage et les énormes volumes d’eau injectés dans le sol par la fracturation hydraulique peuvent provoquer des séismes à répétition, comme fréquemment dans l’Oklahoma.

Les nappes phréatiques

L'exploitation des gaz de schiste est extrêmement consommatrice d'eau, et peut mettre sous pression les réserves des nappes phréatiques. En effet, chaque puits peut consommer 10 à 15 millions de litres d'eau, soit jusqu'à trois piscines olympiques ! 20 à 80% de l'eau peut néanmoins être recyclée pour une utilisation dans d'autres puits de forage.

En plus du risque d’être sous pression, les nappes phréatiques risquent d'être polluées par le gaz de schiste ou par le liquide de facturation injecté dans le forage. Ce liquide contient de l'eau, du sable, mais aussi des produits chimiques antibactériens, biocides et anticorrosifs. Quant à la contamination de l'eau par le gaz de schiste, le documentaire à charge contre les gaz de schiste Gasland a marqué les esprits en filmant l'embrasement de l'eau sortant d'un robinet d'un particulier.

Le traitement du liquide de fracturation remonté à la surface après usage est également une problématique. L'eau doit être stockée dans des bassins de surface pour traitement et réinjection, ou avant évacuation par camion-citerne.

Le réchauffement climatique

Il y a controverse sur le bilan global du gaz de schiste en matière de réchauffement climatique. Les partisans du gaz de schiste mettent en avant la moindre quantité de CO2 qui se dégage de la combustion du gaz naturel, en comparaison des produits dérivés du pétrole. La substitution de la consommation de pétrole par une consommation de gaz naturel (issu du gaz de schiste ou de gisements conventionnels) serait, de ce point de vue, positive en termes de bilan carbone.

carton co2 planète

Toutefois, d'autres facteurs concourent à mettre ce raisonnement en doute quand on établit le bilan carbone global du gaz de schiste. Une forte inquiétude réside dans la probabilité de fuites de gaz de schiste apparaissant lors de son exploitation avec les techniques actuelles : au lieu d'être récupéré et transporté pour combustion, le gaz de schiste (principalement constitué de méthane) peut s'échapper directement dans l'air. Le méthane étant un gaz à effet de serre avec potentiel de réchauffement global 25 à 70 fois plus élevé que le CO2, on comprend que ces fuites de méthane, difficiles à évaluer, soient extrêmement préjudiciables à la lutte contre le réchauffement climatique. D'après une étude de l'université de Cornwell, le gaz de schiste contribuerait deux fois plus à l'effet de serre que le charbon, en particulier à cause de ces fuites.

Le transport

L’exploitation du pétrole de schiste a entrainé une explosion du nombre de wagon-citerne. Ce dernier se révèle être plus économique que la construction d’oléoducs. Les puits de pétrole de schiste ayant une faible durée de vie, même si le prix du mètre cube transporté par train est 2 à 3 fois plus élevé que par oléoduc, il est le moyen de transport le plus économique.

Impacts du gaz de schiste sur l’économie

Gaz de schiste et marchés organisés du gaz naturel

L'arrivée sur les marchés américains de quantités importantes de gaz de schiste est survenue parallèlement à la crise économique de la fin des années 2000 qui a provoqué une baisse de la demande.

Les prix du gaz naturel sur les marchés organisés américains avaient, avant l'essor du gaz de schiste, toujours été corrélés à ceux du pétrole. A l'occasion de la crise économique de 2008-2009, les prix du pétrole et du gaz ont tous deux été orientés à la baisse, mais les prix du gaz ont poursuivi leur décrochage bien après que les prix du pétrole n'aient entamé leur remontée. Ces évolutions des prix du gaz traduisaient un déséquilibre sur les marchés américains, l'offre de gaz naturel semblant surabondante, notamment en raison de l'essor du gaz de schiste. La baisse a été d'autant plus rapide que la plupart des analystes n'avaient pas anticipé une montée aussi rapide de la production de gaz de schiste aux Etats-Unis.

