Record historique d'exportation d'électricité : le succès en trompe-l'œil de la France en 2025

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Alors que l'Europe de l'énergie demeure sous haute tension, la France affiche une santé insolente sur les marchés de l'électricité. Le gestionnaire du réseau de transport, RTE, vient de lever le voile sur les chiffres provisoires de l'année 2025, confirmant un solde exportateur net de 92 térawattheures (TWh). Ce record historique, le plus élevé de l'histoire du pays, place l'Hexagone au rang de véritable "pile électrique" du continent. Pourtant, derrière la satisfaction technique d'un parc nucléaire retrouvé, un malaise émerge : ce surplus ne serait-il pas le symptôme d'une économie intérieure qui s'essouffle ?
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Un record historique porté par le retour du nucléaire
Sur le plan industriel, l'année 2025 marque une victoire indiscutable pour la filière nucléaire française. Après des années marquées par les crises de corrosion sous contrainte et des maintenances à rallonge, la production d'électricité a atteint 544 TWh, soit une hausse de 1 % par rapport à l'année précédente. Ce redressement permet à la France de retrouver ses niveaux de production antérieurs aux crises sanitaire et énergétique.
Cette électricité, produite à 95 % par des filières bas-carbone, a inondé les réseaux de tous les pays voisins. De la Grande-Bretagne à l'Italie, en passant par l'Allemagne et la Suisse, les flux sortants ont été très importants. Seuls les échanges avec l'Espagne sont restés proches de l'équilibre.
Cette performance réaffirme la souveraineté technique des ingénieurs français, capables de piloter un mix énergétique décarboné et pilotable dans un contexte de volatilité mondiale.

Le revers de la médaille : une consommation atone
Si la France exporte autant, ce n'est malheureusement pas uniquement dû à l'excellence de sa production.
L'analyse des données de RTE permet d'y mettre un peu de nuance : la consommation nationale reste figée à 449 TWh, soit un niveau inférieur de 6 % à la moyenne des années 2014-2019. Pour la troisième année consécutive, les Français et leurs entreprises ne consomment pas l'électricité au rythme attendu par la trajectoire de décarbonation.
Certains observateurs, à l'image de Jérémy Assayag, dirigeant du fournisseur Sobry, y voient un signal d'alarme. Ce décalage ne proviendrait pas d'une "sobriété heureuse" ou d'une efficacité énergétique exemplaire, mais d'une désindustrialisation latente.
En résumé, l'économie française consommerait moins parce qu'elle produit moins sur son propre sol. Les usages électro-intensifs disparaissent, laissant un surplus d'énergie que le marché intérieur n'arrive plus à absorber.
Par ailleurs, la France produit une énergie compétitive et décarbonée qui profite en priorité à ses voisins européens. Ces derniers utilisent ces électrons français pour verdir leur propre mix énergétique alors qu'ils ont parfois fait des choix stratégiques opposés, comme la sortie du nucléaire ou le maintien temporaire du charbon.

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Transformer le surplus en croissance : le défi de 2026

La question n'est donc plus de savoir si la production sera au rendez-vous, mais comment l'utiliser au service de la souveraineté nationale. Ces 92 TWh exportés représentent une opportunité de développement immense pour le territoire français, à condition de savoir les capter.
Jérémy Assayag pointe plusieurs leviers qui pourraient transformer ce record technique en succès économique :
- L'accélération des transports : Utiliser ce surplus pour basculer les flottes logistiques vers l'électrique.
- L'attractivité industrielle : Inciter les industries de pointe et les centres de données (IA) à s'installer en France pour profiter d'un prix de l'énergie stable.
- La réindustrialisation : Faire de l'électricité bas-carbone le socle d'une nouvelle compétitivité pour les PME et entreprises de taille intermédiaire.
L'absence de vision de long terme sur l'utilisation de cette ressource abondante reste inquiétante. Sans une politique volontariste pour ancrer ces térawattheures dans la croissance française, le pays risque de rester le simple fournisseur de la transition énergétique de ses concurrents, sans en récolter les fruits sur son propre marché de l'emploi et de la valeur ajoutée.
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