Coupures d’électricité : sera-t-il possible de joindre les services d’urgence ?

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À compter du 9 décembre, les préfectures de France effectueront un test national organisé par Enedis et RTE pour se préparer à la mise en place de coupures électriques. À mesure que l’hiver approche, l’option du délestage semble en effet se préciser. Ces coupures tournantes - d’une durée maximale de deux heures - risquent bien de bouleverser le quotidien des français. Parmi les inquiétudes légitimes, nombreux sont les citoyens à s’interroger sur la gestion des urgences médicales et sécuritaires, qu’en sera t’il réellement ?


Protéger à tout prix la santé des Français

Si le premier mois de l’année 2023 subit des températures très basses et que la consommation nationale d’électricité n’atteint pas les objectifs de réduction visés, le réseau électrique français pourrait se voir saturé. Couplée à des défauts d’approvisionnement en électricité, cette problématique pourrait mener à l’application d’indispensables délestages, afin de réduire coûte que coûte la demande sur le réseau électrique.

Les préfets ont par ailleurs reçu cette semaine une circulaire évoquant l’organisation d’un plan de crise si ce scénario venait à se concrétiser. Les conditions de mise en place des coupures électriques ont été rappelées. Trois jours avant les coupures, un signal rouge Ecowatt sera émis pour appeler à réduire sa consommation électrique. Si le réseau reste tendu, la coupure sera appliquée. Les usagers seront informés la veille du délestage, aux alentours de 17h.

Ces coupures pourront être appliquées sur l’ensemble du territoire français, hormis la Corse. Les délestages ne seront pas appliqués sur tout un département ou toute une région, mais sur des zones délimitées et dureront au maximum deux heures.

Toutefois, la circulaire a pris soin d’identifier des sites prioritaires qui doivent être à tout prix épargnés par ces coupures. Le secteur de la santé en fait partie. Les établissements médicaux comme les hôpitaux, les cliniques ou même les foyers où se trouvent des personnes médicalisées à domicile ne feront pas les frais de ces fameux délestages. Pas question de mettre en danger les vies de personnes qui ont absolument besoin de recourir à des appareils électriques pour se soigner, ou d’utiliser constamment leur chauffage. Ce qui représente environ 3800 personnes en France.

Des échanges entre Agences régionales de santé (ARS) et Enedis, ainsi que les fournisseurs d’électricité, seront établis afin d’identifier les foyers où se trouvent des personnes vulnérables et à haut risque. Les fournisseurs d’énergie devront également s’assurer que les personnes de cette liste sont bien informées des signaux rouges Ecowatt et mises au courant si la zone de leur domiciliation est concernée par un futur délestage.

Les numéros d’urgence perturbés par les coupures d’électricité : quelles solutions ?

C’est donc davantage l’organisation des urgences médicales qui pourrait être impactée par ces coupures d’électricité. Les numéros d’urgence comme ceux des pompiers, de la police ou même le numéro unique, le 112, posent un épineux problème. Une coupure d’électricité annulera le fonctionnement du téléphone fixe et des antennes-relais. La directrice générale d'Orange, Christel Heydemann a publiquement partagé ses inquiétudes quant à cette situation.

“Si dans une zone géographique, [les services de réseau mobile] sont éteints pendant deux heures, il n'y aura pas d'accès au service des numéros d'urgence pendant un temps”, a-t-elle expliqué lors d'une audition par la commission des Affaires économiques du Sénat. Et d’ajouter, “il est illusoire d'imaginer qu'en cas de délestage, on saura maintenir un service continu pour l'ensemble des Français.”

La problématique soulignée par Christel Heydemann est donc au cœur des préoccupations. Orange s’est engagé à envoyer des techniciens afin d’éviter la coupure totale de connexion. Une procédure possible seulement si l’opérateur dispose des informations sur les délestages au moins 24 heures avant leur mise en place.

Les zones qui seront privées de couverture seront identifiées par les opérateurs téléphoniques et communiquées aux préfets. Ils devront alors proposer des alternatives pour répondre aux appels d’urgence des citoyens.

Les préfets sont donc invités à proposer des alternatives pour répondre aux urgences des personnes en détresse ou en situation médicale dangereuse lors des coupures d’électricité.

Plusieurs pistes sont envisagées dans la circulaire envoyée par Matignon aux préfets :

  • Poster des gardes dans les commissariats, gendarmeries et casernes de pompiers ;
  • Renforcer les opérateurs d’appels deux heures avant et deux après les coupures annoncées ;
  • Encourager la population à rester aux côtés des personnes que l’on sait vulnérables, au moment des délestages.

Les centres d'appels des pompiers ou de la police restent connectés et pourront recevoir et émettre des communications. Leur alimentation à l’électricité est autonome par mesure de sécurité. De plus, ils font partie des 14 000 sites désignés comme prioritaires et donc non concernés par les délestages. Mais ces mêmes centres d’appels ne pourront sans doute pas recevoir les appels de la population lors des coupures d’électricité.

Le 112 reste toutefois le numéro de référence en cas d’urgence, car il peut être appelé depuis n’importe quel opérateur. Il y a donc des chances qu’au moins un opérateur téléphonique ne soit pas impacté par la rupture d’électricité et puisse émettre l’appel.

Le porte-parole du gouvernement, Olivier Véran, a tenu à rassurer les Français sur l’éventuelle coupure des téléphones. “Dans les scénarios qu'on envisage, et s'il y avait des problèmes d'approvisionnement en électricité à un moment donné, il existe ce qu'on appelle des “antennes-ressources”, qui sont bien réparties sur tout le territoire national et en fait, une seule antenne par exemple d'un seul opérateur fonctionnel suffit pour que tous les numéros d'urgence puissent fonctionner”, a-t-il expliqué mardi 29 novembre.

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