Gaz de schiste et marchés de gré à gré du gaz naturel

La grande majorité des approvisionnements de l'Europe en gaz naturel passent par des contrats de long terme passés entre les fournisseurs de gaz naturel (ex : le français Engie, l'italien ENI ou l'allemand E.ON) et les producteurs de gaz naturel (ex : le russe Gazprom, l'algérien Sonatrach ou le norvégien Statoil). On parle d'un marché de gré à gré du gaz naturel.

Alors que les prix du gaz naturel s'effondraient aux Etats-Unis en raison de l'essor du gaz de schiste, les exportateurs de gaz comme le Qatar ou l'Australie ont commencé à détourner une partie de leurs exportations vers l'Europe, faisant chuter les prix du gaz sur les marchés spots (marchés organisés) européens à des niveaux très bas début 2010. A tel point que ces prix spots du gaz sont devenus deux fois moins élevés que les prix du gaz vendu via les contrats de long terme.

S'est donc amorcée une phase de renégociation des contrats de long terme entre fournisseurs et producteurs de gaz naturel afin d'inclure une indexation partielle des contrats de long terme sur les prix spot du gaz. Auparavant, ces contrats de gré à gré étaient indexés sur les prix des produits pétroliers, sans prendre en compte l'évolution du prix du gaz comme énergie distincte répondant à des logiques différentes : le gaz de schiste a donné une certaine autonomie au gaz naturel en tant qu'énergie différente des produits issus de la raffinerie du pétrole.

A la suite de l'inclusion progressive dans les contrats d'approvisionnement de long terme d'Engie (ex GDF Suez) de clauses d'indexation partielle sur les prix spots du gaz (indexation à hauteur de 10%), la formule de calcul des prix du gaz utilisée lors des révisions tarifaires a été modifiée. Par le biais de longs mécanismes de marché, le consommateur français retrouve donc une partie des avantages économiques du développement du gaz de schiste aux Etats-Unis.

Et dans le futur ?

Les études optimistes

D’après une étude récente du cabinet américain Allied Market Research, le marché mondial du gaz de schiste pourrait exploser en seulement quelques années. En 2022, il représenterait un chiffre d’affaires de 214 milliards de dollars annuel avec une croissance annuelle de l’ordre de +12,6%. 

Les Etats-Unis domineront toujours le marché grâce à leurs ressources considérables ainsi qu’à leur avance en terme d’exploitation. Le gaz de schiste est amené à être de plus en plus plébiscité notamment par les pays de la zone euro, souhaitant décarboniser leurs économies.

Cependant, les pays européens ne seront pas seulement consommateurs mais aussi producteurs : de nombreux gisements ont été identifiés dans 14 pays d’Europe et notamment en France, ce qui permettrait de créer de nombreux emplois. De son côté, la Chine s’inspire du modèle américain et a récemment lancé un plan de recherche, d’exploration et d’exploitation de gaz de schiste.

Le gaz de schiste, vraiment un nouvel eldorado ?

Le 21 mars 2012, l'Institut géologique polonais établissait un rapport concernant les réserves exploitables en gaz de schiste de la Pologne. C'est alors 768 milliards de mètres cubes qui se révélaient exploitables, contrairement à une étude menée un an auparavant par l'agence américaine de l'énergie, qui pronostiquait 5300 milliards de mètres cubes. Talisman Energy et Marathon Oil, deux compagnies gazières américaines présentes en Pologne, avaient alors décidé de se retirer de l'exploitation du gaz de schiste, constatant que sur les 43 puits creusés, 12 seulement s'était révélés producteurs de gaz.

Selon une récente étude menée par le géologue canadien, David Hugues, publiée en février par le Poste Carbon Institut, maintenir la production du gaz de schiste à un niveau élevé ne serait réalisable qu'en creusant constamment de nouveaux puits, le rendement des puits isolés chutant très rapidement. Les pays ayant décidé de passer outre les conséquences écologiques de l'exploitation du gaz de schiste (pollution des eaux, émissions de gaz à effet de serre...) pourraient donc être déçus par les quantités de gaz finalement extractibles. Ce constat nous oblige à nous interroger sur l'avenir du pétrole et du gaz de schiste, dont on peut déjà prédire, selon le chercheur canadien, un déclin d'ici 2017 aux Etats-Unis.

