Risques de coupure sur le réseau électrique belge cet hiver

La mise à l’arrêt d’un réacteur nucléaire laisse craindre un défaut de l’approvisionnement en électricité en cas d’hiver trop rude.


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La Belgique voisine dispose d’un petit réseau, alimenté par une production d’électricité environ six fois inférieure à celle de la France, ce qui rend le pays plus vulnérable à la conjoncture. Après la mise à l’arrêt de deux centrales nucléaires en 2012 pour des raisons techniques, c’est un 3e réacteur, Doel 4, qui a du être fermé début août suite à des fuites dans la partie non nucléaire de la centrale. L’avarie, qui serait le résultat d’un acte de malveillance, devrait rendre le réacteur indisponible au moins jusqu’à la fin de l’année 2014. Au total, c’est la moitié du parc nucléaire de la Belgique qui est actuellement à l’arrêt.

Une forte dépendance au nucléaire

"C’est une mauvaise nouvelle, qui s’ajoute à une situation qui était déjà difficile suite à l’arrêt de Doel 3 et de Tihange 2 », a déclaré la secrétaire d'Etat à l'Energie, Catherine Fonck, via un communiqué de presse. "La situation est tendue et va se compliquer au fur et à mesure que l'hiver approche et que les températures baissent." Selon l’ancien directeur de l’agence fédérale de contrôle nucléaire belge, Willy de Roovere, un « blackout n’est pas exclu cet hiver », à une période de l’année où la consommation d'électricité de chauffage des ménages et des entreprises est la plus élevée.

La raison pour laquelle la fermeture de ces centrales pose un réel problème d’approvisionnement, c’est aussi parce que la Belgique a fait un choix énergétique qui privilégie fortement le nucléaire. Le mix énergétique du pays est composé pour moitié (51,4%) de nucléaire, contre un tiers pour les centrales thermiques à flamme (gaz, charbon, fioul). Si la Belgique prévoit à terme de se désengager du nucléaire en misant sur un développement rapide des énergies vertes (avec un objectif de 20% en 2020), la mise à l’arrêt forcée de plusieurs centrales n’est évidemment pas une bonne nouvelle.

Le blackout, des coûts élevés

Et pour cause : un blackout d’une heure à une période de consommation de pointe pourrait résulter dans des pertes de 120 millions d’euros à l’échelle de tout le pays. Concrètement, en cas de black-out, ce n’est pas seulement l’approvisionnement en électricité des ménages qui est coupé. Il concernerait aussi les fonctions vitales du mobilier urbain, telles que les feux de signalisation. L’accès à internet et au téléphone serait aussi fortement perturbé, gelant les activités et les échanges. Le chauffage cesserait de fonctionner, y compris dans les habitations chauffées au gaz, puisque les stations de compressions permettant l’acheminant du gaz cesseraient de fonctionner. Dans le scénario d’un blackout de plus de huit heures, les générateurs d’urgence cesseraient alors de fonctionner, supprimant l’alimentation des bâtiments très dépendants à l’électricité tels que les maisons de retraite.

Une batterie de solutions préventives

En cas de pic de consommation dépassant la production du pays, le premier remède sera de faire appel aux capacités des réseaux des pays voisins. Le gestionnaire du réseau belge peut en effet passer commande d’un maximum de 3 500 MW, soit l’équivalent de 3 centrales nucléaires. Mais ce chiffre pourrait être plus bas si l’hiver est trop rude, car la consommation d’électricité des ménages, du commerce et des industries grimperait alors mécaniquement aussi chez les pays voisins, réduisant d’autant l’électricité qu’ils seraient en mesure d’exporter. La Belgique cherche actuellement à pallier cette faiblesse structurelle en renforçant les synergies avec les réseaux voisins, et particulièrement avec l’Allemagne. Les deux pays tablent sur une intégration progressive à l’horizon 2017.

A court terme, l’Etat dispose d’une deuxième solution en cas de risque de blackout, qui est de faire recours à une réserve d’énergie dont le stock devrait atteindre 1 200 MW. Si cela ne suffit pas à couvrir la demande, le gestionnaire de réseau pourra alors instaurer un rationnement de la consommation pour les services publics, par exemple en réduisant l’éclairage des rues, et faire appel aux industriels en leur demandant d’effacer leur consommation, à la façon des mécanismes déjà existants tels que les EJP et l'incitation constituée par les heures pleines-heures creuses, mais de façon très ponctuelle. Une ultime solution, enfin, consisterait en un délestage de certaines zones du pays. Cela reviendrait à couper l’approvisionnement de certaines régions de façon ciblée, et sur des périodes ne pouvant excéder 4 heures d’affilée.

La France mieux protégée face à ce risque

Notre pays, en comparaison, dispose d’un parc de centrales plus vaste (58 réacteurs nucléaires) lui permettant de couvrir sa consommation de façon fiable. En cas de pic de consommation, les centrales du parc thermique à flamme sont alors sollicitées par ordre de mérite, c’est-à-dire en fonction de leurs coûts de production. Contrairement à la Belgique, la France dispose également de barrages hydrauliques de haute montagne lui permettant de stocker de l’énergie sous forme d’eau, afin d’y recourir lors des pics de consommation.

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