La loi dite des rendements décroissants, trop souvent oubliée par les amateurs des gaz de schiste, trouve pourtant application en matière d'énergie dans le concept de taux de retour énergétique (TRE), selon lequel la production d'énergie implique une dépense en énergie. Le rapport entre la production, la dépense et le TRE ne cesse de diminuer. Il faut ainsi dépenser toujours plus d'énergie pour en produire une même quantité.

La valeur de ces ressources est estimable mais incertaine. Les techniques d'extraction et la différence des conditions d'exploitation sont des points majeurs qui rendent l'évaluation de sa rentabilité hasardeuse.


Le gaz de schiste : vers l’indépendance énergétique

L’indépendance énergétique correspond à la capacité d’un pays à répondre de manière autonome à ses besoins énergétiques. Elle est mesurée par le taux d’indépendance énergétique qui est égale au rapport entre la production nationale d’énergie primaire d’un pays et sa consommation d’énergie primaire réelle. En France en 2015, le taux d’indépendance énergétique est de 55,2%.

L'indépendance énergétique, thème intemporel et international, révélateur de toujours plus de tensions géopolitiques, ce rêve d'émancipation est enfin possible. C'est du moins ce qui nous a été assuré avec la découverte et l'exploitation du gaz de schiste, nouvel eldorado pour les Etats-Unis, mais toujours sujet de discorde en France. Mais ce gaz non conventionnel ne cesse de faire parler de lui, provoquant les craintes d'une partie de la population, aussi bien pour des raisons écologiques, qu'à travers de véritables problèmes de santé publique.

Évolution du taux d'indépendance énergétique en France depuis 1973 (d'après données du ministère en charge de l'énergie)
  1973 1990 2002 2013 2014 2015
Total production primaire 43,5 111,2 135,5 138,0 139,3 139,9
Électricité primaire 8,0 86,8 119,6 118,8 121,8 121,7
dont nucléaire 3,8 81,7 113,8 110,4 113,7 114,0
dont hydraulique, éolien, photovoltaïque 4,1 5,0 5,7 8,3 8,0 7,7
Énergies renouvelables thermiques et déchets 9,8 10,7 10,9 17,6 16,2 17,0
Pétrole 2,2 3,5 2,4 1,2 1,2 1,2
Gaz naturel 6,3 2,5 1,4 0,3 0,0 0,0
Charbon 17,3 7,7 1,2 0,1 0,1 0,0
Taux d'indépendance énergétique (en %) 23,9 49,5 50,8 53,2 55,8 55,2

Pour compenser la part de la consommation énergétique que la France ne peut pas assurer elle-même, elle importe de l’énergie. Avec la découverte de nombreux gisements de gaz et de pétrole de schiste en France, l’idée d’une indépendance énergétique grâce au gaz de schiste pointe à l’horizon mais est source de divergences et de controverses.

De leur côté, en pariant sur le gaz de schiste dès les années 2000, les USA atteindraient leur indépendance énergétique à l’horizon 2035.

Les réglementations relatives à l’exploitation du gaz et du pétrole de schiste

La France : un pays à fort potentiel mais réfractaire

extraction de nuit

Si jusqu'à présent, la France s'est prononcée contre l'exploration et l'exploitation du gaz de schiste par fracture hydraulique, elle renfermerait pourtant la deuxième plus grande réserve de gaz de pétrole liquide en Europe après la Pologne. Les réserves de gaz de schiste de la France sont toutefois globalement revues à la basse par rapport à une précédente étude, passant de 5.1 milliards de mètres cubes à 3.9 milliards. Ces dernières, bien que conséquentes pour l'Hexagone, sont loin derrière celles de la Russie, estimées à 47,8 milliards m3 et celles des USA à hauteur de 16.1 milliards.

En 2010, les premiers permis d’exploration ont été délivrés. Début 2011, un mouvement de protestation a rapidement pris de l’ampleur. Face à ces inquiétudes, le ministère de l’écologie et de l’énergie a commandé un rapport pour l’évaluation des enjeux des gaz de schiste. Ce rapport a été rendu en février 2012. Parallèlement, une mission d’information a été constituée à l’Assemblée nationale. Suite à cela, un projet de loi a été engagé puis a été voté sous le nom de la loi Jacob interdisant l’utilisation de la fracturation hydraulique. Depuis, le gaz de schiste est source de nombreuses controverses et de débats entre les différents acteurs.

Position d'autres pays européens

En 2013, la Commission européenne n’a émis qu’une recommandation non contraignante à destination des états membres, pour réguler l’exploitation des pétroles et gaz de schistes.

Il n'y a pas besoin à ce stade d'une régulation supplémentaire. »

Le projet d’encadrement européen était vu d’un très mauvais œil par la Roumanie, la Pologne et le Royaume-Uni, trois pays relativement bien dotés en réserves potentielles de pétrole et gaz de schiste. Outre-Manche, on espère bien que ce qui ressemble à un revers pour le commissaire européen à l’environnement Janez Potocnik permettra la mise en valeur des hydrocarbures de schistes : ils représentent une aubaine pour le Royaume-Uni dont les réserves pétrolières s’amenuisent en mer du Nord. A contrario, la France et l’Allemagne, accompagnées des eurodéputés, souhaitaient interdire ou tout du moins encadrer l’exploitation des schistes bitumineux au niveau européen, via Bruxelles. L’arbitrage annoncé par José Manuel Barroso, le président de la Commission, constitue donc une voie moyenne entre les positions des pros gaz de schiste, et les velléités d’encadrement de Janez Potocnik.

La Commission, par la voix d’un de ses hauts responsables, a estimé que  « de nombreuses législations environnementales sur l'eau et les déchets miniers permettent déjà d'encadrer l'exploration et l'exploitation des gaz de schiste ». Bruxelles a donc émis des recommandations a minima : libre ensuite aux pays membres de renforcer ou non ces propositions.

Néanmoins, il ne faudra pas compter en Europe sur l'industrie et les infrastructures américaines. Les gazoducs, le matériel de forage, les grands espaces, autant d'éléments qui ont favorisé l'exploitation aux Etats-Unis, et qui la freineront en Europe. De plus les citoyens américains sont juridiquement propriétaires de leur sous-sol et financièrement intéressés par des contrats avec les compagnies pétrolières. La législation des pays européens ne permet pas cette souplesse. Les exemples européens de la Pologne, du Danemark et de la Grande-Bretagne le montrent bien : moins de puits forés, des délais de mise en exploitation bien plus importants et des coûts de production bien supérieurs. Quant à l'impact sur l'emploi, il est estimé à rarement plus de 10 000 emplois par pays, ce qui est loin des chiffres américains.

Le gaz et le pétrole de schiste : les controverses

L’exploitation et l’importation de gaz et de pétrole de schiste sont sources de nombreuses controverses. Les opposants n'y voient que des risques pour l'environnement et les partisans, quant à eux, une formidable occasion de bénéficier de nouvelles ressources énergétiques et économiques.

Position du gouvernement français

Récemment, les premières livraisons de gaz de schiste américain ont eu lieu en Europe, relançant le débat autour du gaz et du pétrole de schiste entre les opposants et les partisans. Ségolène Royal, Ministre de l'Ecologie, s'en est prise indirectement à Total et Engie. Les deux groupes énergétiques ont conclu des accords d'achat de Gaz naturel liquéfié (GNL) américain sur le long terme, les premières livraisons ayant eu lieu en Juin dernier. Mais la Ministre ne veut pas du gaz américain, car cela signifierait que la France consommerait alors du gaz de schiste.

De leur côté, Les Républicains (ex UMP) défendent une position totalement opposée et se veut être "le parti du gaz de schiste". Pour le parti Les Républicains, l'erreur est d'interdire pour interdire, interdire la recherche sur des solutions alternatives à la fracturation hydraulique. Ce serait une erreur stratégique pour la France de s'interdire tout progrès. C'est néanmoins sous le gouvernement Fillon que les forages liés à l'exploitation des gaz de schiste entraînant des dégâts écologiques par l'injection d'eau et de produits chimiques dans le sous-sol ont été interdits. La ministre de l'Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet avait souhaité qu'aucun forage pour l'exploitation de gaz non-conventionnels ne soit effectué en France avant évaluation de l'impact par une commission spécialement créée.

Le chef de l’Etat a depuis tenté de rassurer, à huis clos, sur la capacité de la France à restaurer sa compétitivité en matière d'énergie vis-à-vis des États-Unis. Lors de sa conférence de presse commune avec Barack Obama, le président s’est félicité de la croissance retrouvé par les Etats-Unis, grâce à « un coût de l’énergie bas ». « Nous réfléchissons à chercher des technologies autres que la fracturation hydraulique pour l’exploitation des gaz de schiste en France », aurait déclaré François Hollande d’après le Huffington Post. Il n’en fallait pas plus pour Arnaud Montebourg. Selon le Canard Enchaîné, ce dernier préparerait une offensive sur le sujet. Après les municipales devrait paraître un rapport sur un nouveau type de fracturation, utilisant cette fois-ci du propane. En effet, la loi de juillet 2011, confirmée par le Conseil Constitutionnel en octobre 2013, interdit la fracturation hydraulique en France. Elle abroge également tout brevet de recherche sur la question au nom du principe de précaution. En revanche, les nouvelles recherches ne sont pas interdites. Pour le ministre du redressement productif, l’équation est simple : exploiter le gaz de schiste du sous-sol français pourrait créer 100 000 emplois non délocalisables. Par ailleurs, le gaz de schiste étant prisonnier de la roche, on ne fera pas l’économie de la fracturation. Or, c’est la fracturation hydraulique qui dérange : elle est très polluante et consommatrice d’eau. Il faut donc en révolutionner le procédé : d’où la mise en avant de la fracturation au propane, qui a l’avantage de ne pas consommer d’eau et de ne nécessiter que peu d’additifs chimiques. Cette méthode aurait les faveurs du ministre du redressement productif.

Cette position n’est pas celle des écologistes du gouvernement. Pour les Verts, remettre la seule idée de l’exploitation du gaz de schiste sur la table serait un casus belli. Il est vrai que la contradiction entre une exploitation de cette ressource carbonée et les objectifs français d’une réduction de 30 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 est saisissante…

Le débat sur le développement des gaz non-conventionnels progresse dans l'actualité française. L'attention du public ne se focalise pas tant sur l'impact déflationniste sur les prix du gaz que sur les conséquences écologiques d'une exploitation des gisements français des gaz de schiste.

Les opposants

De nombreux opposants au gaz et pétrole de schiste tentent de se faire entendre. Parmi eux, le parti les Verts, ou encore des associations pour la préservation de l’environnement.

Selon eux, l’émergence du gaz de schiste comme source d'énergie alternative aux hydrocarbures conventionnels permet de retarder la transition vers un mix énergétique laissant davantage de place aux énergies renouvelables. Puisque le gaz de schiste est présent en quantités massives sur la planète et puisque son exploitation est techniquement rentable, la nécessité de développer les énergies renouvelables se fait moins pressante. Le développement de l’exploitation du gaz de schiste serait donc contre productif et agirait en défaveur des énergies renouvelables.

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Xavier

Diplômé de Sciences Po Paris et de Columbia University, Xavier a cofondé Selectra en 2007 et est co-auteur de l'ouvrage Le marché de détail de l'énergie : la concurrence en action dans l'électricité et le gaz.